objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

  pour les impromptus littéraires 

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                        On a beaucoup glosé dans les conciles sur la possibilité que la femme ait une âme. Elle ne lui a été accordée que relativement récemment, ce qui explique sans doute pourquoi la femme a généralement l’esprit plus jeune que son seigneur et maitre.

D’aucuns diront même "futile", mais là n’est pas l’objet de notre propos, non plus que ne l'est l’âme des animaux, laquelle fluctue selon qu’on les caresse ou qu’on les déguste avec une sauce aux trois poivres et fleur de thym.

L’objet de notre propos est l’âme de l’objet.

Peut-être conviendrait-il d’ailleurs, en préambule, de distinguer "l’objet" de "la chose", comme le faisait Raymond Devos, regrettant amèrement que l’objet de ses désirs refusât obstinément de devenir sa chose.

La chose est définitivement inerte, asservie, posée sur un guéridon.

Tandis que l'objet manifeste souvent plus de dynamisme, par exemple lorsqu'il cogne les murs et traverse les pièces des maisons dont les habitants ont une puberté quelque peu effervescente. Ou encore lorsque, sous le nom d'OVNI, il affole les radars, quand il ne joue pas les "référentiels bondissants" dans les blagues typiquement EdNat.

Mais je m'égare.

Quoiqu'il me faille souligner encore, non sans quelqu'amertume, que j'ai moi-même commis quantité d’alexandrins moins absurdes que "objets inanimés avez-vous donc une âme", dont pourtant la renommée ne franchira jamais les limites de ce blog, ô combien étroites, quoique planétaires.

Car demander à un objet, dont on surligne la nature inanimée, s'il possède une âme, est à mourir de rire.

LOL.

Déjà, pour "prosopoper" il faut avoir beaucoup de temps libre et s'ennuyer énormément, et/ou avoir l'esprit "qui bat la campagne", pour s'exprimer de façon poétiquement-correcte.

Mais de plus, supposer, même métaphoriquement, qu'une "anima" habite un objet qui en est privé vaudrait peut être de nos jours à son auteur un arrêt pour surmenage intellectuel.

A moins que par "inanimé" le poète entende : "non mu", ce qui exclut de fait les OVNI, les poltergeist, les référentiels bondissants, et autres éoliennes.

Cette hypothèse ne tient pas puisqu'il inclut dans l'ensemble {objets inanimés} : "la fontaine, le toit que le pèlerin aime à voir fumer, et la flamme étincelante du foyer"…autrement dit des objets vibrants, frémissants, jaillissants, donc mus, par une énergie dont il conviendrait d'analyser la nature, qui ne peut être formellement définie comme intrinsèque que dans le cas des poltergeist.

Il faut donc accepter que sous sa plume, (d'oie probablement) "inanimé" signifie réellement : "sans âme", au sens des anciens conciles, ce qui confirme l'absurdité fondamentale du postulat.

A notre époque de lumières, plus personne ne croit au sang figé qui se liquéfie dans une ampoule scellée, aux larmes des statues, aux chirurgiens à mains nues, aux vertus protectrices des fers à cheval.

Pourtant j'avoue, à voix basse, de peur que l'un d'eux m'entende, qu'en effet, je crois à l'âme des "objets". Du moins à l'esprit malin de beaucoup de ceux que je fréquente ou croise.

Certes je fréquente aussi des "choses" on ne peut plus placides, avec qui j'entretiens des relations pacifiques, voire sentimentales, comme la montre à gousset de mon grand-père, ou la tapisserie pourtant angoissante faite par Maman, représentant un cerf aux abois trempant dans une mare, encerclée par des chiens furieux.

Comment expliquer, sans évoquer une malignité de sa part, que mon trousseau de clés, s'il doit tomber, ne le fait pas avec modestie et retenue sur le trottoir, mais rebondisse sur le pavé, jusque sous la voiture, m'obligeant à un plat ventre et des contorsions du plus bel effet dans une rue passante, quand il ne glisse pas carrément sous la grille d'évacuation ? Que le pot douze tasses de ma cafetière néglige de se positionner sous le distributeur de café, permettant à celui-ci de cascader gaiment du plan de travail au sol, un soir de réception ?

Quoi d'autre que leur esprit malveillant pourrait avec tant de constance faire attacher mes poêles, déborder mes casseroles ?

Que penser du moteur de cette voiture que j'eus, qui ne consentait à se couper que par le bouton de la radio ?

Et tenez, les caténaires, à qui je n'ai jamais rien fait, et dont j'oublie régulièrement le sexe au point de le chercher à l'instant encore dans le dictionnaire. (Eh oui, une âme, donc pourquoi pas un sexe, le temps qu'on y est ?). Eh bien il suffit que je prenne un train au long cours, pour qu'à 400 kilomètres en aval, les caténaires décident de chuter, par solidarité avec le mal-être de certaines catégories de personnels, rien que pour me nuire, j'en suis persuadée.

Une année, j'ai cru souffrir d'acouphènes. Acouphènes un peu particuliers, puisqu'ils étaient assez mélodieux, bien qu'aigrelets, et ne se manifestaient que de jour. Une sorte de courte mélodie cristalline.

Jusqu'à ce que mon entourage se mette également à les entendre, mais uniquement en étant près de moi. Quelqu'un lança l'hypothèse d'une interférence radio par le biais d'un plombage dentaire, extravagance qu'il avait lue dans "ça me passionne". Peu à peu la famille se fit à l'idée que j'étais plus ou moins “possédée”, sans d'ailleurs en être le moins du monde étonnée, ce qui ajouta à ma perplexité.

En sortie, quand la musiquette se faisait entendre, je prenais un air dégagé pour demander "tiens, vous avez un appareil qui couine par ici ?" Si les enfants étaient présents, l'un d'eux ne manquait pas de lancer :

"ce n'est rien, c'est maman qui sonne !"

Il a fallu des mois pour que je comprenne l'origine du phénomène, lorsque je décidai de ranger mon sac : un gadget, dont j'avais carrément oublié l'existence, avait glissé dans la doublure du dit sac. Un cadeau de ma sœur qui l'avait acheté quelque part en Asie, une sorte de petite carte électronique, qui émettait à intervalles irréguliers des signaux musicaux sans doute en relation avec des rites locaux…

Ainsi conclut la raison, parce que je reste persuadée que cette carte était venue du bout du monde spécialement pour me tourmenter.

almanito 26/03/2016 11:50

Irrésistible Emma. Un pépite de finesse et d'humour ciselée sur le ton du sérieux dans une écriture superbe.

Ricoxy 24/06/2013 08:30

Dieu a créé l'homme à partir de la glaise, et lui insuffla la vie. L'homme crée des objets à partir de tout, mais ne leur insuffle pas la vie.

Il s'en manquerait peut-être de peu que tout ce qui est « fait de main d'homme » s'anime, tel le balai de l'apprenti-sorcier dans Fantasia de W. Disney. Un peu de magie, S.V.P.

Ricoxy 24/06/2013 08:20

Ce n'est pas à un concile, mais à un synode que fut débattue la prétendue question de l'âme de la femme. Grégoire de Tours rapporte qu’au synode de Mâcon de 586 on se demanda si la femme pouvait
continuer à être appelée « homo » (homme, être humain en latin). Mais la fameuse question « Habeat mulier animam ? » (la femme a-t-elle une âme ?) ne fut jamais débattue à ce synode. Il s’agissait
tout simplement de donner un pendant féminin à « homo ». Un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée « homme » (homo). Il proposa de créer un terme qui désignerait la femme,
et la femme seule. Ce ne fut donc qu'une simple question de mots.

Déclic Photos 22/03/2013 17:57

Belle écriture, la question est vaste mais il est certain qu'il faut savoir s'arrêter pour sentir les vibrations qui nous entourent. Les objets que nous aimons sont en connexions direct avec note
état d'âme.
Bonne soirée
Amicalement
Roger

valdy 22/07/2012 08:45

Si nous pouvons nous lier aux objets qui ont une histoire, je préfère les histoires que tu nous ficelles...
Merci Emma pour ton écriture toujours pertinente,indéniablement belle et au second degré parfois amer.
Dans ton écriture, je me retrouve :))
Belle journée à toi,
Valdy

Miche 08/07/2012 05:30

Le bois, la pierre, la terre, le verre, le fer, et tant d'alliages, et de connections électriques, lolll, ça fait du monde pour un monde jamais inanimé.
xxx

Solange 03/07/2012 04:15

Un texte humoristique et convainquant. Bien sûr que les objets ont une âme,celle qu'on veut bien leur prêter.Bravo.

Carole 01/07/2012 16:54

C'est sûr qu'ils ont une âme ! La nôtre... parfois un peu tourmentée...

MD 30/06/2012 19:18

Grandiose ! Moi je crois que les objets ont l'âme que nous leur donnons...non ?

Mony 30/06/2012 14:19

Ils ont la part d'âme qu'on leur prête. Ame damnée ou angélique c'est selon l'humeur-humour du moment.
Bel exercice !

Martine27 30/06/2012 11:52

Je pense que certains objets ne sont, en effet, pas totalement inanimés, faut se méfier parfois

Quichottine 30/06/2012 09:36

Eh bien, tu fais fort !
Une superbe dissertation en mode humour qui me plaît beaucoup !

J'ai toujours cru que les objets étaient doués, non de raison, mais d'un petit quelque chose en plus qui en faisait plus que de simples compagnons de vie, même si le plus souvent ils se contentent
de se soustraire à mes regards lorsque j'ai besoin d'eux. :)

Passe une belle journée. :)

aimela 30/06/2012 09:31

Bien sûr que les objets ont une âme surtout ceux qu'on aime, les autres peut-être aussi mais ces âmes se font discretes , peut-être qu'elles n'ont rien à dire

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