Frou Frou

Publié le 28 Septembre 2012

variation sur le theme précédent, pour Miletune

sn (2)

 

Marceline, c'est moi,

ta petite Camille,

que tu appelles "ma douce".

 

Je te trouve fort jolie

avec la capeline

que tu dis "impériale"

parce qu'elle te rappelle

un portait d'Eugénie,

et ta "petite laine"

tendrement assortie.

Vers quel monde englouti

plonge ton regard vide ?

 

Quand parfois tu souris,

 en m'appelant "madame",

 je me prends d' espérer :

peut-être qu'en déblayant

tous ces gravats qui bloquent

le passage vers  ton âme,

tu vas soudain surgir :

"Coucou je t'ai bien eue,

j'étais là-haut cachée

tout au fond du grenier."

 Et quand le vieux Socrate

vient soulever ta main

de sa truffe fidèle,

tes doigts, sur le poil doux

savent encore la caresse.

Tu n'es pas si loin, dis,

tu t'es juste absentée ?

 

Tu ne vois pas sans doute

le livre de photos

que je t'ai apporté.

Mais tu tournes les pages.

Te voilà en mariée

et si mal fagotée,

disais-tu en riant,

parce qu'il avait fallu,

de peur de lui déplaire,

porter la robe faite

par ta gentille marraine.

 

Lui, que tu ne vois pas,

il était ta chaleur,

et tu étais sa flamme.

 

Encore cette musique

qui est censée sans doute

stimuler la mémoire

avec le "bon vieux temps" :

Frou frou, frou frou par son jupon la femme
Frou frou, frou frou, de l'homme trouble l'âme.

Si tu étais ici,

cela te ferait rire,

toi que j'entends encore

chanter en m'apprenant 

les pas du rock and roll :

One, two, three o'clock, four o'clock, rock,

Five, six, seven o'clock, eight o'clock, rock…

 

Marceline, je t'en prie

ne me laisse pas seule

frissonner au soleil… 

 

Rédigé par Emma

Publié dans #vaguement poétique

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k 05/10/2012 08:42

je ne sais pas ce qui est le plus insupportable...
entre une personne qui a toute sa lucidité mais dont le corps, usé ne lui permet plus rien....
et votre histoire qui m'a beaucoup touchée.

Lorraine 01/10/2012 14:11

Elle s'est absentée, Emma. Dans un monde que tu ignores et qu'elle découvre. Elle n'est plus "ici", elle est ailleurs; cet ailleurs n'appartient qu'à elle, elle y visite des photos très anciennes,
des prénoms oubliés, des silhouettes perdues. Elle y promène ce regard vide qui t'inquiète mais qui recèle sans doute des souvenirs disloqués. Un morceau de soleil, des bribes de chanson, une
petite fille, un amour. Si elle était ici, elle te prendrait dans ses bras, Emma. Mais elle ne peut pas: elle est ailleurs...

Suzâme 30/09/2012 14:44

Oh Emma, cette tendresse me chavire... bisous. Suzâme

Carole 30/09/2012 00:48

C'est si triste, Emma. Nous avons tous dans nos coeurs une vieille femme aimée, égarée sur le chemin solitaire de sa mémoire perdue.

flipperine 29/09/2012 23:24

la solitude c'est dur

louv' 29/09/2012 21:03

Emouvant mais effrayant..Peut-être le pire devenir.
Cela dit, superbement écrit.

Quichottine 29/09/2012 10:37

Ton texte est très émouvant... je dois dire qu'il m'a mis les larmes aux yeux.

Perdre la mémoire, le sens des réalités, c'est si terrible pour ceux qui le voient chez leurs proches !

J'ai aimé la robe de mariée... c'est aussi un moment vrai.

Merci pour tout cela, Emma.

Passe une douce journée.

Mony 28/09/2012 20:14

Encore une fois le désarroi de l'entourage face à une personne sénile est immense.
Frou, frou est si loin pour qui a connu le rock...

jill bill 28/09/2012 18:07

Emouvant que dire d'autre, la vieillesse nul ne sait comment elle s'installera dans son corps.... Merci Emma