Le cerisier s'ébroue à chaque souffle de brise,
et ses pétales pleuvent sur le voile de mariée
qu'il a posé sur l'herbe tendre.
Le soleil est déjà bas.
Bientôt il rasera le pommier en sa gloire,
et le rendra fluorescent.
Quand le soleil plonge de l'autre côté du monde,
il envoie des signes qu'il faut savoir saisir :
le rayon vert dans un trou de rocher,
l'ombre du châtaigner sur la vieille maison,
bleu intense une fraction de seconde
et la fleur d'œnothère qui d'un coup se déploie,
très pressée, car ne vivra qu'un jour.
Un vol d'étourneaux palpite très haut sur le ciel très bleu.
Dans l'ombre de la maison, les pâquerettes se replient.
Elle pense qu'elle ne verra peut-être pas
les cerises cette fois, vermeilles et gonflées,
fendues par le bec des merles arrogants.
Elle pense à ses années envolées comme les pétales,
consumées en projets grandioses, en passions frénétiques,
à embrasser des rêves qui n'étaient pas les siens.
Que ne les ai-je, pense-t-elle, passées là sur ce banc
à regarder ces douces choses ?
Je ne savais pas qu'il y avait du bonheur à seulement
sentir le vent sur mes joues, le vent qui joue dans mes cheveux.
Tout cela m'était dû, et venait de surcroît, alors qu'il eût fallu
à chaque instant dire merci à la vie.
Merci pour le ressac, et merci pour le vent,
le ruisseau qui murmure,
Merci pour l'eau de la fontaine, le jour qu'on a tant soif.
Je ne voyais pas qu'il y avait du bonheur à simplement respirer.
humer, sentir l'herbe coupée, la route sous la pluie
respirer mes bébés potelés.
poser les valises pour dire "maman je t'aime",
le temps que c'est possible…
Oh, encore une fois voir la vague recouvrir l'empreinte
de nos pieds nus dans le sable mouillé…
Il arrive.
Il va dire comme elle a bonne mine aujourd'hui.
et puis qu'il faut rentrer parce que le vent est frais.