Elle a une piscine au cœur d'un paysage de rêve. Les après midis d'été, quatre ados du village viennent y rejoindre ses trois petits enfants.

Elle écrit :

" C’est joyeux et bruyant tous ces ados qui jouent au ballon. Et au bout d’un moment, plus un bruit : ils sont sortis de l’eau et sont installés au bord de la piscine, tous avec leurs téléphones portables et sans se dire un mot. Et l’après-midi se termine dans le silence le plus total. Terrifiant ! "

Alors alors…

- D'abord, l'heure n'est plus à craindre les sollicitations inappropriées, ni l'éclosion de vocations de voyeurs et de harceleurs : en leur offrant leur portable, après des années passées à répéter à nos petits qu'on ne doit pas parler à des inconnus, nous leur avons donné accès à toute la laideur et l'horreur du monde.

- Ensuite : l'heure n'est plus à craindre la mutation des humains par l'IA, elle est actée.

Au fait, ils regardent quoi ? (alors qu'autour d'eux il y a des ruisseaux et des papillons. Et des gens. ) des vidéos ? de quoi ?

L'un d'eux dit que si on est bien construit dans sa tête, (mais quid des copains crapoteux des cours d'école ?) on regarde des trucs enrichissants.

Il en est donc de cette addiction là comme de celle à la drogue : les types brillants ont - paraît-il - des visions psychédéliques de toute beauté, alors que les crétins ne font  que des trips crétins.

 

Mais pourquoi cette addiction viscérale et frénétique pour cet appareil là précisément (que n'avait suscité ni le téléphone filaire, ni le cinéma, ni la télé  qui peuvent rendre les mêmes services ) ?  

ni les livres.

 

Oublions les lieux communs qui précèdent.

Et si…

Et si cela  répondait à un désir inconscient intense d'être relié à tout ce qui palpite et interagit dans cette dérisoire et si fragile petite pellicule, épaisse de quelques kms autour de la terre, qu'on appelle Gaïa ?

 Quelque chose comme ce réseau de communication qui relie entre eux les arbres ?

Besoin de faire partie du  "grand tout" *des bouddhistes ?

*Par définition, l'homme est situé dans l'espace et dans le temps et il n'accepte ni l'un ni l'autre. Dans l'espace, c'est-à-dire dans la multiplicité. Dans le temps, c'est-à-dire dans le changement. Tout être humain dès sa conception, dès qu'un ovule et un spermatozoïde ont fusionné, se trouve devenu une individualité parmi beaucoup d'autres (ô combien!) coupé du Tout ou de la Totalité, limité, défini, circonscrit, relatif, conditionné, ayant un début et allant vers une fin. … Or, cela, personne n'en prend et n'en a jamais pris totalement son part ... (A. Desjardins, les chemins de la sagesse)

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