Mes Italies, romanza
30 mars 2016 
tableau ici (clic)
J'ai vu Venise. Gondolier, t'en souviens-tu ? J'ai vu Venise en une époque où je parcourais l'Europe un peu à pied, beaucoup en stop, de camping international en auberge de jeunesse, à la poursuite d'idéaux de fraternité et de liberté…
En toute héroïne flamboyante il y a une midinette qui sommeille. Ne froncez pas les sourcils, austères demoiselles qui aviez jusque là dirigé ma vie, ils sont bien sympathiques, et plus efficaces que les vitamines, les raggazzi qui sifflaient nos robes légères, Via con me… avec persévérance, sinon conviction.
J'ai vu Venise sous la pluie, j'ai vu passer les ombres des masques frigorifiés. Una lacrima sul viso…
J'ai caressé la botte côté Adriatique, qui parfois se met en colère comme une grande ; quand le soleil plongeait, les ailerons des requins fendaient les étincelles qui couraient sur la mer …
J'ai navigué "chicos" côté Méditerranée… La solitudine…
Maudissant les houles de mollets bronzés, j'ai déambulé sur les pavés luisants de Pompéi. Domitius et Flavie sont absents pour la journée… Il y avait des roses anciennes dans un angle de pierre.
Capri, c'était déjà fini, j'ai fait l'impasse.
Avec le reste du monde en foule serrée, sous un soleil de plomb, O sole mio! j'ai vu le Duomo, arpenté le forum… J'ai vu des églises, des églises, des palais dorés, des fresques et des peintures, des voûtes et des statues, des statues et des voûtes, des ruelles où, entre les louves de plâtre se volatilisent les appareils photo, des centurions un peu gras transpirant devant le Colisée..
Nous avons jeté une pièce dans la fontaine Trévi. Tu as dit :
" Tu vois, c'est sûr, nous reviendrons ".
Con te partiro…
Tant d'années ont passé, Arrivederci Roma. La prédiction ne se réalisait pas. J'ai perdu la foi, même en l'horoscope qui promet avec constance qu'une rencontre imprévue va changer ma vie. Et puis, alors que je n'y croyais plus, je suis revenue à Rome. En lançant ta pièce tu as dit (mais "tu" étais un autre) :
" Tu vois, c'est sûr, nous reviendrons".
Je lis à nouveau l'horoscope, mais maintenant je croise les doigts pour que la rencontre imprévue ne se produise pas. Pas trop vite…
J'ai vu les collines de Toscane au soleil couchant. Sur le ciel exagérément orangé, les silhouettes noires des cyprès et des pins ont le visage de l'éternité.
C'était là, bien sûr, là que je voulais aller, depuis que je les ai découvertes, il y a si longtemps, dans mon livre de latin.
Ils sont là, derrière.
Eux.
Tous…