Salade de tomates
peinture : barbouille
 
Une tomate, belle, ronde, rouge, sur une assiette blanche...
Allez, soyons fous, c'est dimanche, DEUX tomates !
Belles, rondes, rouges.
Toutes deux identiques. Brillantes, peau cirée, zéro défaut.
Aussi belles, aussi fraîches, que quand je les ai achetées il y a trois mois.
Aussi fraîches, aussi croquantes qu'une pomme. . .
 
Sais-tu, mon enfant, qu'il y eut un temps où les tomates avaient du goût ?  Moches et biscornues, mais gorgées de soleil... dans le jardin de mon père, où, dans les lilas fleuris, tous  les oiseaux du monde venaient faire leur nid... Un temps où les roses échevelées sentaient bon, pas comme ces grandes dindes de Baccarat.
Les tomates d'aujourd'hui sont à celles de mon enfance ce que les Baccarat sont aux roses anciennes, et  les tops model  aux femmes : une théorie esthétique...
 
Couper les tomates...
Le couteau électrique ferait l'affaire, pour débiter des tranches parfaites,   bien rondes, bien fermes.
Persil lyophilisé. Tu ne le croiras pas, petite, mais le persil est une plante, autrefois on le coupait dans un verre avec des ciseaux...
 
Le temps qu'ils y étaient, les savants qui nous ont fabriqué ces merveilles, pourquoi n'ont-ils pas fait des tomates en forme de saucisson, comme le beurre d'escargot dans son tube de plastique ? Pratique ça, des rondelles  de tomate calibrées, et tout bénef, on en met plus par caissette... et pourquoi pas aussi des tomates bleues, c'est ça qui serait joli, des ronds de tomates bleu, blanc, rouge, sur un lit d'algues  jaunes, et des bidules vivants  longs et blancs qui rampent  sur le mont Fuji,  dans une assiette  carrée. . .

Merveille de la science ! Dire qu'il a fallu dix ans pour sélectionner ces belles choses ! Dix encore pour que quelqu'un lève le doigt et ose dire : " le roi est nu, et les tomates n'ont aucun goût ".
 
-"Aucun goût ?" dit le savant,  "il faut savoir ce que vous voulez : ou ça se conserve, ou c'est bon, c'est l'un, ou l'autre ; on ne peut pas avoir les deux. Non madame, on ne peut pas. "
 
- "Ou alors..." dit le savant, bon prince finalement, " je peux établir un programme de sélection : tomates bonnes, mais il faudra dix ans, et beaucoup, beaucoup de crédits, parce que la recherche, hein, ça coûte ! "
 
En attendant, le journal rapporte qu'il est un endroit où on trouve encore de bonnes tomates, et de plus gratuites : dans les boues de décantation des stations d'épuration. La graine de tomate, dit le journaliste, a cette propriété de n'être point du tout digérée, et donc sort  aussi pimpante qu'elle est entrée.
De ce fait, ajoute l'homme de presse, au terme de tribulations dont je vous fais grâce, elle arrive en pleine forme dans les boues susnommées où elle germe et croit aussitôt. Et comme beaucoup ont commencé leur odyssée dans des pays méditerranéens où les savants n'ont pas encore tout calibré, elles donnent des fruits savoureux.
 
Récolte des tomates sur les boues d'épandage. Ketchup sur polystyrène expansé, tableau de Jean François Millet, arrière petit fils de Jean François  Millet.
 
Belles, rondes, rouges, brillantes, pas un gramme de terre, elles ont poussé sans se commettre avec la glaise, sans souffrir des intempéries, sans voir le soleil... comme les poules de batterie. Plus besoin de terre, plus besoin de soleil, tiens... plus besoin d'hommes. Sperme par internet et sexetoille du catalogue de la Redoute, te voilà à l'abri des scènes de ménage.
 
Un filet d'huile d'olive.
Bio, l'huile d'olive.
Ça veut dire quoi, bio ? Peut être que ça a été fait avec des olives ?
 
la folle histoire de la tomate en BD, ici CLIC
 
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