au fil des livres...

Publié le 14 Mai 2013

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extraits du livre...

        Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. Ce n’est pas une raison pour ne pas se consoler, ce soir, dans les bruits finissants de la rue, se consoler, ce soir, avec des mots.

Oh, le pauvre perdu qui, devant sa table, se console avec des mots, devant sa table et le téléphone décroché, car il a peur du dehors, et le soir, si le téléphone est décroché, il se sent tout roi et défendu contre les méchants du dehors, si vite méchants, méchants pour rien.

Quel étrange petit bonheur, triste et boitillant mais doux comme un péché ou une boisson clandestine, quel bonheur tout de même d’écrire en ce moment, seul dans mon royaume et loin des salauds.

 Qui sont les salauds? Ce n’est pas moi qui vous le dirai. Je ne veux pas d’histoires avec les gens du dehors. Je ne veux pas qu’on vienne troubler ma fausse paix et m’empêcher d’écrire quelques pages par dizaines ou centaines selon que ce coeur de moi qui est mon destin décidera.

 J’ai résolu notamment de dire à tous les peintres qu’ils ont du génie, sans ça ils vous mordent. Et, d’une manière générale, je dis à chacun que chacun est charmant.

Telles sont mes moeurs diurnes.

Mais dans mes nuits et mes aubes je n’en pense pas moins.

………..

Si le pauvre Roméo avait eu tout à coup le nez coupé net par quelque accident, Juliette, le revoyant, aurait fui avec horreur. Trente grammes de viande de moins, et l’âme de Juliette n’éprouve plus de nobles émois. Trente grammes de moins et c’est fini, les sublimes gargarismes au clair de lune, les « ce n’est pas le jour, ce n’est pas l’alouette ».

Si Hamlet avait, à la suite de quelque trouble hypophysaire, maigri de trente kilos, Ophélie ne l’aimerait plus de toute son âme. L’âme d’Ophélie pour s’élever à de divins sentiments a besoin d’un minimum de soixante kilos de bifteck.

Il est vrai que si Laure était devenue soudain cul-de-jatte, Pétrarque lui aurait dédié de moins mystiques poèmes. Et pourtant, la pauvre Laure, son regard serait resté le même et son âme aussi. Seulement, voilà, il lui faut des cuissettes à ce monsieur Pétrarque, pour que son âme adore l’âme de Laure. Pauvres mangeurs de viande que nous sommes, nous, avec nos petites blagues d’âme.

………..

Fils des mères encore vivantes, n’oubliez plus que vos mères sont mortelles. Je n’aurai pas écrit en vain, si l’un de vous, après avoir lu mon chant de mort, est plus doux avec sa mère, un soir, à cause de moi et de ma mère. Soyez doux chaque jour avec votre mère. Aimez-la mieux que je n’ai su aimer ma mère. Que chaque jour vous lui apportiez une joie, c’est ce que je vous dis du droit de mon regret, gravement du haut de mon deuil. Ces paroles que je vous adresse, fils des mères encore vivantes, sont les seules condoléances qu’à moi-même je puisse m’offrir. Pendant qu’il est temps, fils, pendant qu’elle est encore là. Hâtez-vous, car bientôt l’immobilité sera sur sa face imperceptiblement souriante virginalement.

Mais je vous connais, et rien ne vous ôtera à votre folle indifférence aussi longtemps que vos mères seront vivantes. Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s’impatientent contre leurs mères, les fous si tôt punis.

 

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Carole 01/10/2013 23:20

Je crois que j'ai déjà lu cet article auquel tu me renvoies, Emma. J'ajouterai : si son fils avait eu le nez coupé, s'il avait maigri de trente kilos, s'il était de plus devenu cul-de-jatte, la mère, l'éternelle mère, l'aurait aimé davantage encore.

anne 04/07/2013 09:51

un livre merveilleux , que Frédéric Dard avait acheté en masse pour l'offrir autour de lui

Carole Chollet 30/06/2013 23:42

Un très beau livre, je confirme.

armide et Pistol 30/06/2013 01:14

Ce livre reflète mes propres réflexions en ce moment. Je viens de le faire passer en "like" sur FB

Quichottine 30/06/2013 00:49

J'ai hésité à acheter ce livre... j'ai eu tort je crois.
Passe une douce journée.

Nina Padilha 29/06/2013 13:00

Je te souhaite un bon WE.
Le soleil va reviendre ! Cool !
Bisous !

ludmilla peytavi 29/06/2013 11:31

Peintres, écrivains, il en est de même quant à leurs solitudes et leurs besoins d'être aimés. Si seulement on pouvait les aimer avec la plus sincère des simplicités et partager un peu de leurs inquiétudes. Texte aussi court qu'intense, pas un mot ne manque !

aimela 29/06/2013 09:28

J'ai dit un jour à une copine que je n'étais pas fan de ses toiles, comme tu le dis si bien, j'ai failli être embrochée par un de ses pinceaux et pourtant, elle n'est connu que dans sa sphère alors que dire à des peintres comme Dali, Picasso ? ( rires)

Michèle 29/06/2013 08:55

Il est vrai que les "artistes peintres" ont un égo gros comme la lune et qu'il est impossible d'émettre la moindre petite critique sans qu'ils se dressent, je n'ai malheureusement pas pu tester les "grands" je ne les connais que par les expositions. Alors comme l'auteur je ne veux blesser personne et je n'en pense pas moins. Amitiés