Les yeux d'Elsa.

pour Miletune

 

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Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,

Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,

Et qui le regardait dans l'ombre fixement *


 

Elsa disait : je n’aime pas les chats, parce qu’ils ne m’aiment pas.

Ils n'aiment personne.

Ils cherchent à le cacher, mais c'est le feu des maléfices de la vieille Egypte qui brille au fond de leurs prunelles mystiques, d'or, d'opale, ou lapis-lazuli.


 

Elsa disait encore : dans des vers à douze pieds, à la rime bancale, je me suis noyée dans ses yeux un nombre incalculable de fois.

J'ai cru que j'étais poète.

Mon œil.


 

Pour ses beaux yeux (l'étaient-ils ? je suis si myope) je me suis fait l'œil de biche, et je me croyais belle.

J'ai pleuré mon rimmel, car il louchait ailleurs.


 

J'ai chanté la beauté des yeux de vache.

Car j'étais un peu folle.

Alors on m'a regardée de travers, en se demandant si c'était du lard ou du cochon. Pourtant, quoi de plus beau et doux que le velours d'un œil de vache, avec ses cils immenses ? Un œil brun et si calme où l'on ne peut se noyer.


 

J'ai pleuré la candeur qu'on tue dans les yeux d'un enfant, j'ai raconté les yeux injectés de la colère, les yeux fous de la haine, les yeux fous des fous. Et même les yeux fixes dans le faisceau des phares qui grossissent.


Je me croyais intéressante, même parfois utile.

 

Je disais que ne voulais pas peindre des yeux, mais des regards, parce que les yeux sont la porte de l'âme.

Car je me croyais peintre.


 

Et puis elle dit : et maintenant que je n'y vois plus guère, il me reste, au moins, mes yeux pour pleurer.


 

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre

Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,

L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn *


 

* V. Hugo, la conscience. 

 

 

Nais' 08/11/2012 15:11

Que d'yeux, que d'yeux ! C'est excellent, et un peu triste aussi...

valdy 19/10/2012 20:40

C'était donc toi Elsa... car tu es tout cela à la fois, je le sais, je le sens. Et tu es peintre, et les yeux des vaches ont le plus beau des veloutés (seul regret, tu ne seras pas un peu folle).
Et je ne peux croire que tu n'aimes pas les chats ;-)
J'ai adoré ce texte à la beauté surréaliste,
Merci Emma

Lorraine 15/10/2012 17:59

Tes mots font naître des souvenirs, des images, des poèmes et Aragon puisque les yeux d'Elsa étaient si beaux,dit-on.Et qu'Elsa rôde ici, avec Victor Hugo et des réflexions sur les chats aux si
beaux yeux; Et des réflexions surgies sous la plume qui nous ramènent à "la candeur qu'on tue dans les yeux d'un enfant"...Des yeux de toutes les couleurs, chère Emma, qui désorientent et charment,
tant y est sous-tendu le mystère de la vie. Des vies.

flipperine 10/10/2012 23:16

et dans les yeux se cachent beaucoup de choses

Quichottine 08/10/2012 22:01

J'aime énormément.

Aragon et Hugo... et, quelque part, entre eux deux, une vérité qui se cache sous les mots, juste pour ceux qui lisent jusqu'au bout des liens.

Passe une douce soirée.

louv' 08/10/2012 14:53

Je viens de jeter un oeil ici : excellent !

jill bill 08/10/2012 07:59

Bonjour Emma... Merci pour ton regard sur ces yeux, tous ces yeux...

Nina Padilha 08/10/2012 07:36

J'ai failli devenir aveugle.
Mes yeux sont devenus essentiels.
Bisous !

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