lettre

 


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          Si tu lis ces mots, c'est que tu as trouvé la lettre que je vais  glisser à côté de ton billet de train. Il est probable que pendant que tu es dans le TGV qui te ramène à Paris, je suis à rassembler mes affaires devant un lit défait.

En pleurant, je suppose.

Ô mon amour, mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour, c'est fini. C'est la dernière fois. Jamais plus.

Je tranche dans le vif, amputation sans anesthésie. J'ai demandé ma mutation pour l'agence de Rennes, je pars la semaine prochaine.

Nous ne vieillirons pas ensemble. Mais cela tu le savais, n'est-ce pas, depuis le début ? Je ne t'ai jamais demandé d'abandonner ta famille. Je n'aurais rien pu construire  sur le malheur des enfants.

Je ne veux pas devenir collante, puis larmoyante, que peut être tu finirais par voir par pitié. Notre histoire n'est pas un voyage au long cours, laisse-moi en faire une croisière flamboyante.

Tu m'as souvent reproché de mettre ma vie en scène, de faire de la littérature avec le quotidien. C'est vrai. Je veux que notre histoire reste parfaite, un souvenir que nous garderons comme un joyau au fond de nous, intact.

Tu regardes le paysage défiler à toute vitesse et tu as mal. Un mal de chien, j'imagine. Tu te feras consoler. Il y a toujours des femmes pour consoler les hommes. C'est ainsi. Et c'est bien.

Je sais en écrivant ces mots, comme je saurai demain, en regardant un lit défait, que la plaie en moi restera béante, comme ces crevasses d'après séisme, qui laissent la terre poignardée. Mais je continuerai, et j'aurai moi aussi des enfants. Ils n'auront pas comme toi cette mèche rebelle et les paillettes qui s'allument dans tes yeux quand tu ris. Mais je les aimerai tendrement, doucement ; et quand ils m'auront abandonnée à leur tour, je vieillirai, parce qu'il faut bien vieillir, avec ton souvenir.

Tu te rappelles comme j'ai pleuré au cinéma en entendant " Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest "? Tu t'es moqué de moi, te souviens-tu ?

Tu es mon nord, mon sud, mon est et mon ouest. Des collègues parfois me parleront de toi.

Et je dirai de toi qui fus ma vie,

de toi qui fus ma force et ma douceur :

"comment va-t-il ?"

N'appelle pas.

 

(avec la complicité  de J Brel, W. Auden, et P. Géraldy)

 

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Jean-Pierre 24/09/2010 10:50


Triste comme un rupture mais beau à la fois comme cette lettre !


Lyly 21/09/2010 06:20


Bonjour Emma
Eh oui, il est aussi des lettres de rupture, c'est un joli choix aussi et tu l'as bien mené !
Bravo à toi, tu as bien exposé la situation et as su y mettre tous les sentiments contradictoires que cette situation fait naître
Belle journée, Lyly


Solange 21/09/2010 02:49


Un défi bien relevé. Les séparations sont toujours difficiles, mais de rester n'est pas facile non plus.


Tricôtine 20/09/2010 21:47


une lettre de rupture pour le moins inattendue pur se terminer en déclaration d'amour !!! c'est beau mais ça pique fort !!! merci Alinéa pour ce poignant moment ! bonne soirée


Mamie Claude 20/09/2010 18:28


Je viens faire plus ample connaissance avec toi. Ton blog est un enchantement, défi 38 bien émouvant chez toi aussi. Suis en pleins travaux et peu de temps sur l'ordi, mais je reviendrai avec grand
plaisir.


Sissi 20/09/2010 17:34


Quelle belle lettre... de rupture certes mais pleine d'amour. Les choix de vie, les choix d'amour ne sont pas toujours évidents et peuvent parfois faire souffrir. Belle participation au défi.
Bonne soirée


rouergat 20/09/2010 16:48


Bonsoir Alinea
Belle lettre de rupture un peu triste
Bonne semaine
Cordialement


Eglantine-Lilas 20/09/2010 15:24


alala les chagrins d'amour...mais peut on se priver d'amour de peur d'avoir un jour des chagrins ? non certainement pas...il reste après les doux souvenirs au fur et a mesure que le coeur se
cicatrise.
merci pour cette belle lettre, triste certes mais plus vrai que nature...


sophie 20/09/2010 15:05


Difficile ce choix si douloureux...Que tes mots sont riches Emma.


daniel3 20/09/2010 14:09


Triste !
triste de se séparer d'une personne que l'on a aimé
Très belle lettre " Tu es mon Nord..." mais que je n'aimerai pas recevoir - Amitiés - daniel


Loona 20/09/2010 13:23


Je suis touchée par cette lettre de rupture.
Cette femme a fait le choix de partir quand leur amour ne devienne douleur. On ressent son attachement malgré sa décision. Bravo, et merci


aimela 20/09/2010 10:39


Quelque fois, il faut trancher dans le vif même si cela fait très mal,cela finit par cicatriser, c'est mieux que des douleurs qui n'en finissent pas de suinter. Très beau texte. Bises


Nina 20/09/2010 08:18


Une rupture est toujours pathétique.
Et quand elle annule des rêves, c'est pire.
Bisous !


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