Publié le 23 Août 2016

- Le temps est bien long, soupire la petite météorite qui gît en un désert stupide, séparée de son trou noir natal par des millions d'années lumière. Te rends- tu compte que je suis là depuis la nuit des temps ?

- La nuit ?  s'étonne  l'éphémère qui vient de se poser sur elle, c'est quoi, la nuit ?

Relativité

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musique ? aucun rapport mais ça balance !

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Rédigé par emma

Publié dans #vaguement poétique, #fantaisie

Publié le 8 Juin 2016

le jour où internet s'arrêta

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Le grand bug de l’an 2000 avait foiré, il fallait s’y résoudre.

Le  Prince des ténèbres s’était cru  Malin, mais il avait bel et bien loupé son grand soir.

Comme toujours en pareil cas, il accusa les cyber-démons d’incompétence majeure, et ceux–ci, (comme tous les sous fifres en pareil cas),  menacèrent à leur tour des flammes de l’enfer les petites mains laborieuses. A savoir l’équipe des 666 branquignols hackers (recrutés, il est vrai, un peu à la va-vite sur un site d’intérim à la papa) qui, on n’est jamais trop prudent, s’étaient réfugiés sur le pic de Bugarach.

Ils furent contraints à signer avec leur sang un nouveau pacte qui s’appela LE DEAL, dont hélas il ne reste aucune trace.

Et pour cause.

Lucifer ne détestait pas vraiment internet, il y passait même de bons moments, et pas seulement dans le deep web, mais il était devenu jaloux des humains : ils se moquaient de lui, usurpaient ses prérogatives pour recréer le mal sous toutes ses formes et le démultiplier à la vitesse de la lumière.

Et puis son job, c’était quand même de perdre les hommes…

Et un beau matin, miracle ! (façon de parler). Ecrans noirs sur tous les bureaux du monde. Vérifications, appels frénétiques, engueulades !

- où t’as foutu la liste des mots de passe ? pleurnichaient les ménagères de plus de 50 ans.

- t’as essayé de brancher ? rigolaient les pépés goguenards.

Bientôt les trottoirs de Wall street furent jonchés d’appareils lancés par les fenêtres, de peu suivis par les financiers eux-mêmes, comme aux plus beaux jours de la crise de 29.

Les cadors de la silicon valley mis en demeure par les puissants de restaurer le système se suicidaient en direct sur les plateaux des talk-show.

Puis les écrans télé eux-mêmes se couvrirent de lignes scintillantes. Sur les plateaux des talk-show des écrivains en noir en blanc crachotaient : Quelle merveille de retrouver crayon et papier, la rature est d’une jouissance extrême…

Eh oui, dit Dieu venu s’asseoir sur le nuage d’où  Belzébuth contemplait le spectacle. Eh oui, mon vieux (une familiarité engendrée par des millions d’années de compétition stimulante) eh oui,  gros Malin, tu n’as pas réalisé que tirer sur un fil de la toile débobine tout notre  foutu boulot ?

Très vite financiers, écrivains et trafiquants furent contraints à donner leurs ordres et délivrer des messages codés à la radio "l’essentiel est invisible pour les yeux ; le chat de la voisine aime la bonne cuisine ; dansons la carmagnole ; Marcel, chez Rico, comme d’hab ; elle me fait pouet pouet, je répète : elle me fait pouet pouet…"

- Quelle merveille que ces horribles liseuses ne marchent plus disaient les dames raffinées, tourner les pages d'un livre papier est si sensuel.. juste avant que Gutenberg ne s'attire les foudres des copistes…

- Quelle merveille d'élever des chèvres et manger des racines sauvages disaient les ministres écolos de retour dans les Cévennes, juste avant de se replier dans des grottes mal famées pour fuir le tigre aux dents de sabre.

Quand même, Dieu, s'il te plait, implorait Satan, y'aurait pas moyen de faire "pause" de temps en temps ? J'aimerais bien revoir tranquillement mes séries préférées de massacres, surtout ceux en costume, la guerre de cent ans par exemple ?

Mais une nuée ardente emporta sa voix dans le fracas d'un méga volcan  en éruption.

Bonjour chez toi, tonna Dieu, moi je retourne faire la guerre des étoiles !   

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Rédigé par Emma

Publié dans #burlesque

Publié le 29 Mai 2016

pour Miletune, sur une peinture de Joaquin Sorola, réédition pour la fête des mères

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Quand les cris de la princesse Fiona cessèrent, le silence un instant plomba la forêt ; puis un frêle barrissement s'éleva, et aussitôt les oiseaux se remirent à pépier, et mille bestioles invisibles à froufrouter dans les taillis.  Shrek poussa timidement la porte de la cabane. Ce petit gnome verdâtre était le plus délicieux bébé qu'il eût jamais vu : un visage de gargouille lippue, entre des oreilles qui ondulaient comme celles de Jumbo, et un adorable crâne bosselé, garni de quelques plaques de fourrure mauve…  Alors Shrek fut saisi d'un émerveillement qui ne devait plus jamais le quitter.

 Ah, tu es le plus beau…

Que tu sois bouffi, plissé, rougeaud, que tu aies le menton en galoche de Pépé Marcel, le front bas de Tante Martha, tu es le plus beau…

Tu es le plus beau, mais nous ne le dirons pas, de peur de rendre jalouses les divinités…

Tu seras un homme mon fils, si la vie t'épargne.

Tu seras un homme, et tu m'abandonneras, puisque c'est le destin des hommes d'abandonner les femmes.

 Mais je vais t’aimer, petite tête duveteuse, parce que tel est le destin des mères.

Et je chavirerai d'amour en humant l'odeur de pain d'épices dans le petit creux de soie de ta nuque, et plus jamais je ne pourrai dormir sans guetter ton souffle.

Je vais t'aimer, toi dont je vais devoir faire connaissance, étranger qui hier encore étais partie de mon corps.

Qui es-tu, étranger qui dors auprès de moi ?

Quel don, quel caractère étonnant trimballes-tu depuis la nuit des temps ?

De quelles lignées de princes et de pirates apportes-tu l'héritage ?

De qui es-tu l'enfant, petit inconnu ? Quel Dieu a visité mes rêves ?

Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés (Khalil Gibran)

Quelle est cette vieille âme qui me scrute par ton regard bleu sombre si pénétrant-?

Avais-tu tellement envie de venir parmi nous ?

Pourquoi m'as-tu choisie, moi ?

Allons, c'est l'heure de la tétée !

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Rédigé par Emma

Publié dans #romanesque