Christmas blues

Publié le 16 Décembre 2011

 

Voici revenu le temps où les Santa Claus taiwanais escaladent vaillamment les façades, dans leur pimpant costume deux pièces yankee.

Ou, en houppelande de polyester satiné, terrorisent les bébés dans les magasins, au lieu de se presser de livrer écrans plats et consoles aux héros sur canapé…

Sous la pluie noire, Jingle bells s'échappe par bouffées des maisonnettes de bois où on vend  bougies et artisanat ancestral made in China.

 

Petits enfants, claquez bien vos sabots pour enlever la neige, avant de vous serrer devant l'âtre. Le loup est dans le bois, il ne viendra pas ce soir.

C'est Noël.

 


source image ici (clic)

Le début est proposé par Serge :
C'était le soir de Noël... blanc, froid, plein de petites lumières partout... Il avait décidé de partir. Définitivement…
 

Il en était sûr depuis quelques minutes.

Depuis que ce gamin avait refusé de monter sur ses genoux pour la photo. Il y en avait souvent qui refusaient, qui hurlaient, ou enfouissaient leur tête dans le manteau de leur mère. Mais celui là, minuscule dans sa parka rouge, était resté froid, son regard de petit dur fixé dans le sien.

- Mais enfin, Gaël avait dit la mère, pense à grand-mère, elle sera ravie d'avoir ta photo avec le père Noël. Pourquoi ne veux tu pas y aller ?

- Il est gros et moche, avait répondu le gosse.

- Excusez le, avait bredouillé la dame avant d'entraîner son sympathique rejeton.

Petit con.

Qui ne faisait que résumer sa vie.

Gros et moche.

Gros, moche, et chômeur.

Gros moche, chômeur et diplômé.

Diplômé, mais gros. Recalé à tous les entretiens.

Obligé de faire le père Noël : un mois de demi-salaire Ensuite il avait un engagement pour tenir la caisse d'une remontée mécanique à la neige. Deux mois de bon. Ensuite rien jusqu'à la cueillette des fraises, du moins si on ne le trouvait pas trop gros. Trop gros, trop lent.

Il n'en pouvait plus des chants de Noël, petits chanteurs à la voix d'ange, crooners emphatiques. Marre de tout ce sirop.

- Vous pouvez prendre les jumelles en même temps ?

Bien sûr qu'il peut. Il y a toute la place qu'il faut !

Il sourit, il prend son air de "bon gros". Un gros se doit d'être jovial. C'est là qu'on l'attend, c'est ainsi qu'on l’accepte. Il a compris ça depuis l'école, Bruno, dit Bouboule, ou Bibendum. Gros bide au collège, parce que c'est au collège qu'on est le plus cruel. Né pour mettre de l'ambiance, de la gaîté. Confident aussi…

Terminé. Ça va changer. Bruno a compris ça au moment même où le sale gosse l'a rejeté Il va partir. Au soleil. Dans un pays où son diplôme de gestion sera bien accueilli. Il fera fortune. Il aura un costume blanc qui fera ressortir son bronzage. Les femmes le trouveront beau.

Tino Rossi pour terminer. Du vestiaire où il accroche sa houppelande, pour la dernière fois, pense-t-il, Bruno regarde les lumières, les automates qui gambadent sur des montagnes en plastique. Cela fait des années que Noël n'est plus blanc que dans les vitrines. Dehors il pleut. Mais là bas, là bas…

La sonnerie de son portable le fait sursauter.

- Oui Maman, je rentre. Oui j'ai mon imper. Une baguette ? je ne vais pas en trouver à cette heure, mais il reste du pain coupé. On le fera griller pour le foie gras que je te ramène.

 

Rédigé par emma

Publié dans #romanesque

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Quichottine 17/12/2011 14:14

Ces mots résonnent en moi... combien de Pères Noël fatigués dans les rues le soir ? Je ne sais pas, mais je trouve ton texte magnifique.

Merci, Emma.

valdy 17/12/2011 12:15

Il n'y a pas de Père Noël heureux ... tu crois ?
Bisou Emma

Valdy

Lorraine 16/12/2011 22:57

Le sens du réel, du quotidien, du vrai: tu as tout mis dans ce conte de Noël pas ordinaire, tous les chagrins refoulés, les moqueries encaissées, les refus polis, le chômage qui dure, la maman et
le foie gras. Je ne sais pas comment vraiment le dire, Emma, mais j'ai la gorge serrée...

Mony 16/12/2011 12:00

Toutes les différences engendrent un rejet et ce sujet me touche au plus profond de moi.

Aimela 16/12/2011 09:41

Si on pouvait supprimer ces noëls là cela arrangerait beaucoup de monde.

libre necessite 16/12/2011 08:58

Une sorte de pilori de Noël. Bises DAN

ppppppaNina Padilha 16/12/2011 08:22

Sirupeux, Noël.
Pour beaucoup.
Trop de trop et pas assez de.
Je sature déjà...

louv'opale 16/12/2011 06:46

Chaque année je suis chargée "d'embaucher" le père Noël. C'est vrai que je les choisis rondouillards, mais surtout pas névrosés...et il y en a, heureusement !

jill-bill.over-blog.com 03/12/2011 11:33

C'est bien raconté Emma ce Bruno hors norme, pas facile sa vie... à cause du regard des autres ! Merci ! Jill

ammann 14/12/2009 16:51


Que Bruno se rassure en pensant qu'on ne dit jamais "un bon maigre" , les gros sont souvent pris pour de bons vivants, de gros déconneurs, même si au fond d'eux, ils se sentent seuls, incompris,
rejetés. Bises. cloclo


aimela 25/09/2009 11:06


Tout est dit, il n'y a pas besoin de s'attarder sur le sujet, c'est la vie de beaucoup d'entre nous, obèses ou non. Bises Emma


Solange 22/09/2009 03:32

Triste c'est vrai que les gros sont ostracisés,comme si on pouvait leurs dire n'importe quoi, il sont insensibles.