Novembre, selon Alexandre Vialatte

 

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Novembre commence mal et continue en pire. Il s'ouvre sur la fête des morts, journée austère et désolée, et continue par les pluies noires, le froid, la nuit. Les chrysanthèmes pourrissent, et les souliers prennent l'eau…

Le temps généralement sinistre de la première quinzaine se modifie dans la deuxième pour faire place à un temps plus noir, plus glacial et plus désolé…

En novembre, l'homme va dans les théâtres, en groupe épais, regarder des princes fous qui assassinent leur famille, des dames âgées qui contrarient des rois barbus, et des navigateurs qui chantent dans la tempête, des vieillards qui font surgir le diable juste au milieu de leur cabinet de travail, des guerriers vêtus de fer, des dames vêtues d'un rien.

L'homme adopte le caleçon long qui fait le mollet majestueux et donne au mâle l'air du poète François Villon. Il s'en fait d'unis ou de rayés qu'on trouve dans les grands magasins. On prendra de préférence un tissu qui prête peu pour préserver la dignité de la silhouette. Si malgré tout le fond tombe un peu bas, on tâchera, plutôt que de le porter comme une maladie honteuse, de se rappeler que le caleçon long a fait la force des armées. Le caleçon long a gagné Verdun.

Ainsi armé contre la  nature, l'homme traverse novembre à pied sec.

Il y rencontre la Sainte Catherine qui le séduit par ses serpentins. Célibataire écervelé, il danse jusqu'à une heure tardive avec de frivoles midinettes qui le coiffent de moulins en papier. Il leur promet monts et merveilles. Ils partent pour le bout du monde, ils atterrissent à Montparnasse. L'homme se réveille entre un bigophone en forme de vipère et un polichinelle en son. Il se demande pourquoi 15 fiancées de 25 ans le somment de tenir ses promesses. Il s'en va dans une ile déserte. Il y finit lamentablement.

Alexandre Vialatte, Almanach

 

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Ziggie 08/03/2012 16:13

Je visite, fais pas attention...

J'ai lu "Bestiaire" de Vialatte, un régal.

C'est ainsi que je me suis aperçue que Pierre Desproges (... ait son âme, je l'aimais le bougre) s'en était pas mal inspiré.

Lorraine 14/11/2011 17:51


J'ai adoré ce mois de novembre en caleçon long! Merci, Emma, de ressusciter Vialatte que je ne connaissais pas mais qui semble avoir une belle imagination, une imagination dont j'aime la folie!


valdy 10/11/2011 21:16


Formidable ! Cet humour désabusé me touche,
Je n'ai jamais lu Vialatte. Emma, tu me donnes envie de le lire, Merci
Valdy


Solange 09/11/2011 21:28


Pauvre novembre le mois de toutes les déprimes, pourtant ici nous avons eu de très belles journées, mais on sait que ça achève et qu'il faudra les sortir nos culottes à grands manches.Joli texte.


Dan 09/11/2011 16:56


Même dit de façon aussi élégante, un mois de novembre .... çà reste un mois de novembre. Bises Dan


Mony 09/11/2011 16:15


j'adore la poésie du calecon long...


Quichottine 09/11/2011 15:13


Je ne l'ai pas lu...
Mais je sais qu'il est impossible de tout lire.

Je me demande toutefois ce qu'il fera de décembre...


Nina Padilha 09/11/2011 13:34


Des clichés et quelques vérités.
Où est la poésie de l'être, dans tout ça ?


louv'opale 09/11/2011 11:51


Il a bien fait de partir sur son île déserte ; Décembre est pire avec ses orgies...
Joli texte, Emma.


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