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Le souffle qui  tremble dans le roseau raconte mes vieilles vies
mes vies accroupies
dans les herbes rêches de la steppe d'Asie, sous le ciel glacé piqueté des étoiles
qui virent mes vieilles vies
courbées
sur le flanc du Picchu,
de mes vieilles vies errant dans le mirage flottant
au pas lourd du tambour
dans la dune…
 
C'est  le  premier matin du monde ….
L'aube joue à dorer la brume effilochée sur les marais …
entre les herbes échevelées courent des étincelles argentées
Dans l'eau sombre glissent les ombres des nymphes et des guerriers
qui chuchotent  ce que sera le monde
au faune qui joue de la flute de pan
perché sur un roseau,
d'où glisse une goutte  dans l'eau
lisse et verte
 
Le vent qui pleure dans ton violon,Tzigane,
caresse lentement le tronc rêche des bouleaux
 blancs,
s'ébroue dans le léger feuillage, pizzicato,
reprend sa course, enfle et ronfle dans la vallée,
s'étale sur la plaine, courbe les épis lourds,
fait danser les flammes rouges
 et noires…
Est-ce le vent plaintif descendu des montagnes,
qui rend les chiens peureux, aplatis, gémissants ?
Est-ce le vent qui meurt dans les nuages,
et s'unit à la vague dans une ultime étreinte ?
 
Te souviens-tu,
dis,
Te souviens-tu  des rideaux de Schönbrunn soulevés par le vent,
et de l’ enfant en satin blanc ?
Te souviens-tu du pianiste ?
Te souviens-tu du piano dans le ghetto ?
de la  ballade  en sol mineur
dans le  jardin sous la pluie,
à Majorque ?
Te souviens-tu du pianiste  sans regard
 à la voix écorchée,
Georgia, ô Georgia ?
Te souviens-tu de la leçon de piano sur la plage du commencement 
du monde ?
 
Entends-tu le silence
soyeux
des grands pianos noirs qui gisent au fond des mers ?
 
Je me souviens
de mes vieilles vies,
et des longues mains du pianiste…

 

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