Publié le 26 Mai 2017

Dieu créa la femme.
et les hommes virent qu'elle était belle.
 
L'enfant se fit l'œil à la biche, retroussa son jupon,
et commença la traque.
 
Le roi disait en la voyant si belle à son neveu : pour un baiser, pour un sourire d’elle, pour un cheveu, infant don Ruy, je donnerais l'Espagne et le Pérou ...[1]
Les princes de la terre firent tomber sur elle
des pluies de roses depuis le ciel.
 
Bientôt ce fut l'hallali,
mitraille sur tapis rouge,
Pardon, si j’ai le souffle court comme un daguet entend la meute
des beagles qui s’acharne et court telle une foule un soir d’émeute ...(2]
 
Dieu créa la femme
 mais le temps la saisit,
qui dévore les belles comme les laiderons.
 
"Vise un peu cette folle et ses souliers montants
Elle a tous les ruisseaux dans ses regards d'émail
Elle a tous les oiseaux sur son chapeau de paille
Et dans son sac à main ses rêves de vingt ans... [3]
 
Et tandis qu'on la raille,
d'autres biches déjà s'offrent à la mitraille.
 
[1] V. Hugo, guitare        [2] Guillaume Apollinaire            [3] L. Aragon
 
bonus festival de Cannes clic
 

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Rédigé par Emma

Publié dans #société

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Publié le 25 Mai 2017

votre loisir préféré est-il de cocher les photos qui les montrent,  en alternance avec des devantures de magasins, et ensuite des montagnes, avant de devoir recommencer  ?

Sinon, rien de plus simple, il suffit de décocher sur le tableau de bord la case de la protection antispam en suivant le chemin  ---> gérer---- paramètres ------préférences ----- commentaires, et là, décocher la case protection, que OB a cochée par défaut dans une précédente mise à jour

évidemment le risque est de recevoir des coms vous invitant à consulter un marabout, mais on peut le considérer comme mineur à côté de la galère des images à cocher, cocher, cocher....

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #divers

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Publié le 19 Mai 2017

pour Miletune, sur un tableau d'Emile Claus

       On aimerait croire qu'il est heureux, le vieux jardinier.
Parce qu'on aime, on adore le jardin. Tout le monde aime le jardin, les roses et les salades. Le jardin est un bout d'Eden rien qu'à nous… Le "rien qu'à nous"  en fait un paradis.
 
On aimerait croire qu'il est heureux, le vieux jardinier.
Parce qu'on aimerait croire que vieillesse apporte sagesse, que sagesse rime avec sérénité, que sérénité vaut bonheur.
 
Allons !
 
Certes, c'est un homme de la terre le vieux jardinier, ses énormes pieds presque racines sont ancrés dans la terre, ses mains immenses sont faites pour manier des outils, planter, repiquer…
Est-il heureux pour autant, le vieux jardinier ?
 
D'ailleurs est-il si vieux ? Son poil n'est pas tout à fait blanc, et bien que les épaules soient un peu cassées par le travail, une puissante musculature sous la tenue modeste trahit encore la sève.
 
Et son regard ? Est-ce celui d'un homme tranquille, alors qu'il flambe sous les sourcils broussailleux ?
 
Allons, cet homme est en colère.
 
En colère contre la vie ? Contre sa vie ? L'âge qui vient ? Sa condition ?
 
Cet homme ne rentre pas à la maison après avoir repiqué ses poireaux, et retiré ses sabots pour ne pas salir.
 
Cet homme est un serf. La colonne grandiloquente sur la gauche ne peut être la déco d'une modeste maison, c'est celle du perron de Monsieur le Comte, ou du notaire qui a racheté le château.
Peut-être qu'il exècre le destin qui l'a fait valet, lui, Hercule. Parce qu'en plus il doit porter le prénom ridicule que lui a donné Soeur Marie de la Contemplation qui l'a recueilli sous le porche du couvent.
 
Peut-être qu'il y a bien longtemps il a été amoureux d'Adeline, la petite Comtesse, celle-là même qui lui demande aujourd'hui de remplacer le bégonia de l'entrée que les chiens ont bousculé ; en minaudant, sûre qu'elle est encore, la pauvre folle, du pouvoir de ses charmes fanés…
 
Mais nous pouvons voir l'image d'un jardinier heureux du travail accompli, rentrant du jardin alors que doucement s'évapore la chaleur du jour.
Car nous ne voyons que ce que nous voulons voir, et n'entendons que ce que nous voulons entendre.
 
 d'autres tableaux font leurs confidences ici >>> clic

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Rédigé par Emma

Publié dans #à propos de la peinture

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Publié le 12 Mai 2017

           Ça arrivait toujours. À un moment ou à un autre, il y en avait un qui levait la tête... et qui la voyait.

Ils devaient suivre son regard.

Au début ils parlaient, ils parlaient… Ils disaient comme tu as bonne mine aujourd'hui, hein qu'il a bonne mine ?

Il aurait pu répondre, mais quoi ? leur dire ne vous donnez pas la peine. Votre ton guilleret est pire que tout, taisez-vous donc.

Puis ils déballaient leur pathétique offrande. Tiens disaient-ils, maman a fait de la tarte aux pommes, tu vas goûter. Ils lui fourraient un morceau dans la bouche qui dégringolait sur le drap. Il aurait pu l'avaler, le morceau de pomme, mais jouer les légumes était sa dernière liberté. Il riait intérieurement de ce bon tour.

Puis ils ne savaient plus quoi dire. Ils se levaient, allaient à la fenêtre, disaient que le temps est à la pluie, que ça fera du bien aux jardins. Revenaient, s'asseyaient à nouveau. Et vite comblaient le vide. Il aurait voulu le silence, qu'ils puissent penser ensemble, au lieu de cette agitation qui l'anéantissait.

Ça arrivait toujours, à un moment ou à un autre, il y en avait un qui suivait son regard et levait la tête... et qui la voyait. La tache au plafond. Sombre.

Certains jours il se disait que le type qui l'avait précédé avait eu la force de cracher son café jusqu'au plafond. D'autres il imaginait qu'un crime avait été commis à l'étage supérieur et que la tache de sang allait s'agrandir, s'agrandir…

Elle lui tenait compagnie, la tache.

Chaque matin quand le cliquetis du chariot de la soignante le tirait du brouillard épais des somnifères, il ouvrait les yeux, voyait la tache et se disait "je vis encore ".

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Rédigé par Emma

Publié dans #société, #romanesque

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Publié le 5 Mai 2017

"Il y a des gens malheureux. Beaucoup maudissent le hasard qui les a fait sortir de ce néant où personne ne souffre jamais. Les enfants que je n'ai pas eus, disait Cioran, ne savent pas tout ce qu'ils me doivent.

 Et déjà l'Ecclésiaste : J'ai préféré l'état des morts à celui des vivants ; et j'ai estimé plus heureux celui qui n'est pas né encore et n'a pas vu les maux qui sont sous le soleil."  

Jean d' Ormesson, Comme un chant d'espérance

 

Le Livre de l’intranquillité. Bernardo Soares

Quelle angoisse quand je sens, quel malaise quand je pense, quelle inutilité quand je veux…

Je me trouve aujourd’hui au fond d’une dépression sans fond. L’absurdité de l’expression parlera pour moi.

             Je suis dans un de ces jours où je n’ai jamais eu d’avenir. Il n’y a qu’un présent immobile, encerclé d’un mur d’angoisse. La rive d’en face du fleuve n’est jamais, puisqu’elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci ; c’est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n’abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n’est pas de quai où l’on puisse oublier. Tout cela s’est passé voici bien longtemps, mais ma tristesse est plus ancienne encore.

En ces jours de l’âme comme celui que je vis aujourd’hui, je sens, avec toute la conscience de mon corps, combien je suis l’enfant douloureux malmené par la vie. On m’a mis dans un coin, d’où j’entends les autres jouer. Je sens dans mes mains le jouet cassé qu’on m’a donné, ironiquement, un jouet de fer-blanc. Aujourd’hui 14 mars, à neuf heures dix du soir, voilà toute la saveur de ma vie.

Dans le jardin que j’aperçois, par les fenêtres silencieuses de mon incarcération, on a lancé toutes les balançoires par-dessus les branches, d’où elles pendent maintenant ; elles sont enroulées tout là-haut ; ainsi l’idée d’une fuite imaginaire ne peut même pas s’aider des balançoires, pour me faire passer le temps.

Tel est plus ou moins, mais sans style, mon état d’âme en ce moment. Je suis comme La Veilleuse du Marin, les yeux me brûlent d’avoir pensé à pleurer. La vie me fait mal à petit bruit, à petites gorgées, par les interstices. Tout cela est imprimé en caractères tout petits, dans un livre dont la brochure se défait déjà.

Si ce n’était à vous, mon ami, que j’écris en ce moment, il me faudrait jurer que cette lettre est sincère, et que toutes ces choses, reliées historiquement entre elles, sont sorties spontanément de ce que je me sens vivre. Mais vous sentirez bien que cette tragédie irreprésentable est d’une réalité à couper au couteau -toute pleine d’ici et de maintenant, et qu’elle se passe dans mon âme comme le vert monte dans les feuilles.

Voilà pourquoi le Prince ne régna point. Cette phrase est totalement absurde. Mais je sens en ce moment que les phrases absurdes donnent une intense envie de pleurer…

Cela n’est pas vraiment la folie, mais la folie doit procurer un abandon à cela même dont on souffre, un plaisir, astucieusement savouré, des cahots de l’âme -peu différents de ceux que j’éprouve maintenant.

Sentir - de quelle couleur cela peut-il être ?

 

Bernardo Soares est l'un des quelque 70 hétéronymes de Fernando Pessoa

au sujet  des hétéronymes de Pessoa, voir ici

***

hétéronymie pour les nuls  >>> clic 

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #au fil des livres

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Publié le 29 Avril 2017

La prédiction

source photo ici

 

           Le petit village de Colombeau les trois seaux doit son nom et une modeste célébrité aux trois seaux de Jadranska, Sainte patronne de sa petite église.

 

Sainte Jadranska était une comtesse moldave du 6e siècle, qui, selon la légende, se réfugia à Colombeau alors qu'elle était  poursuivie à cheval, depuis les Carpathes, par une horde de barbares assoiffés de sang et de pillages ; l'histoire ne dit pas pourquoi, on sait seulement que bien avant Monsanto, ces cavaliers maudits savaient déjà empêcher l'herbe de repousser après leur passage.

Pour tout bagage Jadranska avait 3 seaux liés sur son cheval : l'un contenait quelques bijoux cachés sous des raves bouillies, le second de l'avoine pour sa fidèle monture, provisions dont la protection divine assura le renouvellement tout au long de sa fuite éperdue, et le troisième une croix  pour faire reculer les loups et le diable.

Hélas, les gredins à ses trousses arrivèrent dans la nuit, et mirent le feu à la hutte des braves paysans qui l'hébergeaient, les faisant tous rôtir.

Au matin on retrouva les trois seaux intacts, étincelant sur les cendres fumantes. Le miracle fit grand bruit, on éleva autour d'eux un petit oratoire qui devint  lieu de  pélerinage.

 

La légende s'amplifia au cours des siècles, et on prétendit que la destruction des seaux apporterait de grands malheurs. Cette réputation les protégea longtemps des hommes, tant que ceux-ci vécurent dans la crainte de Dieu.

Pourtant, le  soir  du 13 juillet 1789, il arriva qu'un mécréant, sortant de l'auberge du tonneau joyeux, visa étonnamment juste le premier seau, avec le lourd pichet d'étain qu'il venait de vider, et le pulvérisa ; malgré sa pendaison illico, les prières et pénitences, on sait ce qu'il advint au pays dès le lendemain.

On mit alors une grille autour de l'oratoire pour protéger les deux seaux restants. Ce qui n'empêcha pas un étranger de passage, un Bosniaque dit-on, (furieux comme peut l'être un Bosniaque qui vient de se faire plaquer), d'écrabouiller un deuxième seau à coups de bottes, le 27 juin 1914.

Le chaos de l'histoire qui suivit donna définitivement raison à la prédiction.

 

De nos jours le seau restant est protégé des mauvais coups par une vitre à l'épreuve des balles, comme la Joconde. Il figure sur le trajet des tour operators qui déposent de temps à autre devant l'oratoire des paquets de Chinois amateurs de selfies.

Les esprits sceptiques ricanent au sujet de la légende : ils affirment qu' il n'est pas possible qu'un objet en fer résiste aussi longtemps à la rouille, ainsi, dans la nature, même une cannette métallique serait décomposée en 400 ans. Bien que peu de ces ricaneurs aient vécu assez longtemps pour le vérifier. Mais les croyants objectent qu'on retrouve en assez bon état des vestiges de l'âge du fer. Et c'est sans compter sur la nature sacrée de l'objet.

 

Quand même le seau est bien rouillé, et d'aucuns craignent qu'il ne s'effondre en poussière. Mais peu redoutent réellement qu'il s'ensuive une catastrophe : ces jours-ci sont assez paisibles, tout juste un peu agités par une petite campagne  électorale.

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #contes

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Publié le 17 Mars 2017

Rédigé par Emma

Publié dans #videos du web et autres coups de coeur

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Publié le 8 Mars 2017

croquis aquarellé ici (clic)

- Salut !

-…
- Ouais. Oh dis donc, c'est un truc que je ne souhaite à personne ! D'avoir des parents comme les miens ! Ça non alors ! Même à mon pire ennemi.

Quoique… à l'ignoble Mélodie, peut être…

 Et aussi à cette vieille toupie de Selena, et sa crête de punk, à son âge !

Bon, ça, c'est crétin, vu que c'est ma sœur, Selena.

On voit où ça l'a menée d'avoir des parents comme ça ! " Pandora et Selena, les filles Alien, vous connaissez ?" Heureusement les copains croient que ce sont des noms de série télé ! S'ils savaient ! Mortes de honte on serait, la Sélène et moi.

Parce que tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents Hellénistes. Hellénistes distingués, on dit. Faut croire qu'il n'y a pas d'Hellénistes vulgaires. Selena, elle est née quand le pater finissait sa thèse "survivance des rites séléniens dans l'Athènes de Périclès".

Kévin, il dit qu'on l'a échappé belle, on aurait pu s'appeler Mnémosyne et Tisiphone.
-…
- Kevin! Mais si, tu sais bien, mon cousin, celui qui se la pète en moto, avec des dreadlocks supercrados et des ti shirt à triskel.

-...
- Ah, tu vois qui ?

-...
- Non je sais pas pourquoi le triskel ; il dit que c'est la marque de sa tribu, mais je crois bien qu'il est tout seul dans sa tribu.

Ça empêche pas qu'il s'est fait étriller samedi dernier derrière le phare, par une autre tribu. Les "antimatière". Eux, ils sont deux. Parait que l'endroit est à eux, ces nases. Il la ramenait pas après ça, le Kevin, tout péteux et pantelant, ils lui ont bombé sa moto, dis donc !

Pour en revenir à mes parents, tu sais ce qu'ils m'ont fait, hier ? M'ont carrément oubliée. OUBLIEE. Devaient venir me chercher après la repet' de "Ophélie et les asphodèles". M'ont oubliée. Pas de manteau, pas de change ! Ils étaient repartis avec mon sac en me déposant à la bourre.

Me suis retrouvée dans le métro en tutu, les chaussons trempés ! Rigole pas, c'est pas drôle. Et deux grands imbéciles en costard sont venus me serrer de près, un de chaque côté, pour se foutre de moi.

Et tu sais où ils étaient les parents Alien pendant que je me tapais en tutu l'aftershave des deux gugusses ?

Eh ben madame Alien était chez Papy Alien qu'a un ictère.

- …

- Un ictère ! Une cirrhose, si tu veux.

Et monsieur Alien baladait dans le 16e la pétition pour la sauvegarde des mots anciens, tu vois l'urgence… des mots qu'on dit plus depuis Vercingétorix, mais qu'il est INDISPENSABLE de remettre en service au plus vite : "argousin, peccamineux "… À côté de leurs pompes je te dis ! Mais " gourgandine", et "lupanar", ça a un petit air bio tu trouves pas ?

Pu… ! non ! Gourgandine ! déjà 9 heures, j'raccroche, j'vais louper le cours de Frankenstein ! Salut, à c'soir, c'est toi qu'appelles, hein ?

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Rédigé par Emma

Publié dans #burlesque, #société

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Publié le 26 Février 2017

la légende

          Il s'ennuie un peu, Carolus, le stagiaire du commissariat d'Aasgaardstrand, depuis que le grand manitou l'a chargé d'avoir à l'œil le pont sur le fjord, haut lieu, selon son indic, du trafic d'huile de foie de morue avec la Suède.

 

Alors, tandis qu'il se les gèle, en planque sur le banc à la lisière de la forêt, avec vue imprenable sur le dit pont, Carolus s'imagine agent secret au NSM (Nasjonal Sikkerhetsmyndighet).

Il s'est fabriqué une légende : il est peintre. Pour décourager les admiratrices indiscrètes qui pourraient venir glousser devant ses piètres aquarelles, il précisera qu'il ne fait que des esquisses rapides, brouillons pour de futurs tableaux.

Encore qu'elles soient rares, au final, les admiratrices.

Il faut être un peu maso pour tenir là des heures, dans le froid, avec ce vent piquant qui monte avec la marée, même si sa légende autorise une couverture sur les genoux, comme les vieux de St Olaf qu'il a vus passer en fauteuil sur le pont, l' après-midi de mercredi, poussés par de sévères bénévoles emmitouflées.

A part les vieux (dont il faudra vérifier le harnachement par acquit de conscience), il n'a pas vu grand trafic sur le pont : deux élans lundi matin, et un loup boiteux grisonnant en soirée ; il n'a pas jugé utile de les croquer, vu l'heure avancée. Dimanche est passé un tracteur maquillé en traineau, conduit par un dénommé Hans Andersen, qui se rendait au festival des pères Noel. Pas net non plus, il l'a inscrit sur son carnet de signalements.

Les humains sont rares, ah si, il a vu passer un mec bizarre qui courait en hurlant, les mains sur les oreilles[1], visiblement égaré. Sans valise ni sac à dos.

Mardi, il a fait un temps radieux, quelques oiselles en robes printanières[2], (bien trop légères) se sont pavanées à son intention, de face, de dos…

 

Mais là, il regretterait presque de ne pas savoir peindre. Sur le pont, (que pour lui-même il a baptisé "pont de la rivière Kwaï "pour lui donner un petit air vaguement japonisant en hommage à Monet, même si cela ne le réchauffe que fort peu), s'avance un groupe de dames chic.

Il les reconnait, le chef les lui a présentées à la sortie de la messe, en bafouillant un peu : ce sont les quatre filles du docteur Munch, et leur Mère, qui se pique de culture française au point de questionner en cette langue les demoiselles chapeautées : n'entendîtes vous pas un cri, Kristina ? N'avez-vous rien ouï, Luiza ?

 

Carolus sait bien d'où vient ce cri, qui imite -fort mal- celui du guillemot de Brünnich en période de reproduction : de l'un des trois pingouins appuyés contre la balustrade, qui cherche à attirer l'attention des donzelles ; ils portent l'uniforme de l'école des croque morts d'Oslo, Carolus les a croisés à la taverne où leurs frasques guillerettes semblaient modérément appréciées ; ils feignent d'être passionnés par le débit de l'eau et le passage furtif de sombres bancs de morues, voilà qui est très très louche, du repérage sans aucun doute !.

Vite ! Filons au rapport !


[1][1] Le Cri adjugé 119,9 millions de dollars en 2012

[2] Les Filles sur le pont, vendu 54,5 millions de dollars en 2016

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #à propos de la peinture, #fantaisie, #jeux d'écriture

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Publié le 16 Février 2017

Logorallye avec des verbes qui n'existent pas : scrafouiller, vernifler, courouler, hurlir, cagnasser, berçoire, violoner, vichtailler, crascatuer, pirpurer, trochoire, loloyer, hurspender, sisselir, épurler, écriper, scrafougner, groudir, flagir.

 si nécessaire des exemples ici  >>> clic

(référence image ici >>> clic)

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Rédigé par Emma

Publié dans #jeux

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Publié le 14 Février 2017

C'est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l'on sent la musique et le parfum des herbes
Le fromage de chèvre et le pain de froment
[1]

Une langue qu'on aime au point de s'étriper au sujet de l'accent circonflexe, ou la féminisation des noms de métier, dans un pays où la dictée a été élevée au rang de jeu télévisé…

 

Une langue de pinailleurs, qui a un mot précis pour désigner “la répétition de groupes de mots qui semblent fonctionner de manière autonome alors que la poursuite du texte montre que ces termes étaient en réalité les annonces d’un développement dont ils constituent les éléments” (épanode), ou "la répétition de formes morpho syntaxiques sur la base d'un parallélisme grammatical des morphèmes" , (homroptote), qui a décidé que la forme de rime  interne dans "Du pain, du vin, du boursin"  s'appellera : homeoteleute !!!!

A l'occasion de la st valentin, miletune[2] propose de broder sur cette image

 

          Les journalistes ne doivent pas oublier qu’une phrase se compose d’un sujet d’un verbe et d’un complément. Ceux qui voudront user d’un adjectif passeront me voir dans mon bureau. Ceux qui emploieront un adverbe seront foutus à la porte.

circulaire de G. Clémenceau (alors rédacteur en chef de L’Aurore)

 

Hugo disait que l'adjectif est la graisse du style, et il est vrai que l'adjectif est souvent superflu, et inutilement explicatif ;  de même que l'adverbe, qui en est en quelque sorte la paraphrase lourde et appuyée, pour  répondre à la question "comment ?" avant même qu'elle se pose, et même si elle ne se pose pas.

 

Comme la musique des films qui dit : c'est là qu'il faut avoir peur, ou préparez les mouchoirs, adjectifs et adverbes explicitent, zooment, insistent, surlignent ; didascalie, indication de jeu. Du théâtre, en somme.

 

L'adverbe en "ment"  ment, quelquefois,  flatte, dissimule, embobine…

 

Sincèrement vôtre. Tu parles !

Les formules de politesse sont l'héritage des courbettes du grand siècle,  respectueusement, je vous baise les mains, monsieur le député, votre honneur, votre sainteté, votre grandeur… à défaut de pouvoir dire ce que je pense réellement de vous, qui allez me refuser, une indemnité, un  passe-droit, un emploi…

Dis-moi ce que t'en penses, sincèrement ! est carrément blessant, cela présuppose que d'ordinaire l'interlocuteur ment !

Il l'a fait sciemment, ne qualifie  pas  le savoir ou la compétence du personnage, mais sous-entend  sa perversité.

Et combien d'adverbes en ment dans les éléments et les tics de langage si contagieux, dès lors qu'il faut convaincre ou manipuler ! Combien de personnages médiatiques emploient "effectivement " toutes les deux phrases, comme s'ils avaient besoin de se  persuader eux-mêmes;?

 

Clairement, (ou il est clair que…) est un fleuron de la langue de bois[3], précisément quand le propos n'est pas clair du tout, voire trafiqué.

 

Et que pense la dame (du siècle dernier) qui reçoit une lettre terminée par   "celui qui t'aime sincèrement "?

 "je t'aime", voire JTM, aurait été sans doute plus percutant ; encore que follement, passionnément, éperdument, accompagnés de quelques petits cœurs irrésistiblement féminins, délicieusement rétrogrades auraient été joliment décoratifs, en ce jour de ST Valentin…

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #divers, #société

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Publié le 10 Février 2017

               

source image clic

          Il y avait, à Oxbridge, un très sérieux professeur d'histoire ancienne, nommé Willybillie Poe, que la reine avait anobli  pour avoir trouvé en Éthiopie orientale des vestiges des écuries d'Alexandre le grand.

Au cours d'une mission dans les monts désertiques du Globaï, il découvrit, dans une grotte à demi bouchée par le sable, une tablette d'argile gravée de signes.

La découverte était d'importance, car, selon la théorie du professeur Poe, Zarathoustra aurait fini sa vie exilé  dans le désert du Globaï.

Willybillie Poe entreprit donc de comparer les signes de la tablette, qu'il avait appelés "écriture globaïlienne", avec toutes les écritures qu'il connaissait : Chaldéen, Assyrien, Hittite, Egyptien de toutes les époques. En vain. Au mépris de toute logique, il étendit les recherches au Chinois antique, au Tartare moyen et bas, au Sibérien, à l'Iroquois, au Navajo, et aux signes des pyramides Maja… à toutes les langues répertoriées dans la grande bibliothèque d'Oxbridge. Aucun résultat.

Sir Poe passait toutes ses nuits dans une fièvre de plus en plus troublée. Il en perdit son latin. Puis sa santé. Puis sa femme. Enfin il fut licencié par l'université pour manque de résultats, avant de mourir victime d'une infection transmise par les cloportes des grottes.

Or donc il arriva que le mois suivant, Harry Beans, Californien de 16 ans et demi, surfeur sur la vague le jour et  sur internet la nuit, tomba sur la photo de la plaque du Globaï dans National geographic.
 
Ayant forcé quelques codes secrets en moins de temps qu'il ne faut pour saisir la souris, il lui fallut exactement 11 minutes pour déchiffrer les signes, après s'être connecté à "CIA cryptoservice niveau 7".
 
                       Et il lut :
 
- un sac de farine
- 2 poulets
- une jarre d'huile
             et ne traîne pas en route !
 
 

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Rédigé par alinea

Publié dans #contes

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Publié le 4 Février 2017

les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux.

Alphonse Allais
 
(plein écran en haut à droite, couper le sifflet à Gerschwin, en bas à gauche)
 
 

https://fr.calameo.com/read/000888158f6e0363e94c5

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #burlesque, #société, #vaguement poétique, #fantaisie

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Publié le 30 Janvier 2017

Rédigé par Emma

Publié dans #videos du web et autres coups de coeur, #société

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Publié le 29 Janvier 2017

source photo clic

Une heure avant de mourir, qui le sait, à part a posteriori votre biographe ?

 

Sauf bien sûr si vous avez décidé de vous jeter aujourd'hui même sous le 17 h 39.

 

Ou encore qu'à votre question angoissée "docteur, j'en ai encore pour combien ?" l'homme de l'art n'ait répondu "une heure ", ajoutant possiblement, (si les horaires démentiels que lui impose l'administration n'ont pas encore eu totalement raison de sa compassion) : "mais ne perdez pas espoir, la science avance à grands pas."

 

Ou que la voix qui tient le canon sur votre tempe (fondu raccourci) n'ait annoncé ce timing précis.

 

Mettons.

 

Mettons que vous le sachiez.

"Vaatielma", c'est un postulat, comme disent nos amis Finlandais, qui occupent la longue nuit polaire comme ils peuvent. Eventuellement à la roulette russe.

 

Qu'allez-vous faire ?

Selon votre personnalité, (oui oui, exactement, celle-là même que vous êtes sur le point d'abandonner):

dans 30% des cas, vous mettre à hurler, 20%, vous jeter à genoux : "pourquoi moi ?" à supposer que vous soyez en état de le faire. 10% d'entre vous allez vous précipiter sur la vodka, da ! qui traine pas loin.

Les 40% restants ne manifestent plus de réaction depuis longtemps.

Bref, rarement quelque chose de bien théâtral et digne d'être rapporté avec admiration par les générations qui vous suivront.

 

Méfiez-vous.

Méfiez-vous des dernières phrases, si vous êtes cabotin jusqu'au bout, ou si vous voulez soulager votre conscience.

Certes : "mon père, je vous avoue, Dante m'a toujours emmerdé" (Lope de Vega) a fière allure, mais encore faut–il avoir sacrément bien répété le rôle, et être assuré d'un auditoire réceptif, et même d'un auditoire tout court.

Il est plus probable que vous allez misérablement avouer : "Marie-Thérèse j'ai couché avec ta soeur " qui risque de vous valoir l'enfer sur terre, on n'est jamais à l'abri d'une rémission.

 

Ou bien rien de spécial.

A 15 heures, Madeleine était passée chez sa fille Martine, ma voisine, lui apporter quelques courses. A 16 heures, elle se pendit dans son hangar. Non sans avoir décroché et plié soigneusement le linge qui avait séché au soleil, puis tondu la pelouse et rangé la tondeuse, après avoir nettoyé et graissé la lame.

 

"é il destino ", disent nos amis Siciliens en soufflant sur le canon fumant de leur magnum 50.

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Rédigé par Emma

Publié dans #romanesque

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Publié le 14 Janvier 2017

voyelles...

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu.

 

Pas de jaune.

Pas de Y.

 

A noir, comme le p’tit, au comptoir.

Il est terrible, le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain…

Eteins, veux-tu, que je caresse par cœur l'idée de ta peau blanche.

 

Blanc le E, et celui de l'œil.

Ou de l'œuf dur, qui sans mayo n'a pas de goût.

Blanc comme le bec, le mariage, le fer, et le drapeau...

 

Drapeau bleu comme la grande, blanc comme le petit, et rouge comme le gros.

(Jolie famille !)

 

Bleu est le O, dit Arthur.

Bleus les O, et les bas,

le sang, le cordon, et les casques.

 

U Vert comme le feu rouge,

l'habit et le billet.

Sans odeur, selon Vespasien.

 

Vraiment le I, tu vois rouge, Arthur ?

Pour le taureau, rouge, ou vert, c'est kif kif.

Es lo mismo ! C'est vache.

 

Pas de jaune, Arthur ? Que des pages blanches ? noircies dans la fièvre...

T'aurais pu voir jaune le I grec ? ils rient jaune, les Grecs quand on parle d'Europe….

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #burlesque, #vaguement poétique, #pochade

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Publié le 6 Janvier 2017

seriez vous tentés par un petit jeu à la façon de Pérec ?

https://img.over-blog-kiwi.com/0/66/73/70/20161221/ob_57f738_plaque-perec.JPG

crédit image Parisette clic

 

par exemple en réécrivant un conte ou une fable, récit  dans lequel une voyelle aurait  disparu ?

(exemples dans l'article ci dessous réédité)

il suffit de poster votre proposition dans un com ci dessous

 

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Rédigé par Emma

Publié dans #jeux d'écriture

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Publié le 6 Janvier 2017

réédition

parler du nez, c'est mission impossible après les géants

mais on peut s'amuser

 

Parler du nez sans utiliser la lettre E

Discours du blair

Il avait un grand, un grand…

Un grand blair, oui,

Fort long

Un roc, un pic, un cap

Un pif à piafs !

Humant blizzards, aquilons,

mistral aussi parfois,

il guidait marins ou paysans.

Un vrai gnomon aussi :

Rubicond, il indiquait

Trois pastis un quart,

soit midi.

Ninon, qui passait par hasard

Un soir fort tard

"Aux trois canards"

S'y accrocha sans façon,

Pour toujours ...

Un grand blair, dit-on,

vaut bon contrat d'amour

 

Parler du nez sans utiliser la lettre A

 

Disons-le tout net : pour votre nez, vous pouvez remercier père et mère.

Cette bosse, sur un nez grec, c'est moche, sur un bourbon comme le vôtre, c'est horrible.

Et de profil, le bout touche le menton.

Hi Hi, vous nourrir doit relever de l'exploit !

Que dites-vous ? c'est un confrère qui vous fit ce nez ? Misère, c'est criminel !

Comment ? Plus fort ! Ok c'est difficile pour vous de prononcer, j'en conviens.

Quoi ? Ce nez, c'est mon oeuvre ? Et vous me poursuivez en justice ?

Quelle honte ! une minute : je relis le dossier. De votre nez trop fin, impersonnel, je fis celui-ci, délicieusement recourbé, et vous êtes mécontente ?

Poursuivez donc, très chère, si vous l'osez : mon frère est procureur, mon père au ministère, et mes fils sont boxeurs !

 

Parler du nez sans utiliser la lettre I

 

Ah belle Cléopâtre, du vôtre encore on jase.

Vous menâtes par le nez tous les beaux généraux

de la grande Rome, en seyante jupette.

Partout, en toute époque, combattant au repos

Réclame amphores et almées. Alors, ce nez,

Peut-être que plus court, peut être que plus long…

Allons, Pascal, du flacon, on se fout, pourvu…

 

Parler du nez sans utiliser la lettre U

 

- Oh oh oh ! Votre majesté est admirable montant ce gros baril comme cheval ardent!

La majesté de Votre Majesté, ainsi fièrement cambrée, dépasse celle de Napoléon devant le pont d'Arcole.

En avant ! semble dire votre trogne, resplendissante comme l'ostensoir de la chapelle.

En avant, nez cramoisi, vers l'olympe de Dionysos, la vigne sacrée, le nectar des amygdales, l'ivresse des riches, l'amnésie de la misère.

Enfin roi, le pinard !

 

- Bon Marcel, je comprends ta fierté d'avoir été fait ce matin chevalier de taste vin de Cigalon les olivettes, mais là, stop ! J'ai fait dix photos, tes potes apprécieront ; mais le repassage n'attend pas !

 

Parler du nez sans utiliser la lettre O

 

Il en avait du flair, l'inspecteur Labavette !

Et du nez, il en faut, dans certaines enquêtes.

C'était un fin limier, et il avait du pif.

Il reniflait la piste du tapin et du kif

Dès qu'un de ses indics le mettait au parfum.

Quelques bavures, inévitables dans ce turbin

(car qui n'a jamais eu un verre dans le nez ?)

Une manière musclée de tirer les vers du nez…

Mais l'un dans l'autre il eut une carrière exemplaire.

Et sans ses supérieurs, qui l'avaient dans le nez,

Sa fête de retraite fut restée légendaire,

Avec du vrai champagne, et même des canapés

Au lieu de cacahuètes et de verres en papier…


—Voilà ce qu'à peu près, Edmond, vous m'auriez dit
Si vous aviez eu moins de lettres et d'esprit ...

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Rédigé par Emma

Publié dans #burlesque, #jeux d'écriture

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Publié le 3 Janvier 2017

Ma vie avec Mozart par Eric Emmanuel Schmitt (extrait)

 

Cher Mozart,

 

C’était hier.

Alors que la ville ployait sous Je vent et la neige, tu m’as surpris au détour d’une rue. Les larmes que tu m’as arrachées m’ont réchauffé d’une façon essentielle, le visage autant que l’âme. ]’ en tremble encore.

Noël avait jeté sur les trottoirs des centaines d’humains affolés à l’idée de manquer de cadeaux et de nourriture lors des festivités à venir. Les mains chargées de sacs qui formaient autour de moi une corolle multicolore, bruissante et enrubannée, j’avais l’impression d’avoir changé de siècle, de sexe et de porter une large robe à crinoline Napoléon III dont le volumineux jupon contraignait les passants à sauter sur la chaussée lorsqu’ils me croisaient.

Sous un ciel bleu-noir, les flocons flottaient dans l’air du soir, suspendus, hésitants, alors que les vitrines se réchauffaient d’éclairages orangés. Accaparé par une frénésie d’achats, je courais, les pieds gelés dans mes bottines humides, d’une boutique à l’autre, inquiet devant chaque caisse de me trouver à court d’argent, fier d’en avoir assez, me répétant vingt fois la liste de mes invités pour m’assurer que chacun recevrait son présent, désamorçant les réactions de susceptibilité. Si l’on décernait un diplôme au meilleur dépensier à la dernière minute, j’aurais pu postuler. Une fois que mes sacs eurent englouti l’ultime cadeau nécessaire, je songeai à me réfugier dans un taxi pour rentrer et je trottai vers une station.

C’est là que tu intervins.

Une musique me fit pivoter ; une chorale chantait.

Il y avait dans l’air quelque chose de probe, de recueilli qui m’immobilisa.

A cause de la neige, je ne pouvais poser mes paquets au sol par crainte que l’humidité ne les amollisse ; je demeurai donc debout, les bras chargés, les épaules lourdes, les paumes sciées, à me laisser pénétrer par le mystère qui envahissait l’espace.

Quelques secondes plus tard, les larmes jaillirent de mes paupières, violentes, chaudes, salées, sans que je puisse les essuyer.

……

Sur les marches, réfugiés sous les ogives qui les protégeaient des flocons, les chanteurs, collés, anorak contre anorak, des glaçons en formation sous les narines, émettaient de la buée chaque fois qu’ils ouvraient la bouche. Je m’approchai et les voir redoubla ma surprise ; était-il possible qu’un chant si beau sorte de ces faces sexagénaires, aux allures rustiques, à la peau rissolée, aux traits creusés par les années ? D’une chorale de vieillards naissait une musique ronde, neuve, lisse comme un bébé qui sort du bain.

J’avisai la partition du chef : Ave, verum corpus de Wolfgang Amadeus Mozart.

…..

Insistant, mélodieux, d’une douceur inexorable, tu me contraignais pourtant à un examen critique. Pourquoi fêtes-tu Noël ? me demandais-tu. Pourquoi dépenses-tu tant d’argent ? Les réponses arrivaient à ma conscience et me faisaient peur. Alors que je me croyais bon depuis le matin, je découvrais que j’étais surtout très Content de moi : j’effaçais l’égoïsme qui avait réglé mon comportement durant l’année, je compensais en cadeaux les intentions que je n’avais pas eues, les coups de téléphone que je n’avais pas rendus, les heures que je n’avais pas consacrées aux autres. Au lieu de rayonner de générosité, je m’achetais une tranquillité d’âme. Ma frénésie de dons n’avait rien d’évangélique : un placement précis pour m’acquérir une bonne réputation. Je ne souhaitais pas la paix, je ne désirais que la mienne.

Or tu me rappelais que nous fêtions la naissance d’un dieu qui parle d’amour...

Alors, peu importe que j’y croie ou non, à ce dieu ; dans la mesure où je m’autorisais à fêter Noël, au moins devais-je célébrer l’amour...

J’ avais compris.

A la fin du morceau, bien que pesant toujours aussi lourd dans mes paumes déchirées, mes paquets avaient un sens différent : ils étaient lestés d’amour.

Le chœur apaisé qu’avaient exhalé ces vétérans, il me désignait un monde dont je n’étais pas le centre mais dont l’humain est le centre. Il exprimait une attention des hommes pour les hommes, un souci quant à notre vulnérabilité, notre condition mortelle. Voilà ce que disaient les tortues en bonnets de laine sous les portiques de Saint-Jean.

Dans la nuit obscure de l’hiver et de la chair, nous étions frères en fragilité. Tu me révélais qu’il y avait un univers purement humain, établissant ses propres fêtes, ses règles, ses croyances, ses rendez-vous où les voix s’enlacent en harmonie pour délivrer une beauté qui ne peut naître que de l’accord, de l’entente, au prix d’une recherche commune, d’un but consenti, d’une émotion partagée ... Surgissait un monde parallèle à la nature, celle-là même que le gel, le froid, la nuit pouvaient anéantir. Un univers inventé, le nôtre. - Cet univers-là, par ta musique, tu le reflétais, tu le dessinais. Peut-être le créais-tu ?

A ce royaume - au-delà du christianisme et du judaïsme, indépendant des religions -, je voulais croire. Aujourd’hui, je ne sais si Dieu ou Jésus existe.

Mais tu m’as convaincu que l’Homme existe.

Ou mérite d’exister.

 

Ave, verum corpus, sur des images de pictozoom

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Publié le 1 Janvier 2017

Rédigé par Emma

Publié dans #divers, #fantaisie

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Publié le 20 Décembre 2016

jeu  d'écriture (logorallye) pour miletune

 

En même temps qu'elle apportait  solennellement  la bûche, Maman coupa la lumière.

Instant magique : la pièce n'était plus éclairée que par les flammes du poêle à bois et la lueur bleutée intermittente de la guirlande de leds sur le sapin en plastique ignifugé.

Par précaution la crèche était momentanément enfouie sous du papier rocher, pour éviter les habituelles diatribes de Papy Robert, libre penseur canal historique.

Au pied du sapin, un grand carton rouge affichait la touchante prière de Miss France, soigneusement calligraphiée à l'encre dorée par Léa :

 

Merci la vie

Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté

Que chacun mange à sa faim, boive à sa soif !

 

Sous laquelle une main sacrilège avait ajouté subrepticement au feutre noir :

 

AVEC  MODERACION

 

Le père Noël pouvait entrer.

Il entra, l'échine courbée sous un gros sac mou qui s'appelait "la hotte".

Jojo nota qu'il n'avait pas recousu la fourrure qui pendouillait déjà de sa capuche l'an dernier.

- Voilà les cadeaux ! dit le père Noël avec la voix rocailleuse de Nounours dans bonne nuit les petits, mais joyeuse malgré la fatigue qui devait être la sienne.

Il s'assit sur le fauteuil préféré de Papa et renversa le sac sur le tapis.

Après distribution on fit le constat :

- pour papy Robert, un chapelet en bois brut dans un pochon de commerce équitable.

- pour Tante Adèle, fervente vegan, la réédition à tirage limité de "83 façons de cuisiner le bœuf".

- Maman et Tonton Boule, l'une souffrant d'insomnies, l'autre d'un excès de poids, avaient droit respectivement à "apnées fatales" et "manger tue", de la collection "DANGERS MORTELS" du docteur Lajoie.

- Léa, qui occupait deux chaises à cause du gros plâtre sur sa jambe droite, avait reçu une corde à sauter.

- Jojo, qui, par pure curiosité scientifique, avait soigneusement pilonné au marteau celui de l'an dernier, écopa d'un Rubik’s Cube.

 

Devant tant de cruauté, chacun n'était pas loin de penser que le père Noël était vraiment une ordure.

Sauf bébé Mathis dans sa chaise haute, apparemment ravi de sa perceuse visseuse sans fil.

 

C'est alors que le père Noel s'écria "surprise ! ", en ouvrant sa houppelande qui cachait dans sa doublure pressionnée une grande boite économique de Ferreros, comme dans les réceptions de l'ambassadeur, et un sachet d'oeufs Kinder, qui auraient ressuscité les fastes de Fabergé s'il y avait eu des érudits.

 

La joie avait chassé l'amertume.

Et je me hâtai de poster la vidéo sur YouTube.

 

bonus :

 

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