grain de sable...
15 janv. 2016Il se sentait toujours guilleret, après.
Tout puissant.
Invincible.
Joyeux, même. Au point de siffloter le long du canal en rentrant. Il s’amusa à faire quelques ricochets sur l’eau sombre.
Il savait bien que cela ne durerait pas, parce qu’en arrivant à la maison, le moulin à paroles démarrerait, et ça lui brouillerait la tête.
Heureusement qu’il avait son carnet. Il ne le quittait pas, parce qu’il était sûr que sa mère fouillait dans ses affaires.
Il réfléchit un instant à la possibilité de se débarrasser d’elle. Avoir la maison à lui tout seul, quel pied ! Mais la vieille était vive, bien plus futée que lui, et si teigneuse qu’aucun hospice ne voudrait la garder.
Il était tard, peut-être quelle dormirait, après tout…
Il quitta la berge et remonta sur la rue. Un 92 passait justement à sa hauteur. Coup de bol, parce qu’il n’avait pas envie de traverser toute la ville à pied.
Bien joué. Il n’y avait plus de lumière dans la maison. Il se déchaussa pour monter l’escalier.
Avant d’oublier, il fallait noter.
Il tira son carnet. Un joli petit carnet rose " hello Kikou ", avec un petit crayon bille assorti glissé dans le fermoir.
Il y écrivait ses idées. Il avait toujours des idées extraordinaires, et de belles pensées, mais il les oubliait aussi vite. Alors depuis qu’il avait son carnet, il notait.
La page qu’il cherchait était au milieu.
Quelques lignes seulement.
18/2. TD.125.
6/6. CS. 700.
21/7. MD. 12.
La vieille folle, elle n’avait que 12 euros et des tickets de réduction dans son sac, mais elle l’avait défendu avec une énergie sauvage !!! Un coup pour rien.
Avec une certaine solennité il ajouta la date du jour.
5/9.
C'était quoi son nom, à cette vieille peau qui se faisait appeler "Fleur bleue" sur "amour-sincere.com" ?
Ah oui, SB. Simone Labille, des ciments Labille. Sacrée recrue ! Les tiroirs pleins de bijoux. Vu la baraque, ça devait pas être des faux !
À cette heure-ci, sans doute, quelqu’un de son personnel l’avait déjà trouvée.
Mais il ne se faisait pas de souci. Aucune chance qu’on remonte jusqu’à lui, pas d’empreinte, sa technique était au point. De plus il ne se connectait à "amour-sincere.com" que depuis des cyber-cafés.
Il la revoyait minauder dans le parc, cela le fit rire. Elle lui avait montré l’étang. Avant de l’enlacer, il avait posé son vélo sur la cabane où sont remisées les barques.
Le vélo !!!!! Merde !!!!!!!!
