La fin justifie les moyens.

Publié le 11 Mars 2012

 

    C'était le seul terrain à peu près plat du village. Depuis cinquante ans c'était le terrain de foot. Il appartenait en fait au père Collange, qui le prêtait gracieusement, vu qu'il n'en faisait plus rien depuis qu'il avait recentré son activité sur un poulailler industriel. 

Le club était actif, et très apprécié, surtout depuis que c'était Danny qui l'animait. Les majorettes devenaient pom pom girls pour les matchs de gala, qui remportaient toujours un vif succès. Les distractions étaient si rares… 


Sauf qu'un jour le père Collange mourut.  

Ce sont des choses qui arrivent. 

Et ses filles, qui vivaient à la ville, n'eurent rien de plus pressé que de mettre en vente leur héritage.  

Le terrain de foot fut affiché à 25 000 euros chez le notaire du bourg voisin.


"25 000 euros !" protesta Danny quand il rencontra Brigitte Collange avec qui il était allé à l'école, "tu ne te rends pas compte ? La commune n'est pas assez riche pour l'acheter, ton terrain ! et qui d'autre en voudrait ? la terre ne vaut rien dans ce coin, tu le sais bien !"

Mais, comme dans tout téléfilm champêtre qui se respecte, un promoteur immobilier était intéressé, parait-il.

Le conseil municipal fut désespéré, mais la commune ne pouvait pas payer.

Danny partit à la chasse aux subventions et aux dons… Hélas il ne put rallier personne à sa cause.


Après quelques nuits blanches il eut une idée. La fin justifie les moyens.

Il alla à la ville acheter de gros paquets d'enveloppes dans l'hypermarché où nul ne le connaissait.

Ils devaient aller en famille chez sa mère le week end suivant, mais il prétexta un travail urgent à finir pour rester seul à la maison.

Il enfila des gants de ménage en latex, et se mit au travail.

D'abord il répertoria et copia sur l'annuaire en ligne les adresses des villageois valides et cossus, il en trouva 51.

Il les imprima sur les enveloppes. Puis il photocopia 51 fois ce message :


JE SAIS TOUT.

LE PRIX DE MON SILENCE EST 500 EUROS.

A DEPOSER EN LIQUIDE DANS LA BOITE A LETTRES

DE L'ANCIENNE MAISON DU GARDE AVANT LE 8.

 

Il alla poster les lettres au bourg.

Il ne comptait que sur quelques réponses, il lui faudrait forcément trouver d'autres idées.


Le 8 à minuit, l'alarme incendie réveilla tout le village. On n'est jamais trop prudent, et Danny, en tant que capitaine des pompiers volontaires, avait jugé utile d'effectuer un test de nuit de la nouvelle sirène.

L'agitation provoquée lui permit d'aller relever discrètement la boite de la maison du garde, située dans le bois, et inhabitée depuis des lustres.

Elle contenait 51 enveloppes !

Quelques jours plus tard, il annonça au conseil qu'un riche mécène, qui voulait rester anonyme, faisait don de 25 000 euros pour l'achat du terrain de foot !


La 51 ème contribution lui posa un problème de conscience. Il ne pouvait pas garder l'argent, c'eût été malhonnête. Il décida de remettre la somme au curé du village, pour ses oeuvres.

Il restait encore, en ce trou abandonné de tous, un vieux curé épargné par les convulsions du monde moderne.

Il s'ennuyait un peu, et il voulut entendre Danny en confession, comme au bon vieux temps. Danny y vit l'occasion de se laver la conscience une bonne fois pour toutes.

Certes il avait péché, mais ainsi qu'il le confia au père Martin, visiblement il n'était pas le seul pécheur du village…


"Ainsi c'était toi, salopard !” rugit le vieil homme !


Madame Blaise-Moreille et Madame de Chaloup, qui arrangeaient des fleurs sur l'autel sursautèrent et se signèrent à plusieurs reprises...

 


 

 

 

Rédigé par alinea

Publié dans #romanesque

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chloé 02/04/2012 21:27

Ben voila une idée qu'elle est bonne pour renflouer les caisses! "On ne nous dit pas tout! Lol! Chloé

l'oeil qui court 27/03/2012 23:03

Excellent. Que c'est drôle !

armide+Pistol 23/03/2012 04:05

Une histoire très vraisemblable si joliment racontée.

Jeanmi 19/03/2012 08:01

Curieusement mon grand-père avait une expression qu'il balançait un peu à tout bout de champ : "Oh toi tais-toi ou je dis tout". Un jour une cousine, lors d'un repas de famille se leva, rouge de
confusion, quitta la table, personne ne la revit. Mon grand-père, mort depuis, doit encore se poser des questions....

Lorraine 15/03/2012 11:39

Excellente façon de parler du "Corbeau"! Un corbeau avisé et généreux, tout compte fait et psychologue! Qui sait que chacun, ou presque, garde un secret bien caché!... J'ai revu le film de Clouzot,
il n'y a pas si longtemps à la TV. Il m'a plu, même s'il a vieilli. J'aime assez revoir des acteurs qui furent excellents en leur temps et que les générations suivantes oublient. Merci, chère Emma,
pour ce partage.

Solange 13/03/2012 00:38

Il s'en passe des choses parfois dans les petits villages tranquilles. Très bon texte.

aimela 12/03/2012 10:33

Il y a toujours des corbeaux surtout dans les villages où tout le monde se connaît ou presque. J'ai adoré le film même s'il me donnait des frissons

Nina Padilha 11/03/2012 12:53

Excellente histoire !
J'ai beaucoup aimé la lire !
Bravo !

Martine27 11/03/2012 11:38

Bien vu !

Mony 11/03/2012 11:17

Ce pourrait être la trame d'un roman, j'ai beaucoup aimé.

cathycat 11/03/2012 10:36

J'adore cette histoire !... Le vaillant et ingénieux villageois sauvant le terrain plat des serres d'odieux promoteurs... :-) Et la confession... Super ! Merci... Bisous

Quichottine 11/03/2012 09:35

Et dire que ça pourrait être vrai !
En tout cas, c'est un superbe texte !

J'ai adoré !

Passe une belle journée, Emma.

libre necessite 11/03/2012 08:14

Ce pourrait être Clochemerle, mais ces histoires communales ont bien plus fréquentes qu'on ne l'imagine. Bises Dan