Conte des mille et une nuits, suite et fin

Publié le 13 Juillet 2010

Conte des mille et une nuits, suite et fin


Lorelei avait été ramenée de Germanie tout enfant : sa famille  avait été massacrée au milieu des éclairs, un soir d'orage, sur les bords du Rhin. Il lui en était resté un certain goût pour la poésie, à Lorelei.

C'était une  forte femme aux tresses de paille, et nul n'aurait osé s'y frotter. D'autant que ce n'était pas un guerrier, qu'elle voulait, c'était le roi. Un peu défraîchi, le roi, mais enfin la position présente des avantages. Elle comprit vite que la graisse d'oie pouvait avancer ses affaires.

La nuit venue, la voilà qui grimpe en haut du donjon sinistre, hanté de chauves souris, décor assorti à son âme ardente et romantique. Quoi encore ? Ah oui, son âme, ça ne va pas ? Son cœur d'airain alors ? Tu sais ce que c'est que l'airain, toi ?  C’est du bronze ? Un peu cloche, non ? Bon va pour le cœur d'airain...

Et soudain, que voit-elle ? Dans les brumes qui montent des douves, une petite lueur tremblotante apparaît à la fenêtre de Rodogune. Et qu'est ce qui descend  de la fenêtre ? Une corde de draps blancs, enfin presque blancs, jusqu'au pied des murailles. Et qu'est ce qui grimpe sur la corde ?

- oh, suffit avec tes devinettes !

- OK ; alors  voilà que sort des buissons un petit Franc tout sec tout trempé

- tu te moques encore ?

- repose ton cimeterre, tu vas te blesser ; c'était un Franc maigre qui venait de traverser les douves à la nage.

- plutôt vaseux.

- tu l'as dit ! Leste comme un singe, le voilà qui grimpe, serrant entre ses dents un pot de graisse d'oie. La Lorelei tenait son trône ! Quatre à quatre, elle descend l'escalier de la tour, manquant cent fois se rompre le col, pour aller quérir le roi. Enjamber les soudards qui gardent la chambre du roi est un jeu d'enfant pour la Teutonne. Elle s'approche de la couche royale aux somptueuses et passablement odorantes fourrures, et entreprend de l'extraire des vapeurs de l'alcool d'avoine. Sans un regard pour le gorille ...

- un gorille ? Et tu fais la fine bouche devant mon léopard ?

- pas un vrai gorille, tiens, un garde du corps superbe, un Hun musclé, que dis-je, ciselé, eh,  tu dors ? D’accord, j'abrège.

Voilà le roi, grognant et vitupérant, dans la chambre de Rodogune.

Le petit Franc bêlait de terreur, serrant la bourse qui devait lui permettre, une fois payés les trafiquants d'oie, d'assurer le gruau quotidien à une femme, douze Francs en bas âge, et une belle mère vorace, quoique édentée. Spectacle affligeant qui eût dû attendrir le cœur le plus dur. Las, il avait une âme,  sans doute, le roi, mais de cœur, point.

- écoute, tes gauloiseries, passe encore,  mais tes allusions sexistes ...

- des gauloiseries ? Une histoire de sang et de volupté, pleine de bruit et de fureur ...

"Qu'attendez vous, sire ?" s'écrie la fille du Rhin, tendant son bras blanc vers les coupables blêmes.

Le roi saisit  le petit Franc (pas franc pour un sou) dans son poing velu, et le précipite du haut des murailles. Ça fit un tout petit floc dans le fossé. On dit que depuis ce temps, les nuits sans lune, on peut entendre hululer lugubrement un crapaud. Oui, je sais, un crapaud ça ne hulule pas, mais comment veux tu qu'il se distingue, le pauvre, il n'y arrivait déjà pas de son vivant !

Si tu passes par là, tu verras une cabane près de ce lieu tragique. La belle mère édentée s'y est installée. Elle fait payer trois sols aux barbares de passage pour leur raconter l'histoire du crapaud maudit ; elle vend des raves bouillies dans des cornets de  feuilles de roseau ; c'est très couru.

Et dans la foulée, si j'ose dire, la grosse Rodogune fut attachée à la queue d'un cheval arabe.., non, boulonnais, c'est même ça qui l'a sauvée, la pauvrette ! après l'avoir traînée cahin caha dans la campagne, il s'arrêta à l'orée d'un bois, près d'une grotte où vivait un ermite. Le saint homme ! Depuis dix ans il n'avait vu personne, et ne mangeait que des racines. Imagine le choc  lorsque lui apparurent, cadeaux divins, une femme à peine endommagée, et  un cheval en parfait état !

Tout ça pour t'expliquer pourquoi Sigisbert et Chilpéric, ils n'avaient pas la même mère. Les noces du roi et de Lorelei avaient été célébrées illico devant mille guerriers ivres morts, par l'archevêque de Canterbury.

- Canterbury ?

- ben,  j'en connais pas d'autre, et puis, les archevêques, c'est quand même pas ta spécialité ?

La fête dura toute la nuit, c'était grandiose : les huttes brûlaient partout aux alentours. Dans la grande salle, la reine mère défaisait patiemment la tapisserie qu'elle avait brodée la veille.

Pendant une chasse au sanglier, et sans descendre de cheval, la reine donna le jour à un garçon braillard au regard torve, qu'on appela Sigisbert, et qui, en toute injustice, grandit en force et en beauté,   tandis que Chilpéric restait un avorton pleurnichard.

Ce soir d'hiver donc, les deux frères... Mais qu'est ce que ce vacarme ?

- c'est le chant du coq

- non, pas déjà, je commence à peine mon histoire

- ton histoire, elle est vraiment pas terrible, allez,  viens, je vais te faire empaler

- t'es vache quand même, la mille et unième nuit !

 

Rédigé par alinea

Publié dans #burlesque

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Solange 25/07/2010 20:27


Très drôle, bravo. J'avais beaucoup de rattrappage à faire, maintenant je suis à date.


aimela 13/07/2010 10:36


Je suis pliée de rires en ne peux que te dire : j'adore


Nina 13/07/2010 10:11


Décousu mais ça se tient et c'est drôle. C'est un ravissement de te lire !
Bravo !!!