petit jeu pour jours sans lumière

Publié le 27 Décembre 2012

 

2 apparition

 

 

Tristan Tzara donnait la recette pour faire un poème dadaïste : découper un article de journal en mots,  les mélanger, puis les assembler au hasard.


A l'inverse, ci-dessous, le jeu consiste, à partir d'un poème de  T. Tzara, à réassembler les mêmes mots, de façon à reconstituer un texte logique.

 

La grand complainte de mon obscurité deux. T Tzara (extrait)

regarde mes cheveux ont poussé les ressorts du cerveau sont des lézards jaunis qui se liquéfient parfois  le pendu  troué   arbre  le soldat  dans les régions boueuses où les oiseaux se collent en silence chevalier astral  tapisseries fanées acide qui ne brûle pas à la manière des panthères dans les cages le jet-d’eau s’échappe et monte vers les autres couleurs

 

 

Essai numéro  1 (déjà publié dans la catégorie "guerre")

 

Boues.

 

Le voilà  dans les régions boueuses, à demi enlisé, soutenu par un arbre nu, dépouillé, défolié par l'acide orange qui brûle ; le voilà enlisé, le soldat perdu, dont les idées se liquéfient au fur et à mesure que son cerveau  s'échappe, lui échappe, sous le casque troué, par un trou tout rond au-dessus de l'oreille, au travers des cheveux qui collent, sont collés par le sang.

- Regarde mes cheveux, Maman dit-il, ils sont sales, ils sont longs, Maman, regarde mes cheveux ont poussé, si longs si sales, jaunis, ils collent, Maman. Les copains gisent en silence la face dans la boue, et le grand Bill se balance dans  l'arbre noir, pendu à son parachute blanc qui tressaute en ressorts quand le vent s'y engouffre, dans l'arbre noir où jadis piaillaient des  oiseaux verts.

Il a soif, le soldat, parfois il voit le jet d'eau sur la place, des cascades. Le soleil ne brûle pas à la manière du soleil, il tape des coups sauvages  au rythme des pulsations de son crâne. Il crie

 - Maman les panthères sont sorties des cages, Maman, au secours, Maman.

Mais Maman est assise en silence à broder ses sempiternelles  tapisseries fanées avec des chevaliers et des licornes.

- Maman insiste  le soldat, contrarié !

Des lézards, des scorpions, des serpents grouillent maintenant et montent à l'assaut de ses jambes.

-Maman ! crie encore le soldat, tandis que son corps astral s'envole vers les autres couleurs…

***********

Essai numéro 2

 

Travaux de printemps

 

Marre des coussins troués,

Des ressorts qui s'échappent des fauteuils

De l'air !

Marre des tapisseries fanées

De ces tons jaunis.

Out, le jaunasse, le beigeasse,

Convoquons les couleurs

Toutes les autres couleurs.

 

D'abord décollons le papier.

Alors Arthur, qui s'y colle

A la décolle ?

 

D'abord attacher mes cheveux

Qu'est-ce qu'ils ont poussé dis donc,

C'est le bon air de la campagne !

Comme ça, en jet d'eau, ils te plaisent mes cheveux

 Arthur, mon roi à moi ?

 

Comment peux-tu bosser comme ça en silence ?

Attention avec le chalumeau

Ne brûle pas la boiserie quand même

Passe-moi le grattoir

Je fais le haut ?

Il faut que  je monte sur l'escabeau

 

Pas étonnant qu'on l'ait retrouvé

Pendu à un arbre

derrière l'ancienne grange

 à la manière d'un épouvantail

le capitaine Flamme

Ce vieux soldat de la légion

Qui habitait la maison

 

Habiter avec ces panthères grisâtres,

 ces lézards adipeux  aux yeux globuleux

hein Arthur,  qu'ils  sont malveillants,

les yeux des lézards ?

( à moins que ce ne soit des salamandres,

comme  dans les châteaux de la Loire)

il y avait de quoi se pendre, vrai !

Bon, l'alcool, l'acide ça aide un peu aussi

Sais-tu Arthur,

(c'est la voisine qui me l'a dit)

 que son cerveau et lui

 battaient la campagne

de conserve les soirs d'orage ?

il courait pieds nus sur la lande

et les régions boueuses près de la rivière

avec un tisonnier

en guise de rapière…

 se croyait chevalier, à ce qu'il parait.

Chevalier astral, le capitaine Flamme,

 n'était pas de notre galaxie…

 

C'est normal, dis, que la colle fasse des grumeaux qui ne se liquéfient pas ?

On va mettre quoi après, sur les murs, Arthur ?

Si on peignait des oiseaux ?

tiens passe-moi le bouquin de Casto :

" pour faire le portait d'un oiseau,  peindre d'abord une cage."

 


Rédigé par Emma

Publié dans #jeux

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Russalka 07/01/2013 09:46

Belle utilisation de ce logorallye, ma préférence va au premier, très cinématographique. Je te souhaite une belle année en écriture, Emma!

Carole 01/01/2013 19:24

Ton premier récit m'a fait penser à la nouvelle d'Ambrose Bierce, "un incident au pont d'Owl Creek". Tu connais ?

valdy 30/12/2012 22:07

Ah mais j'adore ! Tout ..
la poule et l'oeuf
le titre
l'idée
Merci Emma pour ce beau cadeau :-)

Oh ! My Loop ! 28/12/2012 22:35

Un tisonnier en guise de guêpière

Je ne pense plus à demain

Je me demande seulement de quoi sera fait hier...

Loop

Joyeuses Fêtes !

Mony 28/12/2012 15:45

Cet exercice me rappelle quelques souvenirs partagés.
Deux textes très différents l'un de l'autre pour ce jeu de mots. Ma préférence va au deuxième.

Quichottine 28/12/2012 02:51

J'aime beaucoup tes puzzles reconstitués. :)
C'est un exercice pas facile du tout.

Solange 27/12/2012 20:43

C'est une belle réussite bravo.

Nina Padilha 27/12/2012 16:52

Mazette ! Je suis bluffée !
Bravo !

jill bill 27/12/2012 16:44

Sacré beau travail emma ! J'aime bien la recette de Tzara pour faire un poème dadaïste, lol... Je ne connais pas cet auteur ! Merci à toi...

flipperine 27/12/2012 16:25

la dernière phrase avec l'oiseau avec tiré d'un poème