La vengeance d'une blonde

                                                    statuette 

 

            Il n’a pas tout de suite compris d’où venait la voix….

Il faut dire qu'il est très occupé. Il voudrait finir sa " femme femme" pour la fête des mères. Mais il n'est plus trop sûr, finalement,  de vouloir offrir son chef d'oeuvre à Marie Hélène.

Il faut toujours qu'elle critique : "la hanche gauche est trop haute, le sein gauche plus petit... et pourquoi tu fais une grosse, toi qui n'aimes que les anorexiques ?"

Elle ne comprend rien à l'art.

Surtout au sien.

Parce qu'elle avait eu l'air de rudement apprécier les  croûtes de ce bellâtre de Pierrick Lavanec, au vernissage du centre culturel samedi dernier. Trente toiles du phare de Ploergen, tu parles ! Sous toutes les coutures ! de loin, de près, du dessus, dans la brume, à l'aube, dans la tempête ! On dirait une compil météo ! Et vas-y que je te tartine l'acrylique à la truelle, turquoise et marine, "oh, très chère, tellement original!"

Il rectifie la hanche.

Bon, après tout, il peut donner "femme femme" à Tante Bea.

Vu que ce crétin de maire ne veut pas exposer ses statuettes au centre culturel. " ça ne tiendrait qu'à moi, Régis, j'aime beaucoup ce que tu fais, mais le comité, tu comprends..."

Eh oui, il comprend, que c'est encore une affaire de politique.  

C'est sûr que militer dans l'opposition verte et déverser des brouettes de fumier devant la mairie n'a pas avancé ses affaires auprès du comité ...

Tante Béa sera ravie. Elle lui dira  "oh mon petit, comme tu es gentil, tu m'as encore fabriqué une petite dame sans vêtement. Mais tu  sais, j'aime bien aussi le chocolat".

Tante Béa l'avait prévenu quand il lui avait présenté  Marie Hélène. "Méfie-toi des prénoms composés, mon petit. C'est chichi et compagnie. C'est scientifique : le prénom influence la vie de celui qui le porte. Les Jean- Pierre deviennent coiffeurs. Les Marie–quelque chose sont des mijaurées, regarde Marie Chantal.

Et elle avait ajouté "surtout les blondes au nez pointu."

Ce qui était le portait exact de Marie Hélène.

Il entend à nouveau la voix. Etouffée, à la fois proche et lointaine. Il ne comprend pas les paroles, mais il jurerait que c'est une voix de femme.

Il rit tout haut. C'est peut être "femme femme" qui se plaint de n'avoir ni bras ni tête...

Sans tête lui rappelle son souci depuis hier. Il ne sait plus où il a mis son portable. Pourvu que Marie Hélène ne mette pas la main dessus. Valérie doit être furieuse qu'il ne l'appelle pas. Il espère qu'elle a bien compris que leur petit rendez vous secret de lundi était déplacé.

"Hein ma vieille ?" dit-il en talochant vigoureusement la croupe de "femme femme"

C'est alors qu'une partie de fesse s'écroule. Quelle barbe ! Mais... dans le bloc de terre il y a un truc noir ... ah, zut alors, son portable. Forcément un coup de Marie Hélène ! Machinalement il le porte à l'oreille, il marche encore !

 Et il reconnait la voix qui sortait de "femme femme", celle de Marie Hélène qui a réenregistré le message du répondeur

"vous êtes bien chez le roi des cons. Le roi des cons ne peut pas vous répondre pour l'instant, il malaxe des fesses. Pour un rendez vous, adressez vous à sa femme, elle fait aussi secrétaire"

 

cathycat 26/04/2015 21:02

Quelle horreur cette Marie-Hélène !!! :-) mais par contre j'adore la tante Béa. Ton histoire est vraiment pleine d'humour... je me suis bien amusée !...

Jeanne Fadosi 22/04/2015 19:51

oh quelle chute ! extra ! un vrai régal ...

Solange 20/04/2015 21:46

J'ai relu avec plaisir. Une histoire bien pensée.

marine D 19/04/2015 11:04

Très drôle, belle chute (de rein aussi !) !

Mony 17/04/2015 18:26

La vie n'est pas simple, mon bon Monsieur ! On a beau aimer ces dames !

Michèle 17/04/2015 15:25

Jubilatoire ! et cette "femme femme" les pieds dans l'eau tombe à pic, je sors de l'exposition
"La toilette - Naissance de l'intime" au musée Marmottan. Il y avait des femmes à la hanche trop haute, aux seins trop petits, à la fesse trop grosse ... les pauvres peintres ce qu'ils ont dû entendre bien que célèbres ! Merci Emma pour cette nouvelle que l'on aime lire et relire.

Jackie 17/04/2015 14:19

Tu m'as fait bien rire…
Bravo et merci

Quichottine 17/04/2015 12:37

Morte de rire !
Une superbe vengeance... :)
Bravo et merci pur ce récit. J'adore !

chaourcinette 17/04/2015 11:14

morte de rire !! tu as le don de me faire rire dès le matin...avant le café !! lol ! et c'est pas gagné pourtant !!
encore ! encore !!

almanito 17/04/2015 09:34

Ha, ha, ha! Je m'attendais au début à un dialogue surréaliste et poétique entre l'oeuvre et son créateur, mais penses-tu, il a fallu qu'une blonde s'en mêle. Pauvre artiste incompris de ses contemporains, la "petite dame sans vêtement" de tante Béa est ravageur pour son égo. Bien aimé aussi la " compil météo", excellent et j'ai pensé à Monet...
Vraiment très drôle, Emma, un vrai bonheur tout ça et ouf: je ne suis brune avec un nez épaté.

Nina Padilha 17/04/2015 09:15

Hi hi hi !
Pas mal du tout.
Pourquoi toujours aussi court ?
C'est super bien. Tu devrais en faire des nouvelles !
Bon WE !

jill bill 17/04/2015 09:14

Hi hi savoureux !

Solange 11/04/2010 23:28


Merci pour ces belles fleurs,ici c'est encore très timide.Bon début de semaine.


Solange 10/04/2010 03:06


Elle avait raison tante Béa, toujours se méfier des prénoms composés.Une belle histoire et une fin amusante.


abeilles50 09/04/2010 07:22


Bonjour Alinéa,
La chute est mémorable ! lol
Quand on dit qu'il faut toujours se méfier des blondes... lol
Bonne journée. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz


Aimela 08/04/2010 10:15


c'est toi qui l'a fait sculpture? Tu es plus douée que moi, j'ai essayé et cela ne donne vraiment pas grand chose de bien :) J'ai bien ri sur la chute du texte


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