Les gentils.

pour Miletune, d'après une photo de Gérard

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J'irais bien, quand même, il se dit.

C'est cher, mais je peux me le payer, avec le rappel de pension que je viens de toucher.

J'le r'verrais bien encore une fois, le Mont St Michel.

 

Elle adorait le Mont, Marceline, malgré la foule ! On lui avait volé son sac, la dernière fois ! Quelle partie de rigolade ils avaient eue en pensant à la tête du voleur découvrant toutes ces coquilles de moule qu'elle avait ramassées pour décorer ses pots de fleurs !

 

Ah oui, le Mont c'est bien, mais c'est deux jours, et Gabin, il aime pas rester tout seul la nuit, il va encore hurler, et j'suis pas sûr qu'on accepte les clebs dans le car.

Chambord c'est sur la journée, et le marais poitevin aussi, mais ça me plait moins, c'est le Mont que je voudrais revoir.

 

Il n'attend pas d'approbation des Gentils.

Ils l'accompagnent, comme d'habitude, depuis qu'il est tout seul, mais toujours silencieux. Exactement comme ils sont sur la photo de l'article du "canard de l'ouest" que Marceline avait soigneusement découpée, et qui date du jour de 69, quand Monsieur le Comte, qui voulait se faire élire député, était passé sur le marché.

Il pleuvait à cordes, le jour de la photo, et Maman et Marceline avaient mis leur ciré blanc à capuche de poissonnières ; l'oncle Claude, le garde champêtre qui veillait sur le marché, est au premier plan avec sa casquette.

Derrière, il y a presque toute la fanfare venue saluer le futur ex candidat : Monsieur Martin, l'instituteur, trompette, Monsieur le curé, tuba, gros Jojo le boucher, tambour, Papa, clarinette tout au fond, à côté du marchand de légumes, grosse caisse.

Que des Gentils. C'est comme ça qu'il avait décidé de les appeler. Et tous toujours rangés pareil, comme sur la photo du journal.

 

Depuis cinquante ans qu'elle l'enfermait dans sa tendre prison, ça ne l'avait pas étonné le moins du monde d'entendre Marceline lui dire, alors même qu'il se préparait à aller l'enterrer : "mets ta laine, mon Bébert, tu vas encore m'attraper un rhume "

Et juste après, les Gentils s'étaient rangés derrière lui, et ne l'avaient plus quitté depuis.

 

Et s'il demandait à la petite Suzon de garder Gabin pour une nuit ? pt'et bien qu'il pourrait y aller pour de vrai, au Mont St Michel…

 

midolu 16/04/2015 08:26

Merci Emma, pour cette touchante interprétation, et pour le lien qui mène ici ...
Le Mont, je n'y suis allée qu'une seule fois.
Bonne journée.

Lorraine 05/06/2013 19:34

Ce n'est qu'à la fin qu'on découvre l'enterrement. Mais ce qui est supputé dans le monologue dévoile sans qu'on y pense, ces réflexions de veuf libéré d'une "tendre prison"...le Mont St Michel,
pourquoi pas, il peut se le payer...même si Gabin n'aime pas rester deux jours seul...
Excellent comme toujours, chère Emma!

valdy 04/06/2013 16:06

Bougons ou tendres, simples ou tordus, tes personnages décrits en si peu de lignes sont toujours attachants ... mais comment fais-tu ?

flipperine 01/06/2013 00:33

j'espère que son rêve se réalisera

Solange 31/05/2013 21:31

Je vais le garder moi Gabin, réaliser un rêve c'est tellement bon. Bonne fin de semaine Emma.

Nina Padilha 31/05/2013 15:24

J'ai un souvenir heureux du Mont quand j'y suis allée avec mon mari...
Bisous !

Quichottine 31/05/2013 13:59

C'est très touchant... j'adore !

J'espère de tout coeur qu'il gardera ces "gentils" qui continuent à ne pas le laisser seul.

Passe une douce journée, Emma.

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