La petite sirène

Publié le 12 Octobre 2013

La petite sirène

conte publié dans "la marguerite des possibles", ouvrage collectif des anthologies éphémères vendu ici (clic) au profit de l'association "Rêves"

source image ici (clic)

 

  Chaque matin, le vieux monsieur promenait son chien Chaussette sur la page encore déserte.

Avec un bâton qu'il avait joliment taillé dans un bois flotté, il remuait les chevelures brunes des laminaires abandonnées dans la laisse de mer. Et Chaussette, sans se lasser, essayait d'attraper les puces de mer.

Gabriel avait gardé son âme d'enfant : il espérait toujours trouver un trésor. D'ailleurs il ne sortait jamais sans un sac de marin à l'épaule, dans lequel il entassait ses trouvailles : des os de seiche (seulement ceux qui étaient impeccables), des morceaux de bois aux formes tourmentées, parfois, avec de la chance, une coque d'ormeau secrètement chatoyante. Et de tout cela il faisait de jolis objets…

Et s'il se trouvait proche d'une des grandes poubelles que monsieur le maire avait fait installer sur le quai, il allait y déposer chaussures, cannettes, flacons de lait à bronzer, et objets divers que la mer vomissait en permanence.

Et puis, voilà, ce matin-là, il y avait un trésor dans la laisse de mer ! Un vrai. Une jolie bouteille en verre blanc, ternie, mais intacte. Courte et renflée, ornée de dessins en relief. Et fermée par un opercule mécanique tout rouillé.

"Et il y a une lettre dedans, Chaussette ! vite on rentre à la maison, que je mette mes bonnes lunettes ! Si ça se trouve, on va être riches !!!"

Bon, pour de vrai, il savait bien, Gabriel, que les milliardaires confient rarement à la mer le soin de désigner leur héritier, mais il ne pouvait s'empêcher de gamberger.

 Ça n'était pas vraiment une lettre dans la bouteille, mais une photo, presque intacte, pas du tout abimée d'avoir été roulée pour passer par le goulot. La photo d'une petite fille blonde. Et derrière, quelques mots en Anglais, que Gabriel ne connaissait pas du tout. Un message signé : "Margaret".

Il posa sur la cheminée la photo de la petite Margaret, qu'il appela "ma petite sirène", puisque c'était la mer qui la lui avait amenée, à côté de celle de sa Marguerite à lui, sa chère compagne disparue depuis bien longtemps.

Puis il alla comme d'habitude à l'école chercher sa petite fille Léa. En chemin il lui raconta sa fabuleuse découverte, et en voyant la photo, la petite fut enthousiasmée !

-" Papy-Gaby, c'est formidable, j'ai vu une histoire comme cela à la télé ! Maman va la retrouver sur internet, et elle deviendra ma correspondante ! "

-" Ne t'emballe pas, ma chérie, attendons d'abord que Mylène traduise le message de Margaret".

-Elle est charmante ta petite sirène, Papa, dit Mylène le soir, en venant rechercher Léa. Et elle traduisit le message :

" Je m'appelle Margaret Moore, j'ai 9 ans. Mon papa est le gardien du phare de Ramsey, dans l'ile de Man. Je voudrais que cette bouteille vogue vers un pays de soleil, qu'un ami trouve mon message et m'invite, j'en ai assez des brouillards et des tempêtes ! Mais si vous les aimez, je vous inviterai aussi. Margaret Daisy Moore".

- on va enquêter ce week end, Papy-Gaby, je te tiens au courant !

Mais le dimanche soir, quand Léa appela son grand père, elle était dépitée.

- Maman a bien trouvé Ramsey sur internet, mais le phare n'a plus de gardien depuis 1980, et le dernier s'appelait Smith. Alors elle pense que c'est une blague. Mais elle a trouvé le blog du pasteur de ce bled et elle va lui écrire.

C'est formidable internet, tous ces trucs modernes, se dit Gabriel !

De temps en temps il souriait aux deux marguerites sur la cheminée, il l'aimait bien, cette petite sirène farceuse. Et avec Léa, le soir après l'école, ils lui inventaient des aventures.

Et puis un jour Mylène l'appela :

- Pourrais-tu passer samedi soir, Papa ? J'aurai le pasteur en ligne, apporte la photo de la petite sirène, nous pourrons la lui montrer sur la web cam.

Et le miracle se produisit. Sur l'écran il y avait un homme avenant.

- C'est le Pasteur Angus Kimbell, chuchota Mylène, il dit que Margaret est à côté de lui. Il la connait très bien, tu es bien assis ? La voilà.

- Hello Gabriel, je suis Margaret Moore. Je parle Français un peu. Je suis la maman de Angus.

Une gentille dame aux cheveux blancs, en tricot mauve à fleurs roses, leur souriait, et Gaby la trouva instantanément délicieuse.

- je me souviens très bien, j'ai lancé cette bouteille de lait à la mer en 1954. Je suis si contente qu'elle soit arrivée. Je voudrais venir vous voir, Gabriel. Permettez- vous à moi ?

La petite sirène

Rédigé par Emma

Publié dans #contes

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almanito 26/07/2014 10:59

Une très belle histoire ... la mer est toujours prometteuse de tant de rêves...
J'ai beaucoup aimé et suis ravie d'avoir enfin franchi le seuil de ton blog car je te "vois" souvent chez Carole.

Quichottine 19/10/2013 17:44

Je vais répondre à Bonheur du Jour, que je connais un peu... :)
Merci encore pour ton conte, ce tableau, j'adore !

Passe une douce soirée.

Bonheur du Jour 15/10/2013 06:11

C'est super. Merci.
J'aimerais bien participer, si c'est possible, à une prochaine édition de la marguerite des possibles. Vous croyez que c'est envisageable ? Et comment ?
Très bonne journée. Et encore bravo pour ce texte.

Solange 14/10/2013 20:45

Qu'elle belle histoire! Je n'avais pas eu le temps de la lire dans le livre, je viens juste de le recevoir.J'aime beaucoup.

Carole 13/10/2013 16:26

Belle rencontre, qui mêle tant de "virtualités" - le hasard des bouteilles à la mer, le hasard du web, le hasard des flâneries en bord de mer. Tant de hasard qui finissent par bâtir ce qu'on appelle le destin.

flipperine 13/10/2013 00:15

comme quoi la mer ramène toujours tout à la surface et sur les plages

Pascale☼Nokomis 12/10/2013 20:18

Très beau conte, et superbe initiative cette marguerite.
Merci du partage Emma et bonne soirée

Nina Padilha 12/10/2013 14:31

C'est une histoire des plus touchantes.
Superbe !
Bravoooooooooooooooooo !
Bisous et bon WE !

Mony 12/10/2013 11:43

C'est formidable de garder un esprit toujours curieux et prêt à toutes les découvertes.
Les nouvelles technologies ont quand même de bons côtés...

jill bill 12/10/2013 10:55

Ah je n'ai jamais lancé de bouteille à la mer.... j'aurais dû !

Michèle 12/10/2013 10:39

Notre rêve à tous, une rencontre venue de la mer!! amicalement

aimela 12/10/2013 09:20

Un très beau conte des temps modernes , si on ne peut pas toujours louer internet, là il est grand seigneur.

Louv' 12/10/2013 08:29

J'aime tellement ce conte, que je suis scotchée, je ne sais que dire...Merci Emma.