3 morceaux en forme de poire
17 août 2018l'atelier d'écriture "treize à la douzaine" propose chaque mois un logorallye sous la forme de treize mots à placer dans un texte
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Le tribunal.
Le marquis de Gouttière trônait sur la margelle du puits en briques ternes à la lisière du champ du père Mathurin.
C'était le siège du tribunal dont il était le président. Lui-même était un matou replet, dont le regard en fente émettait des éclairs jaunes, flanqué de deux furets sinistres portant chacun un trousseau, l'un des clés des champs, l'autre des clés de sol.
Ils avaient rassemblé sous la contrainte et guidé là un jury hétéroclite et farfelu de pauvres hères, qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment : deux lapins amoureux, un montreur de marionnettes poussiéreux, et un pigeon boiteux.
Ils avaient été fermement prévenus : ils n'étaient là que pour la photo, en aucun cas pour donner leur avis.
D'ailleurs le tribunal n'émettait que deux sentences : "collation" ou "décollation", ce qui en l'occurrence n'était guère qu'une différence gastronomique.
On amena les condamnés, trois pauvres rats miteux.
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Un heureux dénouement.
En recevant la médaille d'honneur des mains du préfet, la capitaine Natacha Mouton, (que ses collègues surnommaient chaton) buvait du petit lait.
Non que ce disque de bronze lui importât le moins du monde, (encore qu'il allait faire le bonheur de sa maman), mais elle n'était pas peu fière d'avoir résolu l'affaire du trafic de fausses œuvres d'art sur lequel Interpol se cassait les dents depuis 10 ans.
Pourtant, quand la capitaine Mouton avait proposé comme expert Godefroy de Foderche, tout le service avait explosé de rire, chacun étant persuadé que ce vieux bandit avait lâché la rampe depuis longtemps.
Certes il n'était pas très frais quand Mouton l'avait retrouvé au p'tit tonneau, mais celui qu'on appelait naguère "le plus grand faussaire du siècle", et dont les paysages signés Corot ou Cezanne font toujours l'orgueil des plus grands musées, était loin d'être une épave !
Une simple observation de photographies, des ciseaux et du scotch (sous sa forme solide et liquide) lui suffisaient là où les meilleurs limiers internationaux traquaient la falsification à grand renfort de spectroscope et réflectrographe à infrarouge.
En privé il avait eu droit aux remerciements chaleureux de la capitaine, ce qui ne mettait pas de beurre dans son pastis, à la différence du chevalet qui trônait dans le petit bunker secret attenant à dans son garage.
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socle pain timbre plante stupéfaction alimenter déclarer cadre stylo conduire journal théorème pudeur
Bavure
- Surveillance du jardin des plantes, veuillez ouvrir votre sac, madame.
- Et pourquoi je ferais ça ?
- Parce que sinon, je serai obligé de vous conduire au commissariat, dans le cadre de la procédure légale, pour refus d'obtempérer.
- Permettez moi d'exprimer ma stupéfaction, n’avez vous rien de mieux à faire que d'importuner d'innocentes promeneuses ? voulez-vous que je crie pour attentat à la pudeur ?
- Innocente, il va falloir le prouver, j'observe votre manège, vous êtes là sur place depuis une heure et semblez aux abois.
- Qui ne le serait à ma place ? j'attends les amis d'Evariste, pour la commémoration, vous n'avez pas lu le journal ?
Ils devraient être là depuis longtemps ! Vous ne le voyez pas, Evariste Galois, là sur son socle ? C'est le centenaire de son premier théorème, aujourd'hui.
- Vous m'en direz tant, ouvrez votre sac, je vous prie. Eh bien, voilà !
Comme ça, vous n'avez rien à déclarer ? c'est quoi cette masse de stylos, et ces liasses de carnets de timbres ? comptez-les, Martin.
Combien ? 98 stylos ? et 100 carnets de timbres ? Alors, madame, comment expliquez-vous la présence de 98 stylos dans votre sac ?
A mon avis, soit vous êtes une écrivaine très très prévoyante, soit une acheteuse compulsive, ou plus probablement vous alimentez un trafic de contrefaçons.
- Enfin monsieur l'officier, je suis la vendeuse de cartes postales au kiosque, là derrière, que je dois réachalander en timbres et stylos tour Eiffel, parce que, je vous l'ai dit, des cars entiers de matheux du monde entier vont arriver pour la commémoration du centenaire… Faut bien gagner son pain, non ?
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soupe ternir faillite quatre ortie ornement projectile froisser turquoise ardoise prince canapé vingt
L'Austerlitz a remplacé le Taj Mahal, dont nous avons tous regretté la faillite.
Ornements d'époque : on peut voir dans des vitrines anciennes une véritable copie du diadème en turquoises de Joséphine, des boulets authentiques plus ou moins ternis, et des projectiles divers. On remarque surtout une spectaculaire reproduction du célèbre tableau de David : "l'empereur, sa femme, et le p'tit prince". Derrière le bar, des photos de l'équipe de foot et du conseil municipal pour ne froisser personne.
Dans sa toute nouvelle édition, le guide Dunlop annonce :
"la fameuse soupe aux orties Austerlitz, le poulet Marengo aux quatre poivres, et le Iénasur canapé sont admirables, nonobstant une ardoise un peu salée".
(N.D.L.R.: cent vingt balles, quand même !)
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et un petit dernier
crayon police allonger xylocope prétentieuse épicerie danse empressement ramification réfractaire tête consoler promener
La zad
Dire que la police ait jusqu'ici manifesté un grand empressement à démanteler les ramifications de l'organisation, et à en couper la tête, serait probablement un tantinet exagéré.
Il faut savoir que les réfractaires à la construction, au cœur de la plus ancienne forêt du pays, de la méga décharge européenne bénéficient de la sympathie générale, y compris dans la maréchaussée, dont les membres sont tous peu ou prou liés à la paysannerie du coin.
Sans parler de leur chef, ex star de la télé-réalité reconvertie dans l'activisme écologique, qui promène son insolence irrésistible sur les plateaux télé.
Justement il a rendez-vous, cet après-midi, au bar épicerie du village, avec la députée X. en visite incognito, moins prétentieuse que d'aucuns journalistes de la majorité le laissent entendre, bien qu'elle ait commis, il y a dix ans (dix ans déjà ?), une thèse quelque peu confidentielle intitulée : "perturbations de la danse nuptiale du xylocope induites par les pesticides ", ce qui peut justifier son intérêt pour la forêt menacée.
Souhaitant éviter la presse, mais désireuse de montrer son respect au Robin des bois, elle a soigneusement redessiné ses sourcils au crayon et allongé ses cils au mascara bleu marine assorti à sa chemise en soie sauvage.
Comme il ne reste que le mot "consoler", la suite de l'histoire reste à imaginer, selon l'humeur, les opinions politiques, et l'âge du lecteur…
peinture barbouille