table d'orientation

terre.jpg 

 


ici  ****** le tiroir aux photos 

  ici @@@@ la galerie des peintures


  les liens vers les animations  sont >>> ici 


  ici des poèmes en version audio 


Boutique ici €€€€€
Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 13:05

 

incendire.jpg

 

En Septembre, il eut une rémission.

Elle se reprit à espérer.

Car l'espérance est violente.

Il descendait au jardin, s'enquérait des fruitiers qu'il faudrait élaguer, des rosiers à attacher plus serré sur la tonnelle. Il restait de longs moments à regarder les oiseaux se chamailler.

Il souriait de la voir à nouveau coquette et enjouée.

On eût dit que le bonheur était revenu.

Un matin, il dit qu'il voulait retourner au Chemin des Dames. Elle demanda si ce n'était pas un peu tôt, s'il ne valait pas mieux attendre que les forces lui soient bien revenues.

Il dit que c'était maintenant, parce qu'on était en septembre, que c'était le 23 septembre que son père avait été tué là-bas ; il voulait voir le ciel comme son père l'avait vu ce jour-là.

Avant d'être pulvérisé près du bois de Blée.

Avant d'être emmené vers la ferme de D. , sur un tombereau, dans une bâche, mêlé à la bouillie de ses camarades.

 

Alors ils y allèrent.

Il dormit presque tout le temps pendant les trois heures de route.

Ils étaient venus plusieurs fois à Blée et connaissaient bien la campagne riante et vallonnée, qui n'avait rien à voir avec les tragiques cartes postales sépia qu'il avait dans son album.

Mais le ciel était le même.

Elle engagea la voiture dans le petit chemin près du bois. Pendant qu'elle cueillait quelques campanules sur le bas-côté, il s'appuya contre la voiture et regarda le ciel. Un ciel avec des petits nuages blancs immobiles, très haut, en attente.

Arrêt sur image depuis le 23 septembre 1914.

Il n'eut pas assez de forces pour monter la pente qui conduisait au petit cimetière où une plaque décatie honore ceux qui se trouvent là, intimement unis malgré eux dans une fosse commune. Elle y déposa les campanules.

Il avait vingt-cinq ans ! dit-il, tu te rends compte que je pourrais être le grand père de mon jeune Papa ?


Il ne voulut pas rester à l'auberge comme elle avait prévu.

Je veux rentrer chez nous, s'il te plait.

La nuit était noire quand ils arrivèrent.

Il frissonnait et se laissa mettre au lit, sans grommeler comme il le faisait d'habitude.

 

Il faudra, dit-il, que tu me conduises demain à Dancourt, je voudrais revoir mon école. Je voudrais voir s'il y a toujours le marronnier dans la cour.

Pardonne-moi, Marie, Dieu sait que j'ai aimé chaque minute que j'ai passée avec toi, mais sous ce marronnier, le monde était à moi...

Comme chaque soir, elle lui tint la main jusqu'à ce qu'il s'endorme.

 


Par alinea - Publié dans : romanesque - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

L'embellie avant la nuit, l'éblouissement devant la vie qui transforme en philosophe, celui qui sait qu'il va mourir. Un très beau texte Emma, qui rappelle aussi le besoin que l'on a de revenir sur les lieux rêvés de son enfance et ce, à tous les âges de la vie. Quand le romanesque touche le coeur du réel comme ici, c'est de l'émotion pure en forme d'hommage à la vie,
Merci
Commentaire n°1 posté par valdy le 11/02/2012 à 13h55
Avec l'âge ces voyages se font avec à l'esprit l'idée que ce sera le dernier. Même en pensée aura t on une occasion de revenir. Bises Dan
Commentaire n°2 posté par libre necessite le 11/02/2012 à 15h06
Comme c'est émouvant, tout ça.
C'est comme dire adieu aux choses avant de partir...
Parce qu'on sait qu'on va partir et qu'on ne reviendra pas.
Emporter des images, encore une fois...
Commentaire n°3 posté par Nina Padilha le 11/02/2012 à 15h21
Si ce texte est beau et émuvant, je suis en admiration devant ta toile, elle est magnifique et cadre très bien avec ton texte
Commentaire n°4 posté par aimela le 11/02/2012 à 17h54
Quand on sent que l'on va bientôt partir pour le grand voyage, je crois que les images du passé reviennent très fortement. Très beau texte.
Commentaire n°5 posté par louv' le 11/02/2012 à 18h53
Une harmonie profondément triste entre le tableau et le texte écrit dans un style d'une pureté de cristal. Pas un mot de trop, juste ce qui doit être dit et ce que l'on doit taire. C'est bouleversant! Ta maîtrise de l'écriture est toujours absolue et belle. Je t'admire!
Beau dimanche, chère Emma/
Commentaire n°6 posté par Lorraine le 11/02/2012 à 18h57
mais elle sait tout faire!!!!!!!!
Commentaire n°7 posté par annielamarmotte le 13/02/2012 à 18h13
Un dernier regard sur ce qui a marqué la vie, j'imagine qu'on y passe tous quand la fin approche. Un texte rempli de sensibilité. Bravo.
Commentaire n°8 posté par Solange le 13/02/2012 à 19h37
Je suis émue... très.
Commentaire n°9 posté par Quichottine en pause le 14/02/2012 à 09h38
Bonjour Emma,

Je suis très émue par ton magnifique texte. Car vois-tu, la veille de sa mort ( brutale, sans crier gare, en quelques secondes)mon père est resté à contempler la pluie qui tombait dru et bien droit. Il l'admirait, respirait le parfum de la terre humide, des feuilles. Il communia avec la nature pendant un grand moment... un peu comme cet homme qui sait qu'il dit adieu ...
Merci pour ce beau et émouvant partage

Bises
Martine
Commentaire n°10 posté par Martine/Arabesques le 14/02/2012 à 17h45

Présentation

  • : le blog d'Emma
  • : mots, images, et sons........ histoires inédites en tout genre, illustrées par des photos et peintures personnelles (sauf exception signalée, quand le texte répond à une consigne image extérieure )
  • Partager ce blog

actu permanente

au passant égaré

au passant égaré... 


 C'est à dire toi, que Google a guidé jusqu'ici, parce que tu lui as demandé  "soubrette de charme", ou encore "grosses fesses", pour ne citer que les émanations les plus poétiques de tes promenades nocturnes sur la toile...

Sache que je ne peux rien pour toi, et j'en suis désolée.

Certes tu trouveras peut être ici, si tu veux te donner beaucoup de peine, (mais je pense que ta quête est beaucoup plus urgente), quelques allusions libertines, mais vraiment à dose homéopathique, pour ne pas dire subliminales. (Pense quand même à effacer l'historique de navigation  au cas où ta Maman aurait la malencontreuse idée d'aller  jeter un œil sur tes révisions de bac)


Mais puisque vous êtes là, viendez donc prendre un petit verre, c'est la maison qui offre !

 

Derniers Commentaires

Rechercher

ouvrages disponibles

 

cou couv-products-68417-copie-3

320 Image1-copie-3

 

dans la boutique >>>>>>ici

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés