Les vieillards sont-ils des hommes ? À voir la manière dont notre société les traite, il est permis d'en douter. Elle admet qu'ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes droits que les autres membres de la collectivité puisqu'elle leur refuse le minimum que ceux-ci jugent nécessaire ; elle les condamne délibérément à la misère, aux taudis, aux infirmités, à la solitude, au désespoir.

Pour apaiser sa conscience, ses idéologues ont forgé des mythes, d'ailleurs contradictoires, qui incitent l'adulte à voir dans le vieillard non pas son semblable mais un autre. Il est le Sage vénérable qui domine de très haut ce monde terrestre. Il est un vieux fou qui radote et extravague.

S de Beauvoir, la vieillesse

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     Dans les années 80, Thierry Paulin, tueur en série particulièrement productif a sévi dans les rues de Paris. Il mourra du SIDA avant son procès où comparaîtra son complice.

Le parisien : Derrière cette effroyable affaire se cache aussi une tragédie parisienne, une tragédie de grande ville, de solitude. Vingt et une vieilles dames, anonymes, vivant seules, fragiles proies faciles, seront tuées. Pour la plupart, les proches ne se manifesteront pas.

Et, lors du procès aux assises du complice de Paulin, une seule famille sur les vingt et une se portera partie civile.

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     Disparaître ne va pas de soi – et prend un certain temps. Il y a ce corps, de plus en plus encombrant, qui va se tasser, ralentir, se voûter. Se replier sur sa survie. Et à mesure qu’il se fait moins agité, moins nécessaire, ce corps va se soustraire à la vue, s’effacer doucement comme s’efface l’anodin, calmement, ce qui tombe sans peser. Vieillir est quelque chose comme cette pente-là, calme, anodine, cette descente discrète d’un point à l’autre, désolé d’être là, dans cette chute sans fin, sans bruit, parmi l’indifférence du monde. Car dans les rues peuplées, où l’œil furète, où le singulier se détache toujours, personne ne voit jamais les vieux. On voit bien les enfants, lutins trop énergiques pour passer inaperçus. On voit les jeunes ténébreux, parce qu’ils sont ténébreux. On voit les jolies femmes, parce qu’elles sont jolies, et on voit les plus pauvres, leur égarement hirsute… On voit les gyrophares et les crottes de chien, tout ce qui est à éviter. On voit tout, mais pas les vieux. Jamais. Ils sont partout, mais invisibles...   ils sont ceux qui ne sont déjà plus là. Car ils s’éloignent déjà, si lentement, sans qu’on les ait vus s’éloigner. Ils ont disparu – alors qu’à lever le nez on voit bien qu’ils sont encore là, un tout petit peu plus loin, traversant la prochaine rue avec la même patience engourdie, la même difficulté pudique qui auraient dû les rendre visibles et qui, flagrantes pourtant, là, devant nous, les ont effacés de nos rétines, effacés de nos désirs et de nos croyances.

Puisqu’on ne veut pas le savoir, qu’on va y passer.

 F.Cusset: Finale fantaisie.

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     2 948 personnes âgées de plus de 65 ans décèdent par suicide en moyenne chaque année en France, selon les données de l’Inserm. C’est chez les plus de 85 ans que le taux de décès par suicide est le plus élevé : il est de 39,7 pour 100 000, ce qui est deux fois plus que pour les jeunes de 25 à 44 ans

La dépression est la première cause de suicide : 70 % de personnes qui décèdent par suicide souffraient d’une dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée.
Le fait d’être triste ou pessimiste ne doit pas être considéré comme normal lorsque l’on est âgé..... Il est important de savoir que les personnes suicidaires ne veulent pas nécessairement mourir, mais souhaitent plutôt mettre fin à une souffrance devenue insupportable

ouest-france.fr : ces seniors qui se tuent dans l’indifférence

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     L'herbe recouvre le chemin. Les visites se font plus rares, il n'y a plus de pas pour coucher et flétrir le gazon qui pousse entre les pierres. La maison, comme le propriétaire présente des signes de faiblesses et de décrépitude. Les volets aspirent à recevoir une couche de peinture. A plusieurs endroits quelques pierres sont à nu, les rosiers ne sont plus attachés, le début d'un abandon, qui sera certainement plus apparent dans quelques temps, est déjà visible.

Comment est-il possible de vivre les quelques années qui précèdent le départ vers l'éternité dans une telle solitude ?

La réponse est : C'est simplement déchirant.

Mamzelle Jeanne

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     ... Sur les marches, réfugiés sous les ogives qui les protégeaient des flocons, les chanteurs, collés, anorak contre anorak, des glaçons en formation sous les narines, émettaient de la buée chaque fois qu’ils ouvraient la bouche. Je m’approchai et les voir redoubla ma surprise ; était-il possible qu’un chant si beau sorte de ces faces sexagénaires, aux allures rustiques, à la peau rissolée, aux traits creusés par les années ? D’une chorale de vieillards naissait une musique ronde, neuve, lisse comme un bébé qui sort du bain.

E.E.Schmitt, ma vie avec Mozart

 

Références .

Peintures : V. Van Gogh, Barbouille

Les mots de la fin 

secouer le cocotier

 L'homme se plaît à penser qu'il est un être total, indépendant, qui sait ce qu'il fait et fait ce qu'il veut. En réalité, son existence individuelle n'est qu'une illusion destinée à lui donner, pendant le temps utile à l'espèce, le goût de la vie, afin qu'il la conserve et la transmette.

G Bénichou, le chiffre de la vie

 

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