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Amour.com

Publié le 5 Décembre 2012

pour les Impromptus littéraires : vingt ans après

 

 

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"Dans l’attachement aux amours fantômes… il y a le besoin de construire une légende personnelle, un passé mythifié… se dire que l’on a vécu un grand amour impossible donne du relief à une vie un peu trop lisse… C’est votre part de rêve, votre Autant en emporte le vent personnel".1


Elle y pensait souvent. Pas tout le temps, mais souvent. Aussi son cœur avait-il fait un petit bond quand elle avait lu qu'Antoine Martin était le nouveau directeur de l'hypermarché de la ville voisine.

 

"Autrefois, l'amour de jeunesse faisait partie des souvenirs sacrés. Une illusion intacte. Un regret, parfois. Désormais, avec l'Internet et l'explosion des sites de recherche, il suffit d'un clic pour imaginer se retrouver. Et parfois tout plaquer pour reprendre une histoire inassouvie".2


Elle n'était pas sûre qu'il s'agisse du "bon" Antoine Martin, (66 millions de résultats pour cette entrée sur Google, quand même), bien que le fait de s'établir à Beaucourt constituât une forte présomption. Rien sur "amis-d'antan", mais cela ne l'étonnait pas, il aimait trop sa liberté !

 

"Les hommes auraient une propension moins marquée à fantasmer leur passé amoureux".1

 

Alors, depuis Milady@gmail.com, elle avait envoyé un mail à Antoine.Martin@dir-elephant.fr :
"Etes-vous Le Antoine Martin qui était en philo au lycée Jacques Prévert il y a 22 ans, dans la classe de Monsieur Montabert ?
Message que par prudence elle avait signé :"Milady, vingt ans après."
Le soir même, elle avait une réponse.
" Milady, est-ce toi, Odile ? "


Ils convinrent de se retrouver le jeudi suivant au café des arts.
-Tu n'as pas changé, mentirent–ils simultanément, et cela les fit rire.
Le café, lui, avait changé, bien plus agréable que dans ses souvenirs. Plus de banquettes en moleskine, ni de comptoir rutilant, mais des fauteuils club et un style ancien et romantique. Mais le gros Jeannot n'était plus au bar, lui qui connaissait tous les jeunes par leur prénom…
- Tes cheveux ont foncé, dans mes souvenirs ils étaient plutôt châtain.
Eh oui, gros naïf !
- Un thé vert à la menthe ?
- Tu t'en souviens, après tout ce temps ? Alors, raconte-moi !
- Tu sais que j'ai fait une école de commerce…
Bien sûr qu'elle le savait, c'est même pour cela qu'ils s'étaient perdus de vue. Elle à la fac de Beaucourt, lui à l'autre bout de la France.

 

Etions-nous fous, pourtant, les premiers jours.
Tu te souviens, l'enchantement, l'apothéose ?" 3

 

Elle le regardait sans trop l'écouter. Toujours son sourire en coin. Il était encore mieux qu'autrefois. Plus large, tanné, posé.
- … et puis mon épouse a voulu revenir en France, elle avait le mal du pays après toutes ces années à bourlinguer entre Europe de l'Est et émirats. D'autant que les filles étudient à Paris…
Bien sûr.
Sa femme n'a pas de prénom. Elle se demandait comment interpréter cela. Tantôt il disait : "Elle", ce qui lui paraissait une distance de bon aloi, tantôt, avec componction : "mon épouse"; est-ce qu'il filerait doux, lui, l'homme épris de liberté?
Sans doute une grosse bourge avec un collier de perles.
- …et après le succès de ses reportages… du coup elle a été nommée à la direction du journal à Paris.
D'accord.
Et aussi mince et sportive sans doute.
Et sympa en plus.
Les rivales ne sont plus ce qu'elles étaient.
- Et toi, Odile, dis moi ?
- Oh tu sais, psycho ça ne mène pas à grand-chose… Je suis associée avec mon cousin, nous avons une petite librairie dans la vieille ville. Mais ça ne marche pas fort, un de ces jours je risque d'aller te demander du boulot !
Tu te rappelles de Jeannot ?
- Ah oui alors, ce vieux Jeannot ! Il nous appelait "mes petits amoureux de Peynet".


Un ange passa.

 

Tu te souviens, l'enchantement, l'apothéose ?" 3

 

A ce point de l'histoire, j'aimerais pouvoir dire que le bons sens a gagné, qu'ils se sont embrassés sur les joues avant de se quitter bons amis et adultes responsables.
Mais le bon sens n'a que rarement son mot à dire dans les histoires d'amour.


- Oh, Antoine, on va pas se perdre à nouveau !
- Le petit hôtel du passage est toujours ouvert ?
Ce fut honnête. Pas le grand soir, mais honnête. Quoique le mot "honnête" soit discutable en ce contexte.
A 17 heures il regarda sa montre :
-Waouh, il faut que je me sauve, "Elle" va s'inquiéter. On s'r'appelle ?
Ils savaient tous deux qu'ils ne le feraient pas.

 

Notre grand coeur, c'était cette petite chose !
Etions-nous assez fous, pourtant, les premiers jours.
Tu te souviens, l'enchantement, l'apothéose ? 3

 

Il faisait gris. Elle aurait sans doute du brouillard pour rentrer.

 

"De nombreux sites fonctionnent sur cette quête des émotions d'antan. -Amoursperdues- est entièrement consacré à la recherche de l'être qui suscita le premier frisson. Des milliers de personnes y ont posté leurs souvenirs émus." 2

 

Il faisait gris. Le terre-plein du boulevard était jonché de marrons. Elle shoota dans l'un d'eux, il atterrit sur le bord d'une plaque d'égout, sembla hésiter une seconde, puis plongea dans le noir.

 

Vrai, c'est humiliant. On est donc tous les mêmes ?
Nous sommes donc pareils aux autres ? 3


  ***********

1-Psychologies.com
2-Le Figaro
3-Paul Géraldy, Adieu.

 

Rédigé par Emma

Publié dans #romanesque

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Commenter cet article

M'amzelle Jeanne 31/12/2012 11:06

Belle histoire..mais le passé est la passé, nous évoluons différemment selon les rencontres de la vie .. le point zéro ne peux pas être retrouvé !
Amitiés Douce et belle année 2013 !
Jeanne

Xavier 10/12/2012 16:11

Une belle lecture. @ plus

Nais' 10/12/2012 13:28

Bonjour Emma,
Quelles retrouvailles... Elles prouvent que mieux vaut garder ses souvenirs qu'essayer de les raviver. Tes textes sont très riches !
Bises, bonne journée

Martine 10/12/2012 08:37

Bonjour Emma,

Moralité: ne pas vouloir revivre le passé. la vie nous change. Mieux préserver les souvenirs. de plus, ils embellissent avec le temps.

Bonne journée ;)
Martine

Solange 07/12/2012 00:51

Vaut mieux rester dans le souvenir, la réalité est parfois cruelle. Un autre beau texte, bravo.

Carole 06/12/2012 15:24

Un croisement de Mme Bovary et de Copains d'avant. L'amour, c'est rarement "romantique", comme le savent très bien ceux qui font commerce du "romantisme" des âmes naïves que la vie n'a pas
comblées, comme on dit.

flipperine 05/12/2012 23:53

des souvenirs

Mony 05/12/2012 20:23

Ne vaut-il pas mieux garder au fond du coeur un espoir et de belles images ?
J'aime beaucoup cette narration entrecoupée de parties d'article sur le sujet. Bravo, un vrai plaisir de te lire.

Nina Padilha 05/12/2012 16:41

J'ai revu un ex, une fois.
Big flop.
Tu vois, même les mots me fuient pour narrer cela.
Bisous !

louv' 05/12/2012 16:37

Je suis de l'avis de Quichottine sur le fond, mais ton histoire est délicieuse !

Quichottine 05/12/2012 15:37

Je crois qu'il ne faut pas chercher à revoir ses anciennes amours... en le retrouvant, elle l'a définitivement perdu. Il ne fera plus partie de ses rêves.

J'aime énormément ton texte, Emma.

Passe une douce journée.

aimela 05/12/2012 09:39

Rechercher mon premier amour ? Il n'en est pas question,il a été le début des désillusions, il est très bien où il est s'il y est encore ( mdr)

valdy 05/12/2012 08:45

Et tu crois que je vais laisser filer celle qui m'a écrit en loussdé la première fois grâce à mon blog ?, me montrant ainsi, le chemin des relations ... virtuelles ;-)
Bizz Emma
PS : moi, mon premier amour m'a enlevée, oui Madame, un détournement de mineure en parfaite et due forme ....

jill bill 05/12/2012 08:31

Bonjour Emma... rechercher un premier amour non n'y ai jamais songé... a quoi bon, mais quel délice de lire celui-ci, vraiment ! Merci... Bises de jill