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Le voyage. Solange

Elle s’’était levée de mauvais poil. Elle dit à Joë qu’’elle aimerait faire un voyage, qu’’elle trouvait son travail pénible et que pas plus tard qu’’hier, son patron l’’avait réprimandée en lui disant : « Nous formons des ouvrières obstinées et vous ne semblez pas correspondre à nos critères ».
« Dans quel pétrin étions-nous tombés ? » Elle se versa une autre tasse de café tout en sachant que le vin et le café lui donnent des palpitations. Il lui promit qu’’aux vacances, ils le feraient, ce voyage en Normandie dont ils rêvaient depuis longtemps. Encore trois semaines et nous y serons, dit-elle en se mouchant.
Trois semaines qui passèrent très vite, tout occupés qu’’ils étaient à la préparation du voyage.
Parmi toutes leurs visites, celle qui les toucha le plus, fut la visite d'’un cimetière de soldats morts à la guerre. Toutes ces croix blanches alignées ! « La guerre quel grand malheur Joë!» Ils restèrent un long moment silencieux comme deux tombes.
C’’est en arrivant à la destination suivante, alors qu’’il faisait plus froid près de la mer, qu’’elle se rendit compte qu’’elle avait oublié son beau chandail neuf au dernier hôtel. « Eh merde ! » C'’était la seule chose qui lui était venue à l’'esprit. « Et pourtant, je ne suis pas folle, comment ai-je pu l’’oublier ? »
Après un repas bien arrosé et les ébats amoureux qui suivirent, il lui dit : « Finalement, c’’est en amoureuse que je te préfère, ce calme sans tempête à l’’horizon nous noie d’’ennui. » Elle se sentit vexée pour tous les jours trop calmes, justement.
Il était dix heures du matin. Elle se versa un ballon de vin rouge et alla s’’asseoir à même le sol, contre la haie de rosiers rouges. Des gouttes de sang perlèrent au dos de son pull de coton blanc et ses larmes coulèrent enfin.
Dans quelques jours, ce serait le retour à la routine. C’est là qu’’elle comprit tout à coup ces paroles de Barbara : « J’’avais fini mon voyage et j’’ai posé mes bagages ».

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