GOUTTENoël 3000 arrivait.

Mais peu  le savaient, à part quelques férus de calendriers anciens.

L'humanité l'avait échappé belle !

À la moitié du millénaire précédent, pour ramener l'ordre en ce monde pourri, le grand prophète avait pris le contrôle de Google et il y disait  en boucle ceci : l'Éternel fit tomber sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu ; ce fut l'Éternel lui-même qui envoya du ciel ce fléau. Il détruisit ces villes et toute la plaine, et tous les habitants de ces villes. Personne ne comprit, mais tous prirent peur, habitués qu'ils étaient à ne vivre que sur et par internet.

En 3000 la lucidité régnait. Les hommes avaient enfin rompu leurs dernières chaînes : la crédulité et l'illusion.  Cela n'avait pas été sans quelques réticences au cours des siècles, mais enfin ils avaient aboli les inégalités, et les tentations décadentes, comme le goût du plaisir.  Ils avaient jeté au bûcher les idoles, et la fantaisie. Renier l'argent avait été l'étape la plus douloureuse.

Plus de sans logis dans les rues pleines de gens gris, identiquement vêtus, créés en éprouvette, et imprégnés de l'inanité de la vie. Plus de jours fériés, de fêtes rappelant les mœurs archaïques. Plus de vitrines non plus, les magasins du peuple distribuant régulièrement le strict nécessaire dans chaque foyer : macédoine de légumes sans sel, et poudre protéinée.

Seule la musique dodécaphonique avait encore droit de cité, car elle ne véhiculait aucune connotation festive ni n'éveillait la moindre émotion. Deux programmes en alternance à la télévision : le soulier de satin, et Alexandre Nevski. La voix du prophète en boucle à la radio.

La couche d'ozone avait commencé à se refermer. Tous enfin égaux et en paix. Etale.

Sauf que, précisément ce 24 décembre 3000, dans une île du Pacifique qu'on croyait inhabitée, une petite tribu paillarde et joyeuse décida de mettre les radeaux à la mer pour aller voir où plongeait le soleil.

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