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Secouer le cocotier...

Publié le 25 Février 2012

Prologue :

Le témoignage ci dessous n'est pas un pamphlet, ce sont juste des faits, notés au jour le jour. Incontestables, sans aucun jugement. Aucune polémique. Aucune généralisation.

"C'est la faute à "… Laissons cela aux politiques, qui font semblant de croire qu'il ne s'agit que de financement.

N'oublions pas que le principal scandale c'est la vieillesse et la décrépitude.

La plupart des établissements sont bien tenus. C'est-à-dire propres et budget à l'équilibre.

Sauf exception pathologique, on n'est pas maltraitant par vocation. On l'est par bêtise, fatigue, ou le plus souvent ignorance.

Les vieux ne sont pas forcément aimables, et leur déchéance est parfois difficile à supporter. On ne commande pas l'amour. On peut seulement exiger le respect de la personne humaine.

On oublie en parlant des "vieux", qu'il s'agit de nous, à court ou moyen terme.

La première formation des personnels appelés à travailler dans ce secteur, et des accompagnants, serait un stage de quelques heures consacrées à l'empathie : Voilà, c'est lui, c'est moi demain, je suis là sanglé sur un fauteuil qu'on balade de droite à gauche, je ne peux pas aller aux toilettes, etc… et se poser la question "que souhaiterais-je moi-même pour que ce purgatoire-en-attente- de-la-solution-finale soit le plus supportable possible?"

Tant qu'il le peut, l'être humain veut faire partie de la société, ne pas être ghettoïsé, être utile et un peu écouté avant que d'être assisté, même s'il faudra en finir par là.

L'être humain veut jusqu'au bout qu'on lui parle et qu'on le touche. Il ne veut pas n'être qu'un objet qu'on étrille et qu'on gave. Il veut entendre la voix humaine, pas la télé comme papysitter. Il ne veut pas de loisirs tonitruants, aussi sympathiques soient-ils.

Il veut regarder les flammes d'une cheminée, les poissons d'un aquarium, il veut écouter la voix d'un conteur de chair et d'os, même s'il ne comprend plus le sens, la musique de la voix parle encore à son âme. Il veut parler, même si on ne le comprend plus.

Il veut garder sa part d'humanité.

C'est une première dans l'histoire de l'humanité que nous soyons confrontés à l'avènement du 4e et du 5e âge. Jamais cela ne s'est produit auparavant.

Et nous sommes démunis parce que nous sommes armés d'une morale anachronique sur une planète de mutants, de nomades mondialisés où plus rien n'est solide et pérenne.

L'humanité ne se divise pas en "bons " (nous) et "méchants" (les autres). L'humain est fait de grandeur et de petitesse. A la fois ou tour à tour.  Victime ou bourreau,  à la fois ou tour à tour.   

Capable de générosité et de mesquinerie, de bienveillance et d'indifférence, de clairvoyance et de naïveté, de courage et de lâcheté,  à la fois ou tour à tour.

Mais c'est sa grandeur d'accepter ses petitesses, et d'essayer d'y remédier.

Ne pas trop attendre des autres ; mais n'en pas attendre trop peu. Cet homme capable de voler un morceau de pain, il est capable aussi bien d'offrir son dernier morceau de pain. Les hommes sont ainsi, mêlés de bon et de mauvais. Comme le ciel d'où nous viennent soleils et pluies, sourires et colères. Et au total, il faut quand même croire en l'homme. (G Hyvernaud, lettre à une petite fille)  

De toute façon, il n'y a pas le choix.

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passe encore de mourir, mais vieillir, oh, vieillir ....( J Brel)

On raconte que dans des tribus primitives, les vieux grimpaient au cocotier, qu’on secouait ;  s’ils tombaient, on les achevait. En Arctique, les vieux partaient dans la neige, pour éliminer les bouches inutiles.

Nous, qui sommes civilisés, nous avons des maisons de retraite.

Dans les romans anciens, de vieilles dames en robe mauve et capeline blanche y prennent le thé sous les tilleuls…

Ici, impossible d’échapper au bruit. La télé marche toute la journée, les couloirs sont envahis par la radio.

Le dimanche matin,  les vieilles dames affaissées roupillent dans leur fauteuil roulant devant la messe, l'après midi, devant le match de foot, ou les courses poursuites en voiture. Le reste de la semaine, elles s'enfilent la totale des séries pour ados, ce qui accroit la confusion dans leur pauvre tête.

Traîtreusement, la visiteuse éteint la télé qui garde un amas de vieilles dames somnolentes. Et Simone, qui vient d'avoir 96 ans, lève une paupière et dit : oh, merci Madame, merci beaucoup…

La petite animatrice est mignonne et gentille, pleine de bonne volonté. Visiblement elle se forme sur le tas, comme elle peut. Indifféremment elle appelle tout le monde Mamie : Mamie, Mamie, Mamie… Petit petit petit, un troupeau de Mamies.

 Par gentillesse, elle tutoie tout le monde : Robert, tu finis ton café ? au monsieur si distingué, qui écoute Brahms…

Pour Halloween, elle installe des squelettes décoratifs, dont personne ne conteste le bon goût en cet endroit. Un jour elle entre dans la salle télé bondée : ah, dit- elle avec entrain, ça sent le mort, ici !

Il y a 10 ans, explique la soignante, j’avais 5 ou 6 fauteuils roulants sur tout l’établissement. Maintenant, j’ai 5 ou 6  personnes qui ne sont pas en fauteuil roulant. 

Le vieux marin presque centenaire chante des chansons de corps de garde. La bénévole, embarrassée, n’arrive pas à placer « frou-frou ». Aujourd’hui il est malade, il cherche à s’évader, on l’arrête à la porte : il dit qu’il veut voir les bateaux…

La visiteuse prévient la responsable qu'un résident dément se trouve seul dans la rue sur son fauteuil roulant. Celle-ci leve un oeil de ses papiers et dit "vous pouvez aller le rechercher?"

Un dément crie toute la journée d’une voix forte : « papa, viens, papa, viens…» ; une femme l’accompagne  sans se lasser : « Madame, s’il vous plaît, madame… » ; d’autres gémissent et pleurent.

Pour souffler, on parque parfois les agités dans une pièce à l’étage, dite élégamment "salle des grabataires". La visiteuse passe, le vieux est tombé de son fauteuil : par terre, pitoyable cloporte, il continue à appeler « Papa, viens…»

Une vieille  penche dangereusement de son fauteuil : elle essaie de ramasser quelque chose à terre qui ressemble à un gâteau. La visiteuse se précipite, et bloque : c’est un dentier qui gît dans des vomissures. Elle cherche une soignante. Mais les soignantes sont en réunion, elle est mal venue. Une stagiaire condescend à se déplacer ; elle ramasse l’objet, et le refourre tel quel dans la bouche de la femme.

Quand la vieille dame est entrée à la maison de retraite, on lui a remis un BIP, à mettre au cou, pour appeler en cas de problème. On lui a expliqué que, si elle souhaite aller aux toilettes, qu'elle n'hésite pas, elle appuie, et ne vous faites aucun souci, on est là pour ça…

La visiteuse veut emmener la vieille dame en promenade. Elle appuie sur le BIP pour aller aux toilettes avant de sortir. Jour de chance, une aide se présente. 45 min plus tard.

Ici l'incontinence est une obligation.

- Madame, s’il vous plaît, est- ce que je peux aller faire pipi ?

- Allons, madame Machin, vous y êtes allée à midi ! Vous savez bien qu'on y va à 7 heures, et à midi ; vous devriez être habituée !

Par la suite, la vieille dame égarée enlève parfois le BIP, et parfois il tombe. La visiteuse se fait réprimander. Finalement le BIP est accroché derrière le fauteuil ou sous le lit, là où il ne risque pas de s'abîmer.

La vieille dame a un soulier qui a perdu son lacet, il est impossible de la faire marcher ainsi. Le lendemain, la chaussure tient tant bien que mal  avec du sparadrap ; la visiteuse a apporté un lacet de rechange, et par hasard  retrouve le lacet manquant dans la poche dorsale du fauteuil.

Il s'est donc un jour présenté à quelqu'un le problème suivant : d'un côté, j'ai une chaussure sans lacet, de l'autre j'ai un lacet, que faire ?

Le vieillard est une pauvre chose. On le bouge sans l'informer qu'on va le faire, on le nettoie, on parle de lui, devant lui, comme d’un meuble ; les objets de toilette personnels passent sans distinction d'une chambre à l'autre : peignes, brosses, eau de Cologne, serviettes. Les lunettes parfois. Le vieillard  est chosifié. 

Il est souvent  propre. En tous cas, la consommation d'eau de Cologne est élevée. La nourriture est bonne. S'il le faut, on l'entonne de force.

La plaquette descriptive de l'établissement montre les photos des salles de bains spécialement équipées pour personnes dépendantes. Le règlement exige fermement que chaque résident prenne au moins une douche par quinzaine. En 2 ans, la vieille dame en a eu 2 ou 3, et autant de shampooings.

Le médecin résident réside quelques heures par semaine. La visiteuse conduit auprès d'elle la vieille dame malade, fiévreuse, ruisselante de sueur, qui tousse.

La belle dame se colle à la corvée et tonitrue : " vous allez vous impliquer,  et souffler fort. Sinon, je vous envoie à l'hôpital, et l'hôpital, hein, ce n'est pas drôle."

La voisine de chambre est morte. Pendant des jours, le lit reste défait, froissé, les vêtements de la défunte empilés. Impossible d’oublier pour quoi on est là…

Il est  11H. La vieille dame est affaissée sur son fauteuil roulant, oubliée dans sa chambre, elle est encore en chemise de nuit. Tombées sur elle, des tartines du petit déjeuner, qu’elle a dû vainement essayer de porter à sa bouche  avec ses pauvres mains ankylosées.

Elle ne peut plus guère manger sans être encouragée, mais il n'est pas prévu qu'on surveille tout le monde ; elle est donc parquée à l'atelier de gavage, avec les "grabataires", avachis, pendouillant sur leurs sangles, gémissant, criant.

La visiteuse demande : s'il vous plaît, si ce n'est pas déranger, vous ne pourriez pas au moins la mettre en face de Simone, qui est un peu égarée, mais souriante et gentille, avec qui il arrive qu'elles échangent quelques mots, enfin, pour créer une toute petite  illusion de convivialité. Exigence démesurée ! On range par ordre d'arrivée, on ne va pas se mettre à satisfaire des caprices.

La vieille dame est tellement fatiguée ! Elle demande à faire la sieste. Elle supplie : impossible, il n’y a pas assez de soignantes, elles sont fatiguées. La médecin résidente affirme : on se repose aussi bien sur un siege, en se mettant la tête dans ses mains.

Une chef refuse de mettre une table assez grande pour que 4 fauteuils roulants puissent trouver place au repas. Celle qui est là est trop petite, et les personnes se blessent avec les cale-pieds.  Elle décide plutôt d'installer la vieille dame sur un siège ordinaire. La visiteuse s'inquiète : est ce qu'au moins il y a des accoudoirs de  sécurité ?

Exigence démesurée. La chef pince les lèvres,  et sans même regarder la visiteuse : "elle aura la chaise que tout le monde a".

2 jours plus tard, on appelle la visiteuse : la vieille dame part pour l'hôpital, elle est tombée de la chaise.

L'infirmière :" si le système ne vous convient pas, il y a des maisons où le service est meilleur". Et ajoute : "seulement c'est plus cher…"

Les vieux sont très souvent envoyés aux urgences, surtout le week end ; en général pour chute, déshydratation, ou constipation

Les urgences sont un monde de science fiction où même un individu jeune et conscient se sent une misérable chose. Le vieux déjà désorienté se trouve dépiauté en un tournemain, puis déposé nu sur un chariot sous un drap avec des aiguilles plantées dans ses pauvres veines ( Ah zut, dit l'apprentie perforeuse, j'ai pété la veine, ah zut, celle là aussi, je vais essayer l'autre bras, ah zut.. Latifa, tu pourrais venir, ste-plait ?). Là il attend des heures sous une lumière violente  qu'il se passe quelque chose, dans le bruit, l'agitation, il n'y comprend rien. Possible qu'il se croie déjà en enfer.

La vieille dame a été envoyée là pour cause de constipation, elle subit tout cela pendant 7 heures. La visiteuse demande 3 fois si elle peut avoir pour elle un verre d'eau. Ce n'est pas possible, et il n'y a pas de distributeur dans le service.

En soirée, l'interne fait son compte rendu. Elle n'a rien. Il ajoute sévèrement : il faut veiller à ce qu'elle boive.

------------

La cinquantaine est un âge terrible pour la femme.

Elle ne va pas très bien, elle a peu d’argent, des enfants en recherche d'emploi. Le mari est allé voir si le pré d’à côté est plus vert. Ses parents sont dépendants et exigeants.

On lui suggère, pour se changer les idées, de faire du bénévolat.

Dis, M'an, nous, on s’ra jamais vieux, hein ?

 

La vieillesse est un naufrage. Ch de Gaulle

 

de Jules RENARD  : Ne réservez pas à ma vieillesse un château

 

... Ne réservez pas à ma vieillesse un château, mais faites-
moi la grâce de me garder, comme dernier refuge, cette cuisine
avec sa marmite toujours en l'air,
avec la crémaillère aux dents diaboliques,
la lanterne d'écurie et le moulin à café,
le litre de pétrole, la boîte de chicorée extra et les allumettes de contrebande,
avec la lune en papier jaune qui bouche le trou du tuyau de poêle,
et les coquilles d'oeufs dans la cendre,
et les chenets au front luisant, au nez aplati,
et le soufflet qui écarte ses jambes raides et dont le ventre fait de gros plis,
avec ce chien à droite et ce chat à gauche de la cheminée,
tous deux vivants peut-être,
et le fourneau d'où filent des étoiles de braise,
et la porte au coin rongé par les souris,
et la passoire grêlée, la bouillotte bavarde et le grill haut sur
pattes comme un basset,
et le carreau cassé de l'unique fenêtre dont la vue se paierait cher à Paris,
et ces pavés de savon,
et cette chaise de paille honnêtement percée,
et ce balai inusable d'un côté,
et cette demi-douzaine de fers à repasser, à genoux sur leur planche,
par rang de taille, comme des religieuses qui prient, voilées de noir
et les mains jointes.

La tradition du Mael Beniguet, évoquée par "Dan Libre nécessité" dans les commentaires ci dessous :

Autrefois, les vieillards souffrants demandaient d'abréger leurs souffrances. Ils étaient conduits sur la butte du Maneguen en Guénin, leur corps était allongé sur la pierre du sacrifice, un bloc de granit doté d'une curieuse excavation en forme de corps humain. Là, ils recevaient un coup de « maël beniget » (marteau béni) sur la tête, d'après la tradition rapportée par Dubuisson d'Aubenay au XIXe siècle.

Dans le Morbihan, où le culte de la pierre était généreusement célébré, Zacharie Le Rouzic a rappelé des pratiques similaires dans la région d'Auray, « Les gens vivaient tellement vieux qu'il fallait leur casser la tête avec un marteau béni », rappelle-t-il dans un ouvrage publié en 1934.

Dans un autre ouvrage, Aveneau de la Garancière décrit aussi son usage aux alentours de 1830, en centre Morbihan.

Vers 10 heures du soir, à Poulharff en Malguénac, la fille de Mathô-Talen, paralytique cloué au lit depuis dix années, demande d'aller à Locmeltro en Guern, chercher le maël-beniget parce que son père demandait de mettre fin à ses souffrances.

Ce rite sacré était effectué par la plus vieille femme qui, avant de frapper le front du souffrant, prononçait ces quelques mots : « Mathô-Talen, remets ton âme à Dieu, car voilà celle qui va te délivrer des affres de la mort et t'enlever le poids de la vie...» Ce fameux outil, composé d'une pierre sphérique de 42 centimètres de circonférence est aujourd'hui conservé au presbytère de Guern.

Plusieurs sites druidiques ont ainsi été recensés en Bretagne, terre de légendes, selon de culte de la pierre, de l'eau, etc. (source clic )

Rédigé par emma

Publié dans #LA UNE PERMANENTE

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Alain 11/11/2016 09:45

Magnifique article qui devient de plus en plus d’actualité.
Il y aurait des choses à faire mais le veux-t-on vraiment ? Les vieux cela n’intéresse guère…
J’ai pu constater que ces maisons de retraite sont des mouroirs. Où est la dignité humaine dans cela.
Nous n’avons pas choisi notre naissance. Mais choisir sa mort est un droit. Il faut en arriver au suicide assisté pour éviter tous ces drames. Il va falloir se battre contre les pouvoirs de toutes sortes qui pensent que prolonger la vie à tout prix est un bienfait pour l’homme.
Merci.

cathycat 27/07/2015 20:28

Quel bel article !!! Tout est dit de façon réaliste.
J'espère que le principe de suicide assisté sera un jour adopté pour éviter ce naufrage ! C'est ce que je souhaiterais pour ma part.
Mais la vieillesse même si elle peut être douloureuse est aussi une période de la vie qui doit être prise et vécue comme telle. Ce qui est insoutenable dans tout ce que j'entends et je lis, c'est ce sentiment d'abandon et de maltraitance (volontaire ou non). L'indifférence des médecins ? elle existe aussi malheureusement à l'hôpital pour les patients plus jeunes ; l'indisponibilité du personnel, son indifférence... c'est le fruit du manque de personnel et aussi parfois de certains résidents, fruits de la société de consommation, qui exigent toujours plus de services au détriment de ceux qui ne sont même plus en mesure de demander quoi que ce soit. J'ai eu l'occasion de croiser beaucoup de personnels adorables mais c'est le système qui est complètement vérolé. Je connais une dame très âgée qui hospitalisée en soins de suites après une chute et un bref passage à l'hôpital, s'est vu imposer des couches. Ses fonctions cognitives étant intactes, elle a livré bataille jusqu'à ce qu'on accepte de lui proposer le bassin puis de l'emmener aux toilettes lorsque ça a été possible. Elle a livré un combat difficile mais payant puisqu'elle a fini par avoir gain de cause. Mais à sa sortie, elle n'a pu obtenir les renseignements médicaux qu'elle désirait alors que le service a mis un temps fou à compter les couches utilisées durant le séjour pour la facturation. Alors tant qu'on confondra logique économique (et lucrative pour les établissements privés) et prise en charge humaine et empathique... il y aura beaucoup à débattre !...
Merci pour ce formidable article. Il faut dénoncer régulièrement cette situation sinon rien ne bougera... Belle soirée à toi. Bisous

Quichottine 26/07/2015 11:58

Je t'avais déjà lue... mais te relire aujourd'hui était important je crois.

Plus je vieillis, plus je me dis que le jour où je ne pourrai plus m'assurer moi-même, je ferai en sorte de ne plus être là, quitte à aller chercher de l'aide dans les pays où le suicide assisté est légal.

Vivre ainsi, est-ce encore une vie ?

almanito 18/08/2014 21:58

Je tombe par hasard sur ta page, je n'ai pas encore fini d'explorer tes blogs.
Ce que tu décris là, cet enfer, je le connais. Tu l'as parfaitement évoqué, avec lucidité.
Ma mère, après un avc, est devenue grabataire, (quel mot) avec ce que les médecins appellent des "confusions mentales", puis, à cause de séjours pourtant courts à l'hôpital, incontinente. J'ai refusé jusqu'à sa fin de la placer dans un établissement sachant trop ce qui s'y passe, et m'en suis occupée pendant 12 ans, laissant carrière et vie personnelle entre parenthèse.
Je ne juge pas ce qui se passe dans les hôpitaux et les structures d'accueil, moi-même n'ayant pas été parfaite durant ces 12 années, mais tout de même, je retiens l'attitude des médecins qui, pour calmer des vieux qui hurlent jour et nuit leur administrent les plus forts calmants, les difficultés que l'on rencontre pour obtenir l'oxygène, le lit médicalisé et le kit de perf à la maison, les infirmières qui prennent le café les pieds sur la table et la clope au bec alors qu'on demande une simple couche qui arrivera 5 heures plus tard, l'indifférence générale du milieu hospitalier pour les pers. âgées, cette jeune interne qui mimait dans un couloir l'affolement et les cris de ma pauvre mère... etc je pourrais en écrire des pages, sans oublier certains "amis" qui s'enfuient à toutes jambes dès lors qu'on a un vieux malade et qui" perd la boule" à la maison. Tout cela se passait en rég. parisienne. Je pense que ce n'est pas une question de manque de personnel ou de lieux d'accueil (ou très peu). Ce qu'il faut réformer, c'est le coeur des gens, des familles et du personnel médical et soignant. Leur dire, et tu en as parlé, que cette déchéance physique et mentale, c'est eux, c'est nous tous. Leur dire qu'il faudrait bien un jour prendre conscience des réalités, si dures soit-elles au lieu de vaguement s'en occuper tout en s'en débarrassant, en chosifiant les gens.
Cela est possible. Ici en Corse, nous avons encore le respect des vieux, comme souvent dans les pays méditerranéens. Nous n'avons pas plus de coeur, mais nous savons qu'un vieux est une personne humaine. J'ai fait plusieurs visites à une dame placée dans un lieu où l'on met les plus pauvres. Mes visites n'étaient jamais à heures régulières, pourtant, j' ai toujours trouvé les pensionnaires impeccables et surtout le personnel gentil avec eux. Tout n'était certes pas parfait, les manques de moyens étaient flagrants, mais il régnait tout de même une atmosphère de dignité et de sérénité que je n'ai jamais vu ailleurs.
Merci pour cette page si vraie et si nécessaire, Emma, et pardon pour ce long discours. Es-tu dans le domaine médical ou social?

M'amzelle Jeanne 09/03/2013 18:38

Chère Emma.
Je relis ton texte criant de vérités ... les commentaires et tout ceci me glace d'horreur.. ce sera bientôt mon tour.. en plus ma retraite n'est pas assez élevée pour payer la note!
Qui est de plus de €2.000 dans la maison de retraite de mon village...
Papa, Maman.. venez m'aider!

Michèle 09/03/2013 17:28

Terrible retour en arrière. Même si la maison de retraite où était Maman n'était pas si terrible il y avait énormément de lacunes...mais nous étions là chaque jour nous relayant, nous ses quatre
enfants, et il est évident que cette présence journalière l'après midi ou en fin de journée, obligeait le personnel à être plus attentif, et si quelque chose n'allait pas nous étions là pour nous
insurger. C'est là aussi le problème l'abandon par la famille ou la solitude de ceux qui n'en ont pas. Et j'ai vu, comme le décrit bien ce texte des choses inacceptables dans notre société
soi-disant civilisée. Mon émotion est vive à vous lire.

M'mamzelle Jeanne 03/12/2012 18:51

Merci de m'avoir signalé ce blog.. qui est le tien aussi ? J'avais déjà entendu cette jeune fille l'an dernier je pense.. ? Elle est fabuleuse cette personne: jolie diction, mémoire de ce long
texte composé de mots percutants dans l'horreur de vérités.. Et pourtant le tarif mensuel est exhorbitant ! Monsieur.. notre ancien président n'a rien fait.. celui ci pourrait-il agir?

Carole 25/06/2012 15:16

Emma, cliquant sur "actualité à la une", je tombe, sans m'y attendre, sur ce texte terrible.
Ma grand-mère a fini ses jours démente dans une maison de retraite "luxueuse". C'était beaucoup mieux que ce que tu décris ici, mais très dur tout de même.
Je ne peux pas comprendre que ce problème de la dépendance, écrasant pour les familles (comme tu le dis, ces "familles" se réduisent souvent à quelques personnes en mauvaise santé elles-mêmes, avec
leurs difficultés personnelles et de petits revenus...), reste si peu pris en compte. Il est évident qu'il faut embaucher du personnel, cela réduirait les effets de la "chosification" dont tu
montres les ravages.
Pour le reste, je ne sais pas : à mesure que l'ambiance s'y dégrade, les maisons de retraite se changent en mouroirs, où n'entrent plus que des personnes en extrême difficulté, souvent déjà
démentes, et, en soi, c'est une horreur que de voir rassemblées ainsi ces détresses. C'est sur la vieillesse et sur le respect qui est dû à tout être humain, même et surtout quand il est réduit à
la dépendance, qu'il importe de mener enfin une vraie réflexion, et cela dépasse les familles, qu'on laisse seules avec des problèmes inimaginables et un sentiment de culpabilité permanent.

Franquie 10/05/2012 20:21

Ce texte est criant de réalité, l'ayant vécu moi-même avec ma mère de 92 ans. Il fallait se battre pour ne pas être considéré comme une chose, j'ai 63 ans et je ferais tout pour ne pas y aller,
'c'est un mouroir et quand on a toute sa tête c'est encore pire, même ma mére ne voulait pas que je mange avec elle, donc je ferais ce qu'il faudra mais jamais jamais ça.

l'oeil qui court 06/04/2012 19:13

Terrible.

chloé 02/04/2012 21:42

Terrifiant, pourtant tellement criant de vérité et de plus en plus vrai hélas avec la réduction du personne, du budget...Pas franchement réjouissant de vieillir!Tu as un regard sur les choses et
évènements qui me touche de plein fouet à chaque fois! Merci Emma! Chloé

Jeanne Fadosi 05/03/2012 21:46

je n'ai pas une connaissance récente de ces lieux( sauf un, plutôt bien). en d'autres temps, il y avait aussi de tels mouroirs ou des "ailes" à l'écart inaccessibles. Vu la rapide détérioration des
accueils de toutes natures, je n'ose imaginer en effet ces pratiques INACCEPTABLES. Et le prix n'est pas forcément un critère de qualité.
En même temps, il y a des situations où il est impossible de rester à domicile.
Que faire !

annielamarmotte 03/03/2012 21:05

et quand on a comme moi 60 ans et des parents âgés dont on pourrait s'occuper s'ils venaient à être dépendants on vous dit que comme vous avez eu une carrière morcelée vous allez devoir les mettre
en maison de retraite et continuer à travailler ...... au lieu de profiter d'eux tant qu'il en est encore temps

embertine mazet 29/02/2012 11:48

Criant ... de vérité
amitiés

Pénéloop 29/02/2012 10:58

Emma,

j'ai relayé ton article plus que formidable.

La lycéenne en noir est " habitée ".

Chapeau...

Loop

valdy 28/02/2012 21:40

Bonsoir Emma
J'ai lu chez Annick, de "un soir bleu", un article qui allait dans le même sens, je lui ai "parlé" du tien...
http://unsoirbleu.over-blog.com/article-a-terre-58726364.html
Une pensée pour toi ...
Valdy

Russalka 28/02/2012 10:56

Terrible texte mais hélas, si conforme à une bien triste réalité. Tout heureusement n'est pas aussi catastrophique, il est des petites maisons de retraites vouées à disparaître hélas, où l'on est
encore comme en famille. Il y en a une dans notre petit village. Mais chère... Alors secouer le cocotier? Cela fait des années que Michel et moi avons conclu un pacte: nous partirons ensemble, main
dans la main, d'un même sommeil le moment venu..

pimprenelle 27/02/2012 17:20

Ajouter de la vie aux années et non ajouter des années à la vie.
Cette phrase, lue un jour, je la dis souvent.
Il existe, malheureusement des endroits qui ressemblent à celui que vous décrivez, mais il y a les autres, ceux qui sans être parfaits, sont tellement plus humains. Mais il faut du personnel
soignant qui va du médecin à l'aide soignante en passant par l'infirmière et je dirai aussi la femme de ménage, qui se batte et cela demande trop de temps, pour la personne dépendante qui attend.
La personne suivante bénéficiera de ce qui a été réclamé, mais en attendant ...
Merci Emma . Je ne sais pas si vous l'avez vécu mais c'est bien raconté, malheureusement.

louv' 25/02/2012 19:18

Terriblement réaliste, Emma. Comme beaucoup de gens, j'ai juré que je n'irai jamais finir là-bas, mais très souvent ce sont les plus jeunes qui décident..alors..Les vieux n'ont plus la parole dans
notre société. Pourquoi rallonger la vie et s'en réjouir ?

aimela 25/02/2012 16:22

Sujet qui me fait atrocement peur, j'ai fait un stage dans une maison de retraite même si elle n'est pas une des pires, il y a quand même tant de choses à revoir seulement, il y a un manque de
personnel qui fait que... Il ne faudrait pas vieillir

Solange 25/02/2012 15:29

Une description épouvantable souhaitons mourir en santé.

cathycat 25/02/2012 14:31

Ton témoignage inspire colère et révolte. Ce problème a toujours existé mais ne fait qu'empirer pour la bonne raison que la démographie vieillit à vue d'oeil et qu'aucune situation ne peut évoluer
si on ne la traite pas dans sa globalité, et les bons soins, l'attention, le temps, l'échange, l'empathie sont la clé de voûte d'un système sans cesse ramené exclusivement aux problèmes de finances
ou d'effectifs.Et puis frou frou, la valse brune... ça va un moment, mais une belle émission documentaire ou des variétés rétro mais pas forcément antiques feraient du bien aussi...Et même les feux
de l'amour ou autres séries romantiques, romanesques. Ces personnes sont humaines quoi !!! elles ne doivent pas périr d'ennui ou d'abandon intellectuel. Rho mais ça me met en colère tout ça !!!
Merci pour ce bel articleer... Belle journée envers et contre tout.

Ziggie 25/02/2012 12:46

Touchée comme à la première lecture.

Sentiment d'y être encore, là-bas.

Ils me manquent tous ces êtres griffés, à l'esprit un peu raturé, mais dans cette absolue sincérité que provoque Alzheimer ou autre maladie dégénérescente.

Dans l'amour pur aussi.

Ziggie 25/02/2012 12:28

Touchée comme à la première lecture.

Sentiment d'y être encore, là-bas.

Ils me manquent tous ces êtres griffés, à l'esprit un peu raturé, mais dans cette absolue sincérité que provoque Alzheimer ou autre maladie dégénérescente.

Dans l'amour pur aussi.

Lorraine 25/02/2012 11:52

Un texte terrible, pris sur-le-vif, aux détails d'une précision édifiante! Je me doute que tous n'ont pas eu lieu en même temps, mais c'est l'ensemble des faits qui constitue un tableau d'un
réalisme poignant. En Belgique, je connais plusieurs maisons de repos nettement plus surveillées; mais sans doute est-ce, en effet, en partie due au prix de la pension. La loi est rigoureuse et les
contrôles fréquents. Il manque néanmoins du personnel qualifié. Ce qui engendre des incidents pour ne pas dire des accidents. C'est sans doute toi, la "visiteuse"Emma, ta description ne trompe
pas...c'est un témoignage!

libre necessite 25/02/2012 11:27

pas très réjouissant tout cela. Je me demande si je ne préfère pas le recours au mael Béniguet, cette grosse pierre des celtes pour les sacrifices et les fins de vie. Bises dan

fanfan 25/02/2012 11:09

ce texte est bouleversant;
Pour le peu que j'en ai vu , c'est exactement cela : le personnel est trop souvent dépassé, fatigué , parce qu'il n'y a pas assez de monde pour s'occuper comme il le faudrait des pensionnaires.
C'est sans espoir!

Mony 25/02/2012 10:25

Terriblement vrai et effrayant. Merci Emma.

Quichottine 25/02/2012 09:42

Ton article reflète beaucoup de ce que j'ai pu moi-même constater.

Alors, bien sûr, il ne faut pas généraliser, mais il suffit d'un seul établissement qui lui corresponde pour que l'on doive s'indigner.

Merci d'avoir pris le relai, Emma.
Merci pour tout.

valdy 25/02/2012 09:42

Ton texte est saisissant Emma et, bien que je ne connaisse pas ces lieux de déshumanisation, je sens qu'il y a de la véracité dans ton écrit. C'est tellement effroyable que cela me console presque
que ma mère et ma grand-mère n'aient plus jamais l'occasion de vivre un tel enfer (toutes les deux étant parties avec auréoles et deux bouts d'ailes). Comment est-ce possible ?