N'oubliez pas le guide...

N'oubliez pas le guide...

(image pictozoom)

- Nous arrivons donc dans la salle la plus passionnante du musée Braunschild. La salle Blomberg, dite aussi la salle ronde, consacrée à Charles Markus Emmanuel Blomberg, dit Yann, neveu de Caroline de Braunschild, mécène de ce musée, et  épouse du précédent ministre de la culture.

Charles Markus Emmanuel Blomberg  fut un artiste météore, qui voua seulement quatre  mois de sa vie à la peinture, avant de fonder le  groupe  de rap tubulaire  "glauque néant".

On se prend à rêver aux oeuvres picturales  qu'il aurait pu encore donner à l'humanité, si une cure de désintoxication n'avait tué dans l'oeuf sa vocation.

Hélas, il laisse seulement quatre tableaux.

Mais quels tableaux !!!!

 

- En effet, Monsieur, on ne voit rien.

- Comment Madame, vous êtes claustrophobe ? Laissez-moi vous guider vers la sortie.

- Non Madame, je ne profite pas de l'obscurité.

- Marcel, c'est quand tu veux pour le  projo !

 

Je perçois votre surprise : le mur est nu, et noir. Conformément au vœu de l'artiste, les  oeuvres sont accrochées au plafond, vous pouvez donc vous installer dans les transats que je vous désigne avec ma pile. 

Tout le monde est allongé ? Bien.

Cette scénographie voulue par Blomberg symbolise l'art planant au dessus du vide de nos existences.

Ce n'est pas la seule originalité de cet artiste exceptionnel : de même que la salle est ronde, vous pouvez constater qu'aucun de ces tableaux n'est rectangulaire, Blomberg haïssait les angles.

Au centre, l'œuvre majeure de l'artiste : "la petite baigneuse". Il s'agit d'un anneau d'un diamètre de 2 mètres, entièrement vert sombre.

Entièrement vert sombre croyez- vous ?  Regardez bien, il y a un tout petit point blanc.

 

- Marcel, plus haut, le projo !

 

Il s'agit d'une amibe. La petite baigneuse est en fait notre ancêtre, la petite baigneuse des origines de la vie, qui flotte dans l'océan primordial dont la forme en anneau figure le temps, d'un temps qui n'aurait  ni début ni fin. Notons qu'à l'époque l'artiste se proclamait "seigneur des anneaux".

 

D'une toute autre facture est le tableau qui fait suite au précédent dans la chronologie de l'œuvre. Il s'agit de "la fugue du violon" que vous avez peut être du mal à distinguer : il est évident qu'un  violon qui a  fugué n'est de facto plus visible.

 Ne reste que son étui que vous ne pouvez pas voir non plus, puisqu'il se situe au fond du puits où il s'est jeté par désespoir ;  mais le puits est nettement évoqué par sa margelle.

 

- Marcel, redresse !

 

Le petit cercle argenté d'environ dix centimètres au centre de l'anneau de la petite baigneuse, est en effet la margelle du puits où repose pour l'éternité l'étui du violon.

Les plus grands psychanalystes se sont penchés sur cette œuvre dérangeante. Dans le numéro spécial de "Gala" consacré aux artistes à particule, Gérard Miller croit en trouver la racine dans l'horreur que Charles Markus Emmanuel conçut enfant pour  la décoration de sa chambre au  château de R. Il s'agissait de tableaux de Chagall dont les  violonistes hantèrent longtemps ses cauchemars.

 

"Ecarlate", que le projecteur illumine maintenant, est encore plus énigmatique. Les replis de ce gigantesque boudin rouge peuvent tout aussi bien évoquer une flaque de sang, ou des boyaux, qu'un fantasme de bouche siliconée.

Hélas, Gérard Miller n'est pas encore parvenu à  la période rouge de Blomberg.

 

Le dernier tableau exprime toute la violence de  la fin de la courte carrière de l'artiste : JAMAIS PLUS. Il s'agit d'une page de son agenda écrite au crayon bille bleu, marouflée sur assiette en bois de la forêt noire. L'émotion à l'état pur.

Je vous laisse savourer encore quelques minutes avant de rallumer la lumière ; après  quoi vous pourrez parcourir librement la  roseraie et le jardin de simples.

N'oubliez pas le guide s'il vous plait."

 

Alain 11/11/2016 10:05

Cela me fait penser, en moins littéraire, aux explications alambiquées que certains artistes contemporains se croient obligés de fournir pour expliquer l’œuvre unique et si originale qu’ils ont produit après énormément de travail, de longues périodes de doutes, et, enfin, l’arrivée du jaillissement intérieur de la création.
Merci pour ce bel article.

Solange 06/05/2015 00:37

Le guide mérite bien une récompense après cette belle description.

Jeanne Fadosi 05/05/2015 16:28

bravo pour ce morceau d'un réalisme même pas outré ... avec les transats ils fournissent les couvertures au moins ?
belle fin de journée

Gérard 04/05/2015 23:17

ta photo est magnifique et mystérieuse comme une boule de cristal

Quichottine 03/05/2015 18:01

Le guide fait ce qu'il peut...
Je crois que certains tableaux sont décidément bien difficiles à appréhender. Mais ta façon de raconter me plaît et la photo est superbe !
Passe une douce soirée Emma.

almanito 03/05/2015 10:07

J'ai oublié de te dire que ta photo, par contre est une pure beauté. Voilà.

Mony 03/05/2015 09:59

Hé, hé ! quand on y pense, la réalité est encore "plus pire" en matière d'art devant lequel nous devrions nous pâmer....

almanito 03/05/2015 09:54

Très drôle, on s'y croirait, même pas caricatural.
L'art est tellement évident, n'est ce pas, quand on a déjà un nom et le fric pour exposer. On peut vendre n'importe quoi, c'est pas Gérard Miller qui dira le contraire.
Et Marcel, dans tout ça, qui s'en fout!
J'ai encore pleuré de rire Emma, oh merci.

Aimela 21/02/2010 10:58


Je ne sais pas si je ne vais pas mieux aimer la roseraie tout compte fait et pourtant, tu sais à quel point j'aime la peinture ( rires) Bises


Solange 22/11/2009 19:49


Ton récit est captivant, mais je reste sur ma faim, je manque d'imagination pour tout voir.


abeilles50 22/11/2009 18:19


Bonsoir Alinéa,
J'aurais aimé voir ces oeuvres énigmatiques...
Difficile d'imaginer sans les voir ! lol
Il semblerait que ce soit de l'Art contemporain ?
Si c'est le cas, il y a du bon, et du très mauvais...
Bonne soirée. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz


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