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La fête des mères

pour Miletune

              1231721937 george clooney 01 1

   La Vesuvia, elle l'avait depuis la fête des mères.
 
Elle ne savait même pas que cela existait avant que Thomas dépose le gros paquet sur la table de cuisine.
-  Je passe en coup de vent, avait-il dit.
Comme s'il lui arrivait parfois de s'asseoir pour bavarder tranquillement avec sa mère.
-  Désolé, mais j'ai une réunion importante.
Comme s'il avait parfois des réunions de peu d'intérêt.
-  Alors, bonne fête, maman, c'est de la part de "nous  trois".
-  et… c'est quoi ?
-  Une Vesuvia, Maman ! Une VE-SU-VIA. Une machine à café !  tu regardes la télé, quand même! une Vesuvia, parce que tu le vaux bien !!!!
Et il avait bien ri, tout content de lui. Et il était parti.
En coup de vent.
 
-  Et les autres ? avait demandé Marinette dans le couloir, ils vont passer, cette année ?
Mais les autres n'étaient pas passés. Anna Maria avait "des problèmes de voiture". Mathieu avait téléphoné, du moins sa femme Mylène avait appelé.
-  Bonjour, Mère, avait-elle dit, de son ton las qui sapait le moral dès les premiers mots. Mathieu me charge de vous souhaiter une bonne fête. Et les enfants aussi. Brian ? Erwan ? venez dire bonne fête à Mamie !
Mais bien sûr aucun ne s'était déplacé. Marinette les imaginait bougonnant sur le canapé, concentrés sur leur console de jeux.
-  Merci pour la Vesuvia, avait-elle dit à Mylène.
- ah bon, c'est ça qu'il a quand même acheté, Thomas ? on lui avait dit pourtant que c'est pas du tout votre genre. Mais il doit avoir des actions dans la maison, il offre ça à tout le monde en ce moment.
C'est vrai qu'il a les moyens, lui… avait-elle conclu aigrement avant de raccrocher.
 
C'est quoi, "mon genre" ? s'était demandé Marinette. Décidément ils la prenaient pour une demeurée…
Elle s'était alors connectée sur le site "Vesuvia.com" pour voir en détail de quoi il retournait.
Elle avait horreur des notices qui vous expliquent en 12 langues et 10 schémas abscons sur papier rêche comment il ne faut pas brancher l'appareil, et vous détaillent la liste des revendeurs en Jamaïque et en Patagonie.
Quoique elle se doutait bien qu'une marque qui peut jeter des pianos à queue par les fenêtres doit avoir les moyens d'éditer une plaquette en couleur sur papier glacé.
Mais quand même on en apprend bien plus sur internet.
C'est ça, son péché mignon, à Marinette, chercher la petite bête, l'historique, les performances, les indications et contre-indications, les vertus nutritives…
Et puis, il faut dire qu'elle a le temps.
 
- Alors, avait-elle dit à ses amies de randonnée, si j'ai bien compris, l'intérêt c'est d'acheter le café dix fois plus cher qu'en paquet, ce qui permet de payer les pianos à queue et les stars internationales. C'est équitable.
Mais il avait bien fallu inaugurer la machine, pour faire honneur aux enfants. Pour lui faire une place, elle avait dû virer le robot mixeur de la fête des mères de l'an dernier, qui occupait une bonne partie du plan de travail. Robot dont elle ne se servait pas, de toute façon, lassée de devoir démonter, laver, remonter les multiples pièces.
Mais découvrir les dosettes de toutes les couleurs dans un joli coffret avait été un pur moment de sensualité.
- Regarde, Josette, comme c'est mignon, tu as du Copacabana forte, du Rio bella, du sensualitad, du dolce noche, du rota absolutad, waouh !!!
Elles avaient l'impression de se retrouver des décennies plus tôt, quand elles jouaient à la maman avec leur vaisselle miniature.
Du coup, elles en avaient expérimenté quelques-unes, ce qui leur avait procuré une insomnie carabinée
 
Intérieurement, elle ne pouvait s'empêcher de préférer sa Vesuvia à la Wii fitness que les filles de Josette lui avaient fait expédier pour la fête des mères.
 
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A
au moins ils y ont pensé, c'est toujours ça, ton texte est très drôle et même s'il grince un peu je le préfère de loin tous les textes mielleux et larmoyants sur le bonheur d'être mère, à chacun son histoire et que l'on ne vienne pas nous donner de leçons de bonne conduite, de mère parfaite à encadrer avec une médaille!
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G
Jouissif !
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M
Je savoure à nouveau ta belle écriture, Emma. Bonne fête des mères ! Ici, comme chaque année, elle a lieu le deuxième dimanche de mai.
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J
Ah le cadeau de la fête des mères, no comment, comme celui des anniversaires et autres fin d'année... ,-) tu as tout dit Emma !
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G
Bonjour Emma
Très amusant, même si ces petites capsules de toutes les couleurs ne sont pas mon truc, pour le café je suis resté à l'ancienne et puis je n'ai plus de grand mère à fêter............
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C
C'est avec plaisir qu'à mon tour je découvre votre blog et je suis ravie que vous connaissiez aussi Martine















C'est avec plaisir que je découvre à mon tour votre blog comme quoi l'on tisse des liens, de Chinou en passant par Martine et puis chez moi et moi chez vous. J'ai beaucoup aimé ce texte et j'ai trouvé que parfois c'est un peu triste d'être Maman quand les oiseaux ont quitté le nid. Le cadeau par obligation, les coups de fils forcés... mais malgré tout la machine à café à fait son effet...
Je vais continuer ma visite.
Bonne fin de semaine et à bientôt
chatou
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G
J'ai tout simplement A-DO-RE ce récit ! Même s'il est un peu fort de café... ;)
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Q
Juste un sourire déposé ici... traditionnel mais toujours aussi efficace. :)
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A
La concision et l'humour donnent toute sa force à cette féroce évocation, les travers de notre société et nos comportements déshumanisés... L'humain se perd dans ces machines performantes qui ne lui laissent plus guère de temps à consacrer à l'essentiel...
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M
On en rirait presque si ce n’était pas si réaliste...
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Q
J'ai relu... et je me suis dit que finalement, ce dimanche, j'avais eu de la chance.
Mon fils, puis l'aînée de mes filles m'ont appelée. Ce n'est pas si souvent, alors, je les ai tellement remerciés qu'ils ont dû penser qu'ils n'auraient peut-être pas dû le faire.
A moins qu'ils ne recommencent l'an prochain, on ne sait jamais... :)
J'aime toujours autant ce récit... finalement, je persiste et signe : on ne relit jamais deux fois de la même façon. :)
Je t'embrasse fort.
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G
Ce petit café laisse un goùt amère !
Très beau texte. J'ai aimé te lire Emma
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J
Emma, fidèle à moi même je te remets les même mots qu'il y a ....3 ans déjà!
Et en plus, en bonus cette chanson de Marie Laforêt : https://youtu.be/sKwt6bvnmew
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A
Pauvre Marinette, elle essaie malgré tout de se sentir favorisée par rapport à sa copine...
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J
Bien triste réalité pour bon nombre de mères, malheureusement ! Mais pourquoi tant d'indifférence dans les rapports familiaux à présent ? Cela a-t-il toujours été ainsi sans que nous le sachions ? Heureusement, ce n'est pas le cas de tout le monde. Bonne journée à toi. Bises; Joëlle
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A
Triste et drôle à la fois, on a qu'une maman...
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M
Hé oui... les sentiments humains c'est bien compliqué !
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J
Premier passage sur ton blog et j'adore ton style. Un beau texte débordant de sentiments !
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J
Que de vérités touchées du doigts dans ton texte!
un doigt qui a le goût d'une confiture douce a-mère!
Ce volcan posé dans la cuisine pourra faire remonter les volcans de tendresse de patience d'inquiétude de douleur de...déployés pour faire naître grandir stimuler ce Mathieu cette Anna Maria et ce Thomas...
Et Marinette marine dans sa solitude sa vieillesse...mais aussi dans sa fierté d'être mère de petits qui ont réussi
Emma que ce dimanche soit comme tu l'as imaginé
gros bisous
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M
un récit savoureux comme un expresso...
Bises
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M
....un gros bisou" maison" vaut plus que tous ces appareils, si performants soit-il!
Bon dimanche, Mireille du Sablon
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Q
Magique... j'adore, moi !

Mais comment te dire autre chose que des banalités ?

Je les voyais tout à fait !

Un récit magnifique, comme je les aime chez toi !
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C
Hi hi j'adore ta définition du commerce équitable !!! Merci pour ces trois clicks de fête des mères !... ils sont tous absolument dans le ton... Bisous et fais de beaux rêves caféinés... Bisous
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H
Tendre de vérité!

Hélène*
avec un grand sourire
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M
L'aigre-doux de la vie familiale, n'en gardons que le doux...
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A
La tristesse quotidienne et diffuse des mamans "abandonnées" parce que les enfants n'ont pas le temps, l'aiment de loin, ou ne savent plus très bien s'ils l'aiment parce qu'ils sont absorbés par le
boulot, les gosses qui grandissent et deviennent difficiles, l'épouse qui travaille aussi et qu'il faut aider quand ils rentrent déjà éreintés...Une situation si souvent côtoyée, chère Emma, et
acceptée parce que c'est la vie...Et qu'une maman "comprend" qu'être reléguée, c'est son rôle... très émouvant, et triste. Mais si bien évoqué dans ce texte pour la fête des mères!
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J
Je rejoins Valdy dans ses propos, hum ça sent le vécu... Bonne fête des mamans Emma... Bizzz
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D

Bon jeudi Emma, bisous.


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V

Drôle et tendre à la fois ce texte, Emma. Cela sent le vécu ..En tous les cas, j'y ai reconnu ma fille, adepte du beau, chic et cher parce que les mamans le valent bien...
Bonne soirée,
Valdy


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A

Rien ne parvient cependant à combler le gouffre de solitude et d'indifférence.


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M

Excellent, surtout le coup du piano. Tu nous fais une fixette sur le beau Georges ? Ceci dit je trouve ces publicités très réussies et très amusantes (mais ce n'est pas pour autant que j'ai acheté
la machine)


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P

éperluette ? Je ne connaissais pas...
C'est quand même mieux que les colliers de nouilles...

J'adore ce texte ! Très drôle !


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A

Voilà à ce que l'on est réduit lorsqu'on reçoit des cadeaux ( rires) des trucs et des machins qui finissent dans les placards pour reprendre nos bons vieux appareils.


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Q

Voilà... il y a des fêtes des mères comme ça.

J'ai hésité entre pleurs et rires, mais c'est un très beau texte, Emma.

Passe une belle journée.


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