Alexandrie

Publié le 20 Mai 2012

pour les impromptus littéraires : la danse qui a changé votre vie

 

 

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Nous étions fiancés, Yvan et moi, depuis plus de quatre ans.

Maman commençait à trouver que quatre ans de fiançailles, c'est un peu long.

"Tu vas finir par monter en graine, ma fille" disait-elle, "Eva va se marier, alors qu'elle a trois ans de moins que toi ! Et à propos de graine, est-ce qu'il te respecte, au moins-?"

Ça, pour me respecter, il me respectait, mon Yvan. Il était si délicat, distingué, si doux, si attentionné : "on n'est pas bien, comme ça, Charlotte ? Es-tu si pressée d'avoir des mômes braillards ? Plus de ciné, plus de concerts, plus de tennis, tu te rends compte-?"

Tel était le cas de mes amies, en effet, et je m'estimais privilégiée par rapport à elles !

Mais quand même, par moments, j'aurais aimé qu'il me respecte un peu moins.

Maman revenait à la charge :" Tu es sûre qu'il ne voit pas quelqu'un d'autre ?"

Cela me faisait rire. Plus sérieux qu'Yvan, il n'y a pas : en dehors de nos soirées à deux, rarement une sortie avec des collègues, et ses sacro saintes parties de tennis avec Marc, le cousin de Claude.

Et voilà que Claude et  ma petite sœur Eva se mariaient.

Quand j'ai vu arriver Yvan ce matin-là dans son costume bleu gris comme ses yeux, j'ai eu, comme souvent, le souffle coupé devant tant de beauté. Je me demandais souvent comment un être aussi magnifique avait pu tomber amoureux de la fille ordinaire que je suis.

Ce fut une belle fête, intime et chaleureuse. Sauf qu'en soirée le temps frisquet nous obligea à déserter la terrasse initialement prévue comme piste de danse, pour nous replier dans la maison.

Tout avait été parfait dans cette journée, et je chantais gaiment avec Eva "Alexandrie", quand mon attention fut attirée par mon père figé près de la porte fenêtre, qui semblait contempler fixement la nuit…

Je m'approchai de lui et suivis son regard.

Sur la terrasse plongée dans l'ombre, Yvan dansait, seul, en bras de chemise, les yeux fermés, comme en extase, ondulant avec une grâce féline.

Mais je ne compris vraiment ce qu'avait déjà saisi mon père, qu'en voyant Marc se lever d'une chaise invisible, et poser tendrement la veste d'Yvan sur ses épaules.

 

 

Rédigé par emma

Publié dans #romanesque

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eva 11/06/2012 14:28

les choses de la vie!!

mel-and-tof 24/05/2012 16:34

Bonjour Emma
Merveilleux récit qui m'a tenue en haleine jusqu'à la fin , le choc....
Merci pour ce moment précieux que tu m'as fait vivre
Bisous
Méline

Solange 21/05/2012 21:23

Bien intéressant récit,après tant d'années il devait bien y avoir une faille.Je suis toujours épatée par tes récits.

Carole 20/05/2012 16:58

Un pas de côté, en somme.
Un très beau texte, dont la chute... est aussi forte pour le lecteur que pour l'héroïne.
Carole

Mony 20/05/2012 12:55

Elle ne le comprit vraiment...mais au fond d'elle même elle devait ressentir que leur amour avait une faille. Ouf ! elle l'a échappé belle et aura tout le loisir de trouver l'homme de sa vie. Vive
la danse !

valdy 20/05/2012 10:07

Quelle histoire envoûtante, et moi lectrice, je n'en crois pas mes yeux ... Tu es une conteuse dont la marque reste imprégnée dans nos mains longtemps après que tu les aies lâchées... bravo
PS : ne crois pas que ce temps que seules, les nappes phréatiques apprécient va durer, le soleil est pour bientôt :))

aimela 20/05/2012 09:52

Il ne reste plus à Charlotte a annuler ses fiançailles. Ton texte me fait penser à l'histoire de Louis 2 de Bavière avec une des soeurs de Sisi l'impératrice

Quichottine 20/05/2012 09:17

Quelle désillusion...

Mais ton texte est superbe !

Merci pour ce partage, Emma.