Dimanche 22 novembre 2009

N'oubliez pas le guide.

 


 

 

"Nous arrivons donc dans la salle la plus passionnante du musée Braunschild. La salle Blomberg, dite aussi la salle ronde, consacrée à Charles Markus Emmanuel Blomberg, dit Yann, neveu de Caroline de Braunschild, mécène de ce musée, et  épouse du précédent ministre de la culture.

Charles Markus Emmanuel Blomberg  fut un artiste météore, qui voua seulement quatre  mois de sa vie à la peinture, avant de fonder le  groupe  de rap tubulaire  "glauque néant".

On se prend à rêver aux oeuvres picturales  qu'il aurait pu encore donner à l'humanité, si une cure de désintoxication n'avait tué dans l'oeuf sa vocation.

Hélas, il laisse seulement quatre tableaux.

Mais quels tableaux !!!!


- En effet, Monsieur, on ne voit rien.

- Comment Madame, vous êtes claustrophobe ? Laissez-moi vous guider vers la sortie.

- Non Madame, je ne profite pas de l'obscurité.

- Marcel, c'est quand tu veux pour le  projo !

 

Je perçois votre surprise : le mur est nu, et noir. Conformément au vœu de l'artiste, les  oeuvres sont accrochées au plafond, vous pouvez donc vous installer dans les transats que je vous désigne avec ma pile. 

Tout le monde est allongé ? Bien.

Cette scénographie voulue par Blomberg symbolise l'art planant au dessus du vide de nos existences.

Ce n'est pas la seule originalité de cet artiste exceptionnel : de même que la salle est ronde, vous pouvez constater qu'aucun de ces tableaux n'est rectangulaire, Blomberg haïssait les angles.

Au centre, l'œuvre majeure de l'artiste : "la petite baigneuse". Il s'agit d'un anneau d'un diamètre de 2 mètres, entièrement vert sombre.

Entièrement vert sombre croyez- vous ?  Regardez bien, il y a un tout petit point blanc.

 

- Marcel, plus haut, le projo !

 

Il s'agit d'une amibe. La petite baigneuse est en fait notre ancêtre, la petite baigneuse des origines de la vie, qui flotte dans l'océan primordial dont la forme en anneau figure le temps, d'un temps qui n'aurait  ni début ni fin. Notons qu'à l'époque l'artiste se proclamait "seigneur des anneaux".

 

D'une toute autre facture est le tableau qui fait suite au précédent dans la chronologie de l'œuvre. Il s'agit de "la fugue du violon" que vous avez peut être du mal à distinguer : il est évident qu'un  violon qui a  fugué n'est de facto plus visible.

 Ne reste que son étui que vous ne pouvez pas voir non plus, puisqu'il se situe au fond du puits où il s'est jeté par désespoir ;  mais le puits est nettement évoqué par sa margelle.

 

- Marcel, redresse !

 

Le petit cercle argenté d'environ dix centimètres au centre de l'anneau de la petite baigneuse, est en effet la margelle du puits où repose pour l'éternité l'étui du violon.

Les plus grands psychanalystes se sont penchés sur cette œuvre dérangeante. Dans le numéro spécial de "Gala" consacré aux artistes à particule, Gérard Miller croit en trouver la racine dans l'horreur que Charles Markus Emmanuel conçut enfant pour  la décoration de sa chambre au  château de R. Il s'agissait de tableaux de Chagall dont les  violonistes hantèrent longtemps ses cauchemars.

 

"Ecarlate", que le projecteur illumine maintenant, est encore plus énigmatique. Les replis de ce gigantesque boudin rouge peuvent tout aussi bien évoquer une flaque de sang, ou des boyaux, qu'un fantasme de bouche siliconée.

Hélas, Gérard Miller n'est pas encore parvenu à  la période rouge de Blomberg.

 

Le dernier tableau exprime toute la violence de  la fin de la courte carrière de l'artiste : JAMAIS PLUS. Il s'agit d'une page de son agenda écrite au crayon bille bleu, marouflée sur assiette en bois de la forêt noire. L'émotion à l'état pur.

Je vous laisse savourer encore quelques minutes avant de rallumer la lumière ; après  quoi vous pourrez parcourir librement la  roseraie et le jardin de simples.

N'oubliez pas le guide s'il vous plait."

 


Par alinea - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Samedi 21 novembre 2009


 

    J'ai détruit toutes mes toiles. Toutes des daubes.

C'est la daube qui se vend le mieux. La daube m'a nourri. J'ai bien dû peindre deux cents "pont des soupirs", je pourrais le faire les yeux fermés.  Ils partaient comme des petits pains, comme  l'effet de vague sur le phare. Et des arums géants, j'en ai fait ! Toujours le même grand arum sur des fonds de toutes les couleurs. Il y a toujours une dame pour tomber en arrêt : "regarde, Jeannot, exactement la couleur du canapé ! "

C'est pareil pour la littérature, j'ai pas été un grand écrivain, mais au moins, moi, j'ai vendu des livres. M'ont nourri aussi, les daubes que j'ai écrites. Le quart des titres de la collection "noir de gris", c'est moi. La commissaire Mimi Yang, c'est moi.

Moi, Yann Blomberg, artiste polyvalent, comme tu dis finement, Colette…

J'ai détruit toutes les toiles qui me restaient.

Sauf ces quatre là, qui sont en sursis.

    J'ai essayé de raconter cet été là avec Camille, à Trouville.

Me souvenir de Camille, et de ce seul été.

Allongé sous le grand parasol, je la contemplais  à contre jour quand elle sortait de l'eau, silhouette noire sur l'acier liquide de la mer, mes yeux de myope aveuglés par le soleil. Elle s'asseyait sur le sable, se drapant dans la serviette que lui passait sa mère. Mouillés,  ses longs cheveux dorés coulaient en  serpents étrangement sombres sur la peau rougie de ses épaules rondes.

Par-dessus le Jules Verne que je regardais sans lire, je scrutais l'évaporation de l'eau sur ses cuisses, jusqu'à ce qu'elle laisse une imperceptible pellicule blanchâtre autour des petits poils blonds que je voyais en gros plan.

Un jour que sa mère et la mienne étaient parties se tremper les pieds, comme elles disaient, j'ai avancé imperceptiblement sur mes coudes, mû par l'impérieuse nécessité de vérifier si cette pellicule était réellement salée, et j'ai léché sa cuisse ; "t'es malade" dit la douce Camille, en me tapant la tête avec un magazine.

Je n'ai pas réussi à écrire l'histoire de Camille, mon amour d'un été. Comment dire la grâce, la lumière, et même ses petits poils blonds brillant dans le soleil, comment dire la légèreté de nos quinze ans, avec mes pauvres mots, mes phrases gauches et ronflantes ?

 Camille, ma petite baigneuse, j'ai essayé de te peindre. Mais ton regard me fuyait, tes cheveux avaient un éclat factice, et comment rendre la transparence de ta peau ? Pourtant la plage est bien celle là, et si je plisse les yeux, je te vois presque, petite Camille…

J'ai voulu raconter ce qu'il advint de mon violon, et le premier gros mensonge que je fis à Maman, à huit ans. Je haïssais le violon. Chaque leçon de Mademoiselle Colbert était pour moi un calvaire. Cette femme était sèche et autoritaire, elle me terrifiait. Je me levais les jeudis le ventre serré, je rendais mon déjeuner régulièrement. Quant au violon, les sons grinçants que j'en tirais me vrillaient le crâne. Un soir que je rentrais de chez Mademoiselle Colbert, sans l'avoir prémédité, je jetai l'instrument honni dans le puits du père Anselme, notre voisin. J'ai dit à maman qu'un bohémien m'avait volé le violon. Je vois encore son inquiétude devant le danger auquel elle croyait que j'avais échappé.

Mais à quoi bon raconter cette histoire digne de la Comtesse de Ségur, et pour  qui ? Maman n'est plus de ce monde, et mes lecteurs de "noir de gris" me croiraient devenu gâteux.

J'ai voulu rendre un hommage posthume à ce pauvre violon  en représentant sa fuite dans la nuit en compagnie d'un bohémien au long manteau noir… la fugue du violon. Je voulais faire un tableau sombre comme mon remords, je n'ai réussi qu'à faire une illustration pour "le tour de France par deux enfants".

    J'ai peint "écarlate" pour fixer l'éblouissement du soleil couchant sur le lagon, le soir où j'ai rencontré Elsa au bar du Moana. L'eau et le ciel en fusion sont devenus un vulgaire orangé. J'ai voulu en faire un poème ; et puis j'ai relu "le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige", et j'ai posé ma plume.

Ce quatrième tableau est sans doute ce que j'ai fait de mieux. Jamais plus. Jamais plus de livres, jamais plus de peinture…

Je vais arrêter ce magnétophone, poser la cassette sur le bureau. Vous ferez ce que vous voulez des quatre tableaux  que je laisse.

Ce que je vais faire maintenant ne regarde que moi.

Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas désespéré de ne pas être écrivain, ni peintre, ni même parce qu'Elsa est partie. Tout cela m'indiffère à un point que vous n'imaginez pas.

Je suis seulement fatigué.


Par alinea - Communauté : petite histoires
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Vendredi 20 novembre 2009

 


Je venais de téléphoner à mon Oncle Benjamin quand soudain le génie de la lampe m'apparut, pschitttttt !!!!!!!!

Comme un air bag.

Chenu et poussif.

- Génie, lui dis-je, tu es bien chenu et poussif

Tu es moins fringant que du temps d'Aladin…

- Tu t'es regardée ? répondit ce malotru en s'affalant sur le canapé.

- Ecoute, si c'est comme ça, tu peux repartir d'où tu viens.

Au fait, d'où viens-tu ? Il n'est  ici, ce me semble, aucune lampe à huile

- eh non, ça c'était le bon temps, celui d'Ali baba  et des tapis volants…

Il a fallu s'adapter, maintenant je suis le génie de la webcam.

C'est encore plus étroit, tu comprends que je sois moulu et rompu…

- alors si je frotte ma webcam…

- qui te parle de frotter ? il suffit de prononcer la formule magique..

- quelle formule magique ? J'ai dit une formule magique, moi ?

- oui tu l'as dite, et quand tu voudras te débarrasser de moi, il te suffira de la redire.

- mais c'est quoi ?

- tu trouveras toi-même. D'ici là, je squatte chez toi, dit le poussah en posant ses bottes poussiéreuses sur la table basse en marqueterie 18e.

- alors je peux faire trois vœux ?

- tu rigoles ? T'as vu combien vous êtes sur terre maintenant ? T'en fais un, et encore sans garantie.

- genre quoi ? La fortune, l'immortalité ?

- genre je voudrais bien recevoir un mail, ou que mon mari ne me batte pas ce soir.

- ça va pas la tête ? Mon mari ne me bat pas, d'ailleurs il est parti depuis 3 ans…Sont nases tes vœux…

Je voudrais avoir vingt ans, la jambe légère, la jambe qui danse, la bouche qui rit, la bouche qui croque, je voudrais mes amoureux, et frissonner avec le blé en herbe, je voudrais mes amis, mes virées, les petits bals et les guinguettes, avoir tant soif, avoir tant faim, me rouler dans la vague…Et même cette robe rose, tiens, que Maman m'avait fait faire, dans laquelle je ressemblais à une grosse pivoine…

- Tu es sûre ? C'est bien ça que tu veux ? Je peux te donner tes vingt ans… et tout ce qui s'ensuit, les déceptions, les trahisons, les abandons, les maladies,  les deuils… tu es sûre de vouloir repasser par tout ça ?

Tout en parlant,  le génie s'était collé contre moi en soufflant comme un phoque…

- Dis donc, ça va bien, hein, tu peux repartir avec tes paquets surprise à trois balles !

- Que nenni, je partirai quand tu auras dit la formule magique !

Je décidai de l'ignorer, j'avais un travail à finir,  et me remis devant mon écran.

Le génie s'allongea de tout son long et se mit à ronfler. Ah non, je n'allais pas le subir toute la nuit !

Je branchai la webcam, et doucement entrepris de murmurer le peu de formules ésotériques que je savais : abracadabra, cracbadaboum, sésame ouvre toi, amphitryon, anacoluthe, bachi-bouzouk...

Rien à faire, l'olibrius ronflait toujours sur mon canapé.

C'est alors que ma cousine Rachel appela, et sa face peu amène et rougeaude apparut sur l'écran, en bas duquel je voyais en plus petit ma face peu amène et rougeaude.

- Ah dis donc la tronche qu'on se paie avec la web cam ! Carrément halloween !

A peine avais je prononcé ces paroles que, slurpppp, le génie avait  dégonflé et était aspiré par l'œil de la web cam.

Zut alors, est ce que le mot magique était "tronche" ou "halloween" ? Voilà deux mots en tout cas qu'il va me falloir éviter à tout prix !!!

Par alinea - Communauté : La récréa - Bigornette
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Vendredi 20 novembre 2009


Par alinea
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Jeudi 19 novembre 2009

Les coyotes.

Service de la communication des armées

 

La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée :

            Levez vous mes petits, c'est l'heure ! Il est 10 heures, et, croyez bien que je le regrette, il faut se lever. La paresse n'est pas de mise dans notre belle armée.

Pendant que vous prendrez votre bain moussant, Paméla va mettre un disque pour vous donner la pêche. Paméla, quelque chose de tonique, s'il te plait. Parce que hier, quand elle vous a passé Lorie "Tu ne sais pas me dire "je t'aime", Moi je te l'écrirai quand même", j'ai bien vu à vos petits nez enchifrenés, au petit déjeuner, que beaucoup n'avaient pu retenir leurs larmes.

Ah voilà, je sais ce qu'il faut: "C'est un fameux trois-mâts fin comme un oiseau. Hisse et ho, Santiano ! " Tu nous trouves ça, Paméla ?

Bon bain, mes petits matelots...

Pendant que vous barbotez, les hôtesses préparent les treillis, les tout nouveaux créés par Jean Paul Gautier, vous verrez, vous allez adorer : souples, près du corps, imprimé bambous sur fond taupe, gansés de ciel, anti transpirants. C'est vrai que le taupe ne va pas bien aux blonds, mais comme vous avez tous la boule à zéro, hihihi... Allons pas de moue, ne regrettez pas vos boucles et vos dreadlocks, le genre viril est très craquant aussi, et notre bien aimé général est très à cheval sur les traditions.

Vous trouverez le programme de la journée dactylographié dans la douzième poche intérieure gauche. Peut être vous paraitra-t-il un peu abscons, surtout si vous ne savez pas lire, ou truffés de sophismes, si vous avez fait l'ENA. Mais, suis-je bête, si vous avez fait l'ENA, vous n'êtes pas là. Et ça je ne sais pas comment ça s'appelle. Un aphorisme ?

Bernard, tu vérifieras qu'il ne te reste pas un peu de savon derrière les oreilles ?

Tirez d'un coup les bondes des baignoires, si vous voulez bien, sinon ça gargouille toute la matinée.

La caméra fait un travelling arrière, et la ministre des armées serrant son micro devient de plus en plus petite, debout sur un escabeau dans la poussière de la grande cour, à côté du drapeau qui pendouille.

Au loin, dans les collines, on entend hurler les coyotes faméliques. Et on ne sait vraiment  pas pourquoi.

 

 

 

 

Par alinea - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 19 novembre 2009



Par alinea
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Dimanche 15 novembre 2009

Sur une idée de Cath : une réflexion  métaphysique ou farfelue, née du rapport avec un objet.


Tout le monde a une Rolex, Si à cinquante ans, on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !" Séguéla, J. philosophe 20e 21e siècle.

Corollaire : ce n'est pas tout que d'être heureux, encore faut il que le autres ne le soient pas. Renard, J.


Tout le monde a une Rolex,

disait Alex (l'ex de mon ex)

en rangeant son solex.

Déjà c'est pas drôle

(Où est mon antivol ?)

D'avoir cinquante balais !

Faut pas rigoler,

Si en plus on se trimballe

Une montre à dix balles !

Tu te vois

Quinqua raplapla ?

Avorton

Sans Vuitton ?

Vieillesse

sans Hermès ?

Les larmes du croco

De ton polo !

Maman, dit le quinqua

J'ai fait tout ça

Pour que Papa

Soit fier de moi !

Ah pour sûr, fiston

Fier, il l'était,

Quand t'as eu ton brevet

de natation !

 

 

Par alinea - Communauté : Ruche de beaux mots
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Dimanche 25 octobre 2009


pardon pour le québecois fantaisiste...
 

 Rose d'Alsace, le Blog de Marine  Braun, 10 février

- vu dans la Gazette : dimanche, au 5 de la rue Patricia Kaas, à Colmar, Jean Claude Schweizer, négociant en spiritueux,  a eu la surprise, en ouvrant la porte de son garage, de se trouver nez à nez avec un superbe Gnou.

 
les Commentaires

 

 1. Voilà ce que c'est que de boire son fond. Pipistrelle.

 

2. l'idée  de rentrer au pays en stop m'est venue en voyant le film "Madagascar". Le Gnou.

 

3. Pipistrelle et le Gnou, vous n'êtes pas sérieux, imaginez la peur de cette pauvre bête! Sais-tu, Marine, d'où venait l'animal ? A-t-il été correctement traité ? Angélique.

 

4. Encore heureux s'ils l'ont pas pleumé ! Chez nous,  c'est les mermetes qui brettent dans les jardins. Céline, du Québec

 

5. Bonjour Céline, c'est quoi les mermetes ? Eva.

 

6. Il parait que les spécialistes lui ont injecté de l'anesthésiant à distance, et ensuite ils l'ont chargé sur un camion du zoo. Marine.

 

7. Pauvres bêtes, confinées dans des zoos, c'est inhumain. Je vous rappelle que vous pouvez signer la pétition contre les parcs animaliers sur blog de notre association "laissez les libres"  Angélique.

 

8. C'est une sorte de pingouin, ça retourne les poubelles pire que les ours. Et ça bouffe les salades. Céline.

 

9. Et gna et gna et gna. Le Gnou.

 

10. C'est facile, le Gnou, de persifler quand on se dissimule derrière un pseudo. Angélique.

 

11. Parce que tu trouves qu'Angélique ou Eva c'est plus transparent, peut être ?  Erich von Birgenstein.

 

12. Moi c'est simple, je signe Pipistrelle, parce qu'en vrai je m'appelle aussi Marine Braun. Pipistrelle.

 

13. Je m'insurge de la façon dont est relaté cet incident, il aurait pu être grave, la bête était énorme et affolée. Mon épouse a dû s'aliter. Jean Claude Schweizer.

 

14. T'as eu un accompagnement psychologique ? Le Gnou.

 

15. Rigole, petit malin, va donc voir sur face book les photos que mon fils Albert a pris avec son téléphone. Tu vas voir les cornes ! Jean Claude Schweizer.

 

16. C'est full hot que tu sois venu en personne, Jean Claude Schweizer, je te fais un bec. Dis nous comment il était ton Gnou, bleu, ou noir ? Parce que je vois dans google qu'il y en a de deux sortes,

- Le Gnou bleu (Connochaetes taurinus), ou Gnou à queue noire

- Le Gnou noir (Connochaetes Gnou), ou Gnou à queue blanche

Et le noir serait en voie de disparition. Alors magne à voir qu'on l'a pas molesté, ton Gnou. Céline.

 

17. Et toi, le Gnou malin, t'es bleu ou noir ? Angélique

 

18. Je te propose de venir voir toi-même, Angélique. Le Gnou.

 

19. Bon, il est minuit, Monsieur Schweizer, les chums, je vous laisse placotter,  becs à tous. Céline. 

 


Par alinea - Communauté : La récréa - Bigornette
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Mercredi 21 octobre 2009

La culture est ce qui reste quand on a tout oublié…

(E. Herriot)

Sur une idée de Jean.

 

En admettant que j'aie  le temps de faire le bagage adéquat, quels livres emmènerais-je sur une île déserte, en prison, ou dans l'au-delà ?

C'est une question que je me pose souvent à moi-même. Vu que personne ne me la pose. Vu que je ne suis jamais interviewée à la télé. Et vu que j'ai une certaine propension à me livrer à des occupations parfaitement inutiles.     

Donc : "le cheval d'orgueil", "la recherche", et "la vie devant soi".

- Oh ! (Là, c'est Jiminy Cricket qui intervient, il faut toujours qu'il se mêle de tout !)

- Oh, quoi ?

- Oh, arrête de frimer, t'es pas à la télé, là. Pas plus tard qu'hier, je t'ai entendue fredonner "c'est pour toi, Lola, que j'me lave sous les bras" (Arno)

- D'accord.

D'accord, je ne vais pas emmener des monuments, à moins d'avoir un semi-remorque pour les bagages susnommés. "La vie devant soi", quand même.

 - N'oublie pas qu'il faudra aussi pêcher dans le lagon, ramasser des noix de coco et faire du feu en frottant des bouts de bois. Et rafistoler le pagne de Vendredi. Pendant un demi siècle, peut être ! Prends plutôt de quoi te soutenir le moral.

Le petit Nicolas, et Vialatte. Et un dictionnaire, évidemment.

Voilà ! Des livres de chevet, qu'on peut ouvrir à l'importe quelle page et y trouver sa provende.

Vialatte, (almanach des quatre saisons) :

Les pères, sont d'une énorme importance. Ils ont joué un rôle presque toujours obscur, mais capital dans la succession incessante des innombrables générations depuis le début de notre espèce... Malheureusement le nombre des pères est en diminution constante. Il est difficile en effet d'appeler pères ces hommes sans barbe  et sans bretelles qui n'ont pas de ventre et ne réclament pas de leur fils le respect de leurs ridicules.

Ou…

Les Anglais ont de longues jambes cylindriques et ligneuses, et ils se reproduisent comme l'homme par viviparité. Ignorants jusqu'au XX e siècle de cette particularité, en raison de la pruderie de la cour, ils l'apprirent par ouïe dire par les confidences d'un garde chasse mélancolique qui écrivit un roman osé dont le succès fut retentissant….

Et je lui parlerais, à Vendredi, de ces pépites que la mémoire charrie en vrac comme des épaves :
 Odeur du temps, brin de bruyère... un trou de verdure où chante une rivière... mon enfant ma sœur… Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur... frères humains,  frères humains… à la septième fois, les murailles tombèrent…

 Pourquoi celles là ? Pourquoi est on foudroyé par tel assemblage de mots, telle image, telle fulgurante évidence de beauté, comme par les coups d'archet au début "du" Requiem ? Grand mystère ! Sans doute cela entre-t-il alors en résonance avec une corde intérieure...

Je lui dirais les mots qui montrent si charnellement le soleil ou la pluie, la terre chaude, le blé en herbe, tout ce qu'il sera si dur de quitter  :

La prune de Jérusalem tombe avec un bruit mou dans le jardin du presbytère. Une guêpe en suce la blessure d’or  (Vialatte)

J'avais aimé à la folie mon passage sur cette terre, le soleil, l'espérance, le bruit de l'eau sur les pierres, les lendemains, ne rien faire, les clochettes des chèvres qui passaient en troupeau le long de la maison blanche, le silence, et les mots (J. D'Ormesson)

Quand le jour se lève comme aujourd'hui, et qu'on a tout perdu, et que l'air pourtant se respire, cela a un très beau nom, femme Narsès, cela s'appelle l'aurore (Giraudoux)

Et puis nous ouvririons au hasard le dictionnaire, pour découvrir chaque fois un trésor : asphodèle, hétaïre, pangolin,  ou rhapsode….

Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.(V.Hugo)

Asphodèle… si la fleur n'a pas d'odeur, le mot a le parfum des amours défuntes "mon ami, l'air fraîchit, rentrons, voulez-vous ?" dit le fantôme de Louise, ramenant sur sa poitrine le châle brodé d'asphodèles qu'il lui a ramené de Venise…

Voix off qui murmurent des mots, des bribes de beauté, qui se superposent… et finiront  en tourbillon de borborygmes dans le trou du lavabo…

 

Par alinea - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 21 octobre 2009




C'est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l'on sent la musique et le parfum des herbes
Le fromage de chèvre et le pain de froment

Et du Mont-Saint-Michel jusqu'à la Contrescarpe
En écoutant parler les gens de ce pays

On dirait que le vent s'est pris dans une harpe
Et qu'il en a gardé toutes les harmonies

Dans cette langue belle aux couleurs de Provence
Où la saveur des choses est déjà dans les mots
C'est d'abord en parlant que la fête commence
Et l'on boit des paroles aussi bien que de l'eau

Les voix ressemblent aux cours des fleuves et des rivières
Elles répondent aux méandres, au vent dans les roseaux
Parfois même aux torrents qui charrient du tonnerre
En polissant les pierres sur le bord des ruisseaux

C'est une langue belle à l'autre bout du monde
Une bulle de France au nord d'un continent
Sertie dans un étau mais pourtant si féconde
Enfermée dans les glaces au sommet d'un volcan

Elle a jeté des ponts par-dessus l'Atlantique
Elle a quitté son nid pour un autre terroir
Et comme une hirondelle au printemps des musiques
Elle revient nous chanter ses peines et ses espoirs

Nous dire que là-bas dans ce pays de neige
Elle a fait face aux vents qui soufflent de partout,
Pour imposer ses mots jusque dans les collèges
Et qu'on y parle encore la langue de chez nous

C'est une langue belle à qui sait la défendre
Elle offre les trésors de richesses infinies
Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre
Et la force qu'il faut pour vivre en harmonie

Et l'Île d'Orléans jusqu'à la Contrescarpe
En écoutant chanter les gens de ce pays

On dirait que le vent s'est pris dans une harpe
Et qu'il a composé toute une symphonie

Et de l'Île d'Orléans jusqu'à Contrescarpe
En écoutant chanter les gens de ce pays
On dirait que le vent s'est pris dans une harpe
Et qu'il a composé toute une symphonie.

Par alinea
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Jeudi 8 octobre 2009

le titre est proposé par Solange : le rital de l'aéroport


Deux heures de retard.

Pas assez pour retourner à la maison.

Donc poireauter  dans ce lieu que j’exècre.

Rien que penser au mot "avion" me terrifie. Il faudrait me ligoter pour me faire embarquer. Mais il faut bien  venir accueillir les amis, et c'est pourquoi me voilà coincée dans cette  demi- sphère de verre et d'alu perchée dans le ciel, comme un vaisseau de science fiction.

Et l'avion de Judy a 2 heures de retard !

Je m'assois sur un banc de métal rutilant.
Les silhouettes se découpent en ombres chinoises sur la lumière de la coupole panoramique. Peut être que ce ne sont que des ombres, des fantômes d'anciens vols jamais arrivés, ou des figurants qui jouent éternellement le même rôle…

Des hommes d'affaires cravatés : ils effleurent un écran tactile, ou  marchent de long en large, vissés à leur portable. La terre ne saurait tourner s'ils s'accordaient une minute d'inactivité. Peu de familles, on est en période scolaire. Une équipe de sport, il en faut une. Un groupe de retraités dont les valises arborent des autocollants voyants " Djerba, Airpascher ". Migrants accablés qui trimballent d'énormes sacs rayés sur des chariots à bagages. Des patibulaires que tout le monde espère voir embarquer ailleurs.

Je vais à la boutique acheter quelque chose à lire. Un polar en poche, ça convient à la situation. N'importe lequel. De toutes façons j'oublie toujours les titres de ceux que j'ai déjà lus.
Comme je vais prendre "Nina la rouge", un homme derrière moi allonge le bras vers "l'insomnie du chacal" et dit :

- Prenez plutôt celui-là, il vous ira mieux.

Je me retourne vers l'homme. Un italien, bien sûr, je l'avais entendu au soleil de son accent. Mûr, ma non troppo. Des yeux gris dans un visage bronzé, pull en cachemire noir, du genre par exemple à vous convertir illico au café en capsules alors que vous ne prenez que du thé.

Comme il me tend le livre, je reçois une légère bouffée de Acqua Di Gio.

Les play-boys sûrs d'eux ont le don de m'énerver.

- Comment savez vous ce qui me va ?

- Vous êtes une femme raffinée, cela se voit. Et "le chacal" vous plaira, plus subtil que violent.

Un bon point pour lui, s'il avait parlé de mes yeux ou autre détail anatomique, je l'aurais envoyé promener.

- Vous l'avez lu ?

- Mieux que ça, je l'ai écrit !

- Gino del Pozzo, c'est vous ?

-Nul n'est parfait, comme vous dites chez vous… Avez-vous le temps pour un café ? J'attends un ami, mais son avion a 2 heures de retard

- Ah, Amsterdam ?  Moi aussi j'attends ce vol. Volontiers, mais je préfère un thé.

Gino recule ma chaise avec élégance. Un écrivain ! Quand je raconterai cela à Judy !!!!

- Et vous, belle dame, que faites vous, laissez moi deviner… Antiquaire ? Libraire?  Comédienne ?

Je ne suis pas menteuse, mais, de même que les policiers se disent "fonctionnaires" en société, il m'est impossible d'avouer mon métier. Principalement en présence de Casanova en personne. Je suis professeur de mathématiques, et beaucoup trouvent que c'est un tue l'amour garanti. Mais il n'est pas question d'amour, évidemment.

- Je suis illustratrice. De livres pour enfants.

Je ne mens pas tout à fait, j'ai décoré récemment de clips arts  un poème écrit par mon neveu.

- Alors nous sommes collègues ! Parlez moi de votre métier.

- Vous d'abord.  C'est quoi, la vie d'un écrivain ?

Gino est charmant, plein d'humour. Les deux heures passent vite, trop vite. La voix d'outre galaxie qui tombe des hauts parleurs annonce l'arrivée du vol d'Amsterdam.

- Claire, ce n'est pas possible que nous ne nous revoyions pas, je vous note mon numéro de portable sur le ticket de caisse, appelez moi, je vous en prie.

Il pose légèrement sa belle main sur la mienne, et file.

Un peu chavirée, je me rends dans la zone de débarquement, il y a foule et je perds Gino de vue. Qu'importe, j'ai son numéro !

Voilà Judy, épuisée par les péripéties de son voyage. Elle a toujours une foultitude de bagages, je m'attelle à sa grosse valise à roulettes, tandis qu'elle harnache son énorme sac à dos.

Comme nous nous éloignons, j'entends crier "Fausto ! Fausto !". Je me retourne. Bien sûr, c'est l'ami que Gino attendait ! Elle a une somptueuse crinière blond foncé, un blouson de fourrure, un pantalon de cuir, et une silhouette à faire damner tout le vaisseau spatial. Elle se jette sur lui et, hélas, je ne peux que  constater qu'il manifeste le même enthousiasme.

Je fais une boulette du ticket du buffet, et le lance dans une poubelle.

- Allons, dis je à Judy, as-tu des souhaits pour ton séjour ?

 

 

Par alinea - Communauté : Se sentir liVre
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Jeudi 8 octobre 2009
Par alinea
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Mercredi 7 octobre 2009

Cher portable


 


- Salut !
- …
- Ouais. Oh dis donc, c'est un truc que je ne souhaite à personne ! D'avoir des parents comme les miens ! Ça non alors ! Même à mon pire ennemi.
Quoique… à l'ignoble Mélodie, peut être. Et aussi à cette vieille toupie de Selena, et sa crête de punk, à son âge ! Bon, ça, c'est crétin, vu que c'est ma sœur, Selena. On voit où ça l'a menée d'avoir des parents comme ça ! " Pandora et Selena, les filles Alien, vous connaissez ?" Heureusement les copains croient que ce sont des noms de série télé ! S'ils savaient ! Mortes de honte on serait, la Sélène et moi.
Parce que tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents Hellénistes. Hellénistes distingués on dit. Faut croire qu'il n'y a pas d'Hellénistes vulgaires. Selena, elle est née quand le pater finissait sa thèse "survivance des rites séléniens dans l'Athènes de Périclès". Kévin, il dit qu'on l'a échappé belle, on aurait pu s'appeler Mnémosyne et Tisiphone.
 -…
- Kevin! Mais si, tu sais bien, mon cousin, celui qui se la pète en moto, avec des dreadlocks supercrados et des ti shirt à triskel.
-...
- Ah, tu vois qui ?
-...
- Non je sais pas pourquoi le triskel ; il dit que c'est la marque de sa tribu, mais je crois bien qu'il est tout seul dans sa tribu. Ça empêche pas qu'il s'est fait étriller samedi dernier derrière le phare, par une autre tribu. Les "antimatière". Eux ils sont deux. Parait que l'endroit est à eux, ces nases. Il la ramenait pas après ça, le Kevin, tout péteux et pantelant, ils lui ont bombé sa moto, dis donc !
Pour en revenir à mes parents, tu sais ce qu'ils m'ont fait, hier ? M'ont carrément oubliée. OUBLIEE. Devaient venir me chercher après la repet' de "Ophélie et les asphodèles". M'ont oubliée. Pas de manteau, pas de change ! Ils étaient repartis avec mon sac en me déposant à la bourre.
Me suis retrouvée dans le métro en tutu, les chaussons trempés ! Rigole pas, c'est pas drôle. Et deux grands imbéciles en costard sont venus me serrer de près, un de chaque côté, pour se foutre de moi.
Et tu sais où ils étaient les parents Alien pendant que je me tapais en tutu l'aftershave des deux gugusses ? Eh ben madame Alien était chez Papy Alien qu'a un ictère
- …
- Un ictère ! Une cirrhose si tu veux.
Et monsieur Alien baladait dans le 16e la pétition pour la sauvegarde des mots anciens, tu vois l'urgence… des mots qu'on dit plus depuis Vercingétorix, mais qu'il est INDISPENSABLE de remettre en service au plus vite : "argousin, peccamineux "… À côté de leurs pompes je te dis ! Mais " gourgandine", et "lupanar", ça a un petit air bio tu trouves pas ?
Pu… non ! Gourgandine ! déjà 9 heures, j'raccroche, j'vais louper le cours de Frankenstein !  Salut, à c'soir, c'est toi qu'appelles, hein ?

Par alinea - Communauté : mémoire et écritures
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Samedi 26 septembre 2009

 



La première partie du voyage, impec ! Pas trop de monde encore. Juju dort comme un bienheureux.

Trop beau pour durer. Au péage de Brise les Banesse, le voila qui se met à hurler à pleins poumons.

- Ah, s'il te plait, fais taire ton fils, dit l'homme.

- Ah oui ? et comment je fais taire MON fils ?

- Donne lui son Barnabé.

- Barnabé ? Barnabé, Barnabé, où il est Barnabé ? Tu l'as mis où son Barnabé ?

- Ecoute je conduis, zut, cherche, il est sans doute tombé.

- Non il n'est nulle part. Quand même c'est toi qui as installé le petit.

- Mais c'est toi sa mère, non ?

- Ça c'est l'argument qui tue ! Patrick ? Patrick, retourne, il va pas pouvoir passer quinze jours sans Barnabé…

- Retourner ? ça va pas, non ? 200 bornes plus 200 ; ça fait 400, tu te rends compte ? Juju, la ferme !

- Parle pas comme ça à Juju, c'est pas de sa faute !

- C'est la faute à qui ? Qui est ce qui a téléphoné à sa mère pendant une heure au lieu de vérifier les bagages ?

- Patrick, qu'est ce qu'on fait ? mon Juju pleure pas, s'il te plait, tais toi… Tu vas voir, la mer c'est chouette, il y a des petits crabes, on va faire des pâtés…

- JE vais faire des pâtés pendant que tu feras ta bronzette…Mais fais le taire ! Ecoute, j'en peux plus, on s'arrête à la prochaine aire de repos, tu prendras le volant et je m'occuperai de mon fils.

- D'accord.

C'est pas croyable les ressources d'énergie contenues dans un si petit bout de chou. Nous descendons, Juju toujours couinant, de façon pathétique maintenant, hoquetant, son petit visage congestionné et tordu de détresse, suivis par le regard suspicieux d'un couple de Hollandais entre deux âges qui saucissonnent sur une des deux tables en bois grisâtre de la petite aire. Nous nous installons sur l'autre.

- Tiens Juju, regarde le bel escargot, il est pas beau l'escargot à son papa ?

Juju tend la main vers la bestiole gluante et s'arrête brusquement de pleurer.

- Tu vas pas lui donner ça, c'est dégoûtant !

- Dégoûtant peut être, mais ça lui plait.

Juju est visiblement sous le charme. Il pelote l'escargot dans tous les sens, le met à sa bouche.

- C'est sale, Juju, donne à maman

Juju pousse un cri strident. Je lui rends l'animal. Juju est ravi, accepte son biberon…Nous voilà repartis. Juju s'endort, serrant la chose baveuse dans sa menotte potelée.

Ce qui m'évite provisoirement d'avoir à avouer que je viens de retrouver Barnabé dans le sac où j'ai rangé les pulls au dernier moment.

 

Par alinea - Communauté : La récréa - Bigornette
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Mercredi 23 septembre 2009


Le début est proposé par Nadine :Le Fantôme de l'Opéra de Paris  vient d'arriver a l'Opéra de Detroit.  

Le chef lève sa baguette et...celle-ci se recourbe gracieusement comme la tige d'une tulipe fanée.

En même temps, les cordes font des noeuds, les bois se tordent comme des boas, le triangle s'arrondit.
Matière molle.

La violoncelliste bouddhiste, le pianiste exhibitionniste, le flûtiste cryptocommuniste, la harpiste idéaliste, le cornettiste naturiste, le trompettiste pessimiste, le hautboïste unijambiste  et les violonistes tristes restent cois.

Quoi ? Cois.
Silence.
Pas un son.
Pause.

Derrière le rideau, la grande haridelle qui joue Giselle devient toute blanche et fait une syncope. Glissendo.
Octave le régisseur, pris de peur, fait une fugue.

Contretemps majeur.

Un soupir d'impatience monte de la salle. Un trio laid est secoué par une  quinte nerveuse.

Les choristes syndicalistes se lèvent. Ils se sont trompés de jour, ils croyaient qu'on donnait Aïda .

Dans les cintres le fantôme se lasse. Il tape le velours rouge de son éventail (il n'a pas eu le temps de se changer depuis le chevalier à la rose qu'il a perturbé à Berlin), et part s'enfiler une absinthe au bar. C'est pas tout ça, il doit encore faire le Met et les émirats dans la soirée.

La baguette se redresse, les cordes se tendent, slancio ! Giselle se met à gambader gaiement.

Un petit canard passe inaperçu, c'est Annette, la brunette à lunettes qui ne retrouve pas le do de sa clarinette.

Beau succès dira la presse demain, malgré quelques bémols : le tuba un peu bas, le basson molasson, trop de sanglots longs chez les violons, galipettes des trompettes dans les grimpettes, mais les cors étaient raccord, et le violoncelle a fait des étincelles...

 

Par alinea - Communauté : Se sentir liVre
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