Balade irlandaise, 3.

Publié le 6 Juillet 2011

chapitre 3.  Ellen.

 

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Marian était alors partie à Weissberg. Elle logeait dans une charmante petite auberge qui semblait posée sur une prairie parsemée de marguerites. Plusieurs jours elle avait rodé dans le village, au milieu des maisons basses aux vitres bombées fleuries de géraniums.

 Elle avait vu le grand chalet où logeaient les enfants, "l'Alpage", mais n'avait pas osé approcher. Comment aurait-elle pu débarquer aussi brutalement dans la vie de "sa" fille, outre que cela aurait été déloyal pour sa famille d'adoption ?

Ses pas l'avaient amenée un matin près du château d'un village voisin. Ce qu'on appelait château, à Hinterzarten, n'était en fait que quelques ruines, que l'office de tourisme toutefois avait remarquablement mises en valeur dans un joli parc paysagé.

Soudain, un car de "l'Alpage" arriva, et une joyeuse cohorte de gamins en short en descendit.

Une monitrice boulotte, aux cheveux rouges frisés, s'égosillait :

 - Billy, arrête de sauter ! À qui ce foulard oublié ? Et ces lunettes de soleil ? Heather, tu vas finir par les perdre… Bon, les enfants, on a dit une demi-heure pour visiter le château, les foulards bleus, vous me suivez, les jaunes avec Georges…"

- et les verts avec moi ajouta gaiement la petite blonde qui sortait du car avec le dénommé Georges.

Les gamins déjà s'éloignaient, Georges soutenant le dernier bambin dont la jambe était plâtrée.

Marian les suivait du regard, se pourrait-il qu'Ellen soit l’une des jeunes filles ?  

Un joyeux brouhaha l'accueillit quand après sa promenade elle pénétra dans la salle du restaurant situé en contrebas ; les enfants du chalet de l'Alpage y étaient affairés autour du distributeur de friandises.

- Ah, Ellen, te voilà, mais où étais tu passée ?

Marian, au bord de l'évanouissement, se tourna vers la porte d'entrée.

Une jolie métisse, souriante, splendide dans un short blanc immaculé et un t-shirt orange, faisait son apparition dans le hall.

- Ah non, dit Marian d'une voix blanche, pas Timothy, pas lui, pas Tim…

La jeune fille fut aussitôt harponnée par une demi–douzaine de gosses qui la bombardaient de questions et de remarques destinées à attirer son attention ; une fillette qui se tenait à l’écart la fixait de ses grands yeux anxieux et Ellen lui ébouriffa les cheveux au passage avec une feinte sévérité. La petite se mit à sourire et se joignit aux autres enfants.

- J’ai fini par la retrouver tout en haut d’un rocher branlant, annonça Ellen à la cantonade, elle ne savait plus comment redescendre. C’est bon, on a eu plus de peur que de mal. Mais c’est fou ce qu’ils peuvent être fatigants ces gamins ! Vivement la semaine prochaine !

La monitrice grassouillette renchérit :

-Il n’aurait plus manqué qu’un autre accident dans cette colo… Déjà Nic avec son plâtre. Mais c’est ta faute aussi, Ellen ! Tu n’aurais pas dû les laisser grimper en premier …

-Oh ça va comme ça, Peggy ! coupa Ellen, on ne va pas se…

Le reste de la phrase se perdit dans le bruit de la salle qui évoquait soudain l’ambiance d’un hall de gare. Un homme âgé fit remarquer à sa compagne que de leur temps, des enfants ne se seraient pas comportés aussi bruyamment…

Georges surgit au milieu de la scène pour donner le signal du regroupement :

- Les enfants ! On rentre à l’Alpage ! Remontez dans le car, on se dépêche, allez, ouste !!

Une feuille dactylographiée tomba de ses mains et vint voleter jusqu’aux pieds de Marian : il s’agissait d’un emploi du temps comportant la liste des moniteurs et d'un coup d'œil elle y avait repéré un nom : Ellen O’Neil…

 Peggy et Ellen s’étaient mises à compter les enfants tandis que le moteur du car tournait en répandant une âcre odeur de gazole. Après quelques minutes, le calme était revenu.

Marian savait que ce serait difficile, mais ça…

Timothy était le seul africain de la bande, et le seul peut être qui avait une dimension ; c’était le meilleur basketteur au club du lycée, il voulait devenir kinésithérapeute sportif. Tim était un garçon joyeux, très respectueux, qui gardait son calme en toute occasion. Son meilleur ami. Il avait été emporté par une leucémie foudroyante en quelques semaines, l’année suivant le bac, elle l’avait appris incidemment. Mais comment est-ce que…

Et Howard…on pouvait le comprendre, sinon l'excuser : il était évidemment impossible qu’il fasse passer Ellen pour sa fille…

 

suite demain : rencontre avec ma fille

Rédigé par alinea

Publié dans #romanesque

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Armide + Pistol 09/07/2011 08:20


Je reste suspendue à ton récit.


Solange 06/07/2011 20:30


J'ai hâte à la suite.


Quichottine 06/07/2011 09:55


Je suis , même si je ne dis rien. :)


aimela 06/07/2011 09:03


vivement demain pour avoir la suite :)


Nina Padilha 06/07/2011 08:20


Super. J'attends la suite avec impatience !