Harcèlement...

un texte magnifique écrit par Josée, publié avec son accord.

 

« Même pas peur ! »

L'enfant est acculé, dos au mur du cul-de-sac cerné par la meute aboyante : de jeunes chiens sauvages, tout crocs dehors, babines retroussées sur le rire et l'insulte, prêts à mordre sur l'ordre du Meneur. Chiens de meute couchants sous le fouet, l'échine souple, vite soumis à plus fort qu'eux. En bande ils s'enhardissent, les chiens sont courageux. Une proie faible, isolée : un enfant ! Les voici enragés.


"Même pas peur ! "

Des ricanements de hyènes saluent le défi crâne du gamin. "Même pas peur ?" Il ne s'est pas vu ! Livide, poings et mâchoires serrés pour ne pas trembler, il tremble pourtant, jambes coupées, liquéfié par la panique, marée montante au galop de son coeur. Seul point de résistance, le défi lancé comme un crachat à la face des persécuteurs : "même pas peur !" Il s'y cramponne pour ne pas s'effondrer.

La bande s'enhardit, racaille de racket, renifle le butin : des basket Nike, un blouson Schott. Dépouilles de gosse riche. Ils kiffent. Ils veulent plus : l'hallali. Une sorte de mise à mort.
"Allez, lèche-moi les bottes ! » rigole le Meneur." Dis-le : j'suis qu'une crotte, un balai à chiottes, j'suis qu'une fiotte. Allez, répète ! Sinon on t'fait ta fête ! »

Le Meneur a quatorze, quinze ans au plus. Un visage poupin grêlé d'acné, l'allure d'un poussah repeint chez Mac Do avec son survêt vermillon trop large qui lui tombe des fesses. Des gestes saccadés d'automate déglingué, un regard halluciné. Un camé, un adolescent perdu, comme il s'en perd tant dans les banlieues de nulle part. Pour l'enfant c'est Goliath.


"Même pas peur !"

Combien de temps pourra-t-il encore tenir face à la meute grondante aux yeux fous ? Les injures, les coups. La curée. Sur les cutters s'aiguise la haine, la soif du sang ne se déguise plus dans l'ombre grise, le soir, entre chiens et loups. Combien de temps ? Et puis la digue cèdera, balayée par l'épouvante, et puis, pour survivre, il se reniera.
Mort de l'enfance.

Hélas !


Si la chance te prête vie, petit frère de la peur, tu connaîtras bien d'autres hallalis. Sur ton chemin je prévois d'autres croix, d'autres humiliations, d'autres bourreaux.

Le bizuteur stupide abruti de monômes.

" Même pas peur ! "

L'adjudant baroudeur décerveleur de bleusaille.

" Même pas peur ! "

Le petit chef harceleur, le DRH licencieur, le patron dégraisseur.

" Même pas peur ! "

La douce aux yeux de biche, l'âme soeur qui par traîtrise te déchirera le cœur.

" Même pas peur ! "

L'ami de toujours qui te poignardera.

" Même pas peur ! "

Le fils ingrat qui te détestera, qui te traitera de ringard.

" Même pas peur ! "

L'infirmière revêche qui infantilisera ta vieillesse grabataire.

" Même pas peur ! "

 

Et quand viendra le soir de l'ultime combat, le corps envahi de tumeurs mauvaises, face à l'immonde persécuteur, juste avant de rendre les armes, j'entends encore battre ton cœur :

"Même pas peur, même pas peur, même pas peur. "

 

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l'enfer, c'est les autres

bibliographie très succincte (qui ne pourra jamais être exhaustive) sur le sadisme ordinaire,

 
sur le web :
 
- replay du docu de France 2 sur le harcèlement scolaire CLIC      ( le docu total est maintenant payant clic )
- le profil du harceleur (pervers sadique, pervers narcissique, enfant roi) (clic)
- à propos de l'angélisme de l'enfance on peut aussi relire "sa majesté des mouches" de W.  Golding (clic)    
 
et ici même
 
- souvenir d'école : le Noel d'Alfred (clic)
- l'enfance martyre : marche blanche (clic)
 
 
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