Saint Valentin

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pour les Impromptus littéraires

la lettre

  Tu te fous de moi ? dit Jean-Claude en décapsulant une nouvelle bière sur le canapé. Et il me tend le papier que je lui ai remis en arrivant de la gare. C'est quoi ce charabia ?

Je m'assieds et je n'en crois pas mes yeux en lisant ce que j'ai écrit il y a quelques heures :

 

Ecrit composé sur un sujet de dévotion, de philosophie.

On éprouve de l'affection, de l'amour ou de l'attachement pour quelqu'un ou quelque chose, suite à un événement dont on ne peut expliquer l'apparition, et que l'on ne peut prévoir, au cours d'une activité physique ou intellectuelle exercée dans le but de se divertir, par désir de connaître les secrets des autres,

Pour avoir  déchiffré un texte et en avoir compris le sens, les éventualités, dans l'expression donnée par les yeux d'une personne.

 

Et puis, comme dans la partie la plus basse, la plus profonde, la plus éloignée de la totalité formée du conscient et de l'inconscient,

on éprouve pour la totalité formée de son propre conscient et inconscient beaucoup d'affection, d'amour ou d'attachement,

si quelqu’un éprouve pour vous de l'affection, de l'amour ou de l'attachement, on éprouve pour lui de l'affection, de l'amour ou de l'attachement

En raison de l'accord parfait avec celui des cinq sens qui permet de percevoir les saveurs.

 

On se bénit, on règle la note d'un repas.

On divise en plusieurs parts les sons d'une ou de plusieurs syllabes qui ont un sens, qui expriment une idée et sont susceptibles d'être transcrits graphiquement.

On prend manière par répétition

de s'adresser de façon réciproque des sons d'une ou de plusieurs syllabes qui ont un sens, expriment une idée et sont susceptibles d'être transcrits graphiquement.

 

Quand on les a rabâchés pendant une longue durée,

On les rabâche sans faire travailler son esprit, réfléchir, raisonner

Et alors, ô Être suprême, créateur de la Terre, on éprouve de l'affection, de l'amour ou de l'attachement pour quelqu'un ou quelque chose.

Parce qu’on est situé au début de quelque chose.*

 

Mince alors !

Quand je me suis rendue compte tout à l'heure, dans le train, que je n'avais pas le moindre cadeau de St Valentin pour Jean-Claude, j'ai arraché une page de mon agenda pour lui copier un poème de Paul Géraldy, le seul poème d'amour que je sache par cœur. Avec ce que j'avais sous la main, à savoir le stylo dont je ne me sers jamais, mais que je garde toujours dans mon sac en souvenir de Papa, qui était professeur de linguistique à la Sorbonne.

 

Méditation

On aime d’abord par hasard

Par jeu, par curiosité

Pour avoir dans un regard

Lu des possibilités

 

Et puis, comme au fond de soi-même

On s’aime beaucoup

Si quelqu’un vous aime, on l’aime

Par conformité de goût

 

On se rend grâce, on s’invite

À partager ses moindres mots

On prend l’habitude vite

D’échanger de petits mots

 

Quand on a longtemps dit les mêmes

On les redit sans y penser

Et alors, mon Dieu, on aime

Parce qu’on a commencé

 

Papa, dis-je, furieuse, en rangeant le stylo tout au fond du tiroir du bureau, Papa ! Je sais que tu n'as jamais pu blairer Jean-Claude, mais là, tu abuses !

 

 

*Avec la complicité de linternaute.com

 

 

almanito 14/02/2015 09:06

Je suis muette d'admiration devant ton talent, Emma. L'exercice n'était pas facile.
J'achève ici ma balade entre tes pages (pour aujourd'hui), quel début de journée enchanteur.
Merci Emma.

Quichottine 20/02/2012 21:08

J'adore !!!

Un stylo qui décide de ce qu'il doit écrire... il l'a bien fait !

Jeanne Fadosi 17/02/2012 19:54

le poème est magnifique. le décortiquer pour un exercice littéraire ... comme tu le fais si bien, est effectivement très violent pour celle ou celui qui croit à la magie du verbe aimer ...
étranges et intéressants contrastes
belle soirée

Martine27 17/02/2012 09:45

Un fantôme qui se glisse dans un stylo, intéressante idée

Solange 16/02/2012 17:45

Il est "ratoureux" ton papa. Très intéressant et songé ton texte.

Lorraine 16/02/2012 11:28

Et moi je jubile en te lisant, cette façon que tu as de faire écrire le stylo de ton papa, de citer mine de rien Paul Géraldy, d'exprimer la réaction d'un Jean-Claude ahuri, et surtout d'avoir
trouvé l'embrouillamini des mots (dans le sens de la consigne), c'est super! Je n'ai pu aller sur les Impromptus cette semaine, mais je me suis régalée ici... Bravo!
,

valdy 16/02/2012 10:47

Et bien vois-tu Emma, je t'aime beaucoup, par conformité de goût pour P.Géraldy, et pour ton humour -parfois grinçant- qui donne au réalisme de tes écrits, ce regard décalé
Bisou
Valdy

libre necessite 16/02/2012 09:40

Sans doute que pour aimer, il faut s'aimer soi même et dire au miroir je t'aime , sasn réfléchir. Bises DAN

annielamarmotte 16/02/2012 07:39

mais c'est chouette ce poème....

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