Ruiz

 

 

Ruiz se tient droit sur le balcon, près de Marco, tous deux en costume sombre et souple, pieds légèrement écartés ; derrière eux, les hommes de la garde rapprochée en uniforme,  main sur la mitraillette.

Le tribun est légèrement en avant, sur la marque de craie qui indique la position de sécurité, abritée des tirs qui pourraient venir des maisons voisines par l'avancée des murs qui fait écran.

Ruiz peut voir le réseau des fines rides blanches sur le cuir tanné de sa nuque, sous le poil gris qui dépasse du képi. Il remarque un fil blanc sur son épaule gauche.

Son regard balaie la houle de cheveux  noirs et drus sur la place  cernée par les militaires.

La voix du tribun est métallique ; de temps en temps elle enfle puis s'interrompt, laissant déferler les applaudissements.

Une  pause plus longue : des milliers de voix scandent le surnom du gamin des cabellas qu'il a été : "Carlito, Carlito !"

Maintenant ! dit la voix dans l'oreillette.

La main de Ruiz cherche sous sa veste le fil relié à la ceinture d'explosifs.

- Désolé, mon vieux, dit- il, alors que son regard croise celui de Marco. 


 

 

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