Tout est bien qui finit bien.

Publié le 20 Mars 2013

  pour les impromptus littéraires

 

Gargouille.jpg

 

"Messire Godefroy, et messire Enguerrand

voyez sur la courtine ce molosse aux aguets,

avec sa sale gueule et ses crocs menaçants.

Il ne fait qu'une bouchée des vilains trousse-pets

qui s'approchent des douves ou gagnent la forêt.

Esbaudissez-vous dans l'herbe fraîche, mignonnets,

j'ai laissé un ouvrage qui ne saurait attendre.

Vistement je le fais, et je reviens vous prendre."

Sur ce file Jacotte, pour avec le beau Blaise,

sur une vieille paillasse s'escarbiller à l'aise.

 

Les marmots sont à l'âge où il leur faut encore

obéir aux servantes, ces bavardes pécores.

Alors que le plus grand, qui va sur ses sept ans

 rêve d'occire païens et de belles curées.

Et tout à coup on entend des chants d' ortolans,

d'alebrans, de bruants, et de grives cendrées

qui sortent joliment de la forêt voisine.

Ce sont les frères Jacquouille, ces coquins, ces merdailles

qui vivent de  braconne et de menues rapines.

Ils essaient leurs appeaux et préparent les collets

"-Viens mon frère, allons voir tous ces oiseaux qui piaillent !

Nous pourrons, il se peut, leur trancher les jarrets

et leur crever les yeux. Mais le petit apeuré :

"- Mais nous ne le pouvons, ce monstre tout là-haut

va nous manger tout crus et nous briser les os !"

"- Balivernes ! Je lui ai lancé des flèches, tantôt,

et il n'a pas bougé : ce griffon est de pierre.

Allons courons, et ne sois pas couard, mon frère !

 

Mais les frères Jacquouille, grands boiseux de vinasse

sont aussi demeurés, fieffés coquards, hélas !

Voyant à l'orée galoper les enfançons,

entendent déjà tinter beaux écus de rançon.

Se saisissent alors d'eux, les jettent dans la roulée

 qu'ils partagent avec un beau et  gras cochon

qui leur fera l'hiver. Puis ils s'en vont fêter

Chez Margot la ribaude, cette belle occasion.

 

Les enfants trouillent et couinent, plus fort que le goret.

Passe dans la forêt, sur son fier destrier,

le seigneur Gislebert, père des marmousets;

avec pour seul arroi, un écuyer muet

ramené des croisades, du nom de Bernardo.

Ils reviennent tous deux de chez Dame Isabeau

chez qui après la chasse il trouve grande joïance.

Entend les braillements, délivre les enfants.

 

Jacotte s'arrache les cheveux, et crie sa repentance

"-Seigneur ils étaient dix, ils m'ont jetée à terre.

 Et voyez comme ils ont déchiré mon corsage !"

"-Enfants il vous faudra à l'avenir être sages"

dit dame Brunehaut, leur languissante mère,

qui brode  sur une toile les beaux et vaillants faits

de sa haute lignée. Sur un bas tabouret

Eudes, le page blond, active le rouet.

 

Quant aux frères Jacquouille, aux dernières nouvelles

ils courent encore. Pour l'heure  plus vite que la potence…

 

  ******

 

et pour lire quelque chose de grandiose d'après cette même image, c'est ici (clic) 

 

*

Rédigé par Emma

Publié dans #romanesque

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Commenter cet article

Martine27 24/03/2013 16:56

Tu fais de la concurrence à Robert Merle

valdy 23/03/2013 22:30

Dame, c't'un peu difficile à lire pour moué, mais j'rrr'connais qu'y a d'l'esprit. Pourrr un peu, on r'trrrouv'rrrai l'ombre du grrrrand Françouais, lui qu'avait disparrru et même qu'on avions
jamais su où ...
PS: As-tu lu "je, François Villon ?"
PS 2 : bravo à vous 2 (j'ai suivi le lien) pour ce travail remarquable sur l'Histoire et l'histoire... ;-)

Carole 20/03/2013 23:28

Moitié Villon moitié Queneau...

Michèle 20/03/2013 22:00

Superbe Emma !! Quel talent. amitiés

Solange 20/03/2013 21:14

Une époque ou je n'aurais pas aimé vivre. Un texte très bien écrit et intéressant à lire.

Lorraine 20/03/2013 16:10

Nous voilà bel et bien revenus au temps des gargouilles, chère Emma,et ton langage fleuri en rappelle les vilenies et les turpitudes. Avec brio!

Loraine

Mony 20/03/2013 15:13

Un bel exercice de recherche de vocabulaire et un plaisir à lire.

ludmilla 20/03/2013 12:04

J'applaudis la belle écriture, la recherche de vocabulaire, le voyage au temps passé et l'histoire passionnante de bout en bout !

Aimela 20/03/2013 10:51

Il n'était pas bon de vivre au moyen-âge

Quichottine 20/03/2013 10:40

J'ai cru me trouver devant l'une des chansons de geste d'autrefois...

Merci, Emma. C'est superbe !

Entre le dire et le faire il y a une marge que Jacotte franchit vivement.

Pauvre enfants !

Mais toute l'atmosphère du Moyen-Âge est là.
Bravo !

flipperine 20/03/2013 10:03

ces gargouilles ont tjs l'air d'être des monstres

jill bill 20/03/2013 08:23

Un retour dans une autre époque, j'adore, merci emma !