Le cacatoès de Kolewo, fin.

Publié le 27 Mai 2010

Le cacatoès de Koléwo, suite et fin.

 



           ....
Je vous fais grâce des détails sur  la fin de notre expédition. Je m'étonnai cependant auprès des hôteliers que personne ne nous ait dit que Koléwo était encore habitée.

-"Bah, me dirent ils, ce ne sont qu'une poignée de sauvages, bientôt eux aussi partiront sur la grande île…"

Quand j'évoquais le Calmir, nul ne put me dire de quoi il s'agissait.

Vous savez ce qu'il advint des Amarcos. Le tsunami les détruisit, accomplissant en quelques heures une échéance de toutes façons  inéluctable. J'ai eu l'occasion de les survoler cet automne, quelques taches plus sombres signalent encore leur emplacement ; Balmor émerge encore, mais rien n'y a été reconstruit.

Le souvenir du Calmir me poursuivait. Aidé par ma femme  Irène, qui venait d'obtenir une chaire d'ethnologie à l'université de Genève, j'ai fait de nombreuses  recherches. L'an dernier nous sommes tombés sur un mémoire consacré aux "traditions des peuplades lointaines" écrit par Lord Swimperley (1723-1792), professeur au  Royal College de Bringston ;  nous apprîmes que Lord Swimperley, lui-même grand navigateur,  était l'ami du Capitaine Clerke, un des proches compagnons de James Cook. Quelle ne fut pas ma joie de lire le mot "Calmir" dans un manuscrit qu' Irène avait "épluché" pour moi: 

            "une légende vivace dans toutes les îles et sur les côtes des océans Indien et Pacifique prétend qu'il existe un instant chaque année où le temps s'arrête. Cet instant est repérable à par des signes : la mer calmit subitement,  le vent tombe, faisant s'affaisser les voiles des navires, les oiseaux quittent leur trajectoire et  percutent les vitres ou les murs,  parfois on parle d'un "rayon vert" annonciateur que de nombreux peuples anciens ont cherché à capter en dressant des mégalithes ou des temples …" 

Lord Swimperley illustrait son propos par des cartes et des images réalisées à la pointe sèche par des dessinateurs des expéditions Cook. Mon attention redoubla lorsque je poursuivis ma lecture :

            "selon un récit recueilli par le Capitaine Clerke, se plonger dans la mer au moment exact du Calmir vous garde  toute la vie à l'âge que vous avez. La plupart des initiés choisissent de passer leur vie à l'âge de 20 ans …"

 

- Quelle délicieuse légende, me dit Irène. Remarque qu'on en trouve de très comparables chez tous les peuples, ça et là on parle de vallées où le temps est suspendu ; cela me donne une idée pour l'article que je dois écrire pour - International Review of Ethnology -"

- Attends un peu, lui dis-je,  je peux te passer les  photos que j'ai prises  à Koléwo.

Je sortis les albums, que je feuilletai avec mélancolie, en pensant que  tous ces gens, ces lieux, n'étaient   plus que souvenir.

- Koléwo… ah nom d'un chien, tu vois, tu vois ! m'exclamai-je, au comble de l''excitation ,  il n'y a que des jeunes ! Que des jeunes gens et des enfants !

- une photo  ne prouve rien, me dit Irène en riant, d'ailleurs ne m'as-tu pas  dit que c'était un vieux qui t'avait invité à entrer dans l'eau ?

- Que ne l'ai-je fait ? plaisantai-je, peut être mon dos ne me tourmenterait-il pas autant aujourd'hui ! Je l'ai pris en photo, ce vieux, près de l'hibiscus où il m'a interpellé, attends je vais le trouver…

Mais j'ai eu beau chercher,  je n'ai trouvé qu'une photo d'hibiscus sur lequel était perché un grand cacatoès blanc à crête jaune, dont un œil était bizarrement  fermé.

 

Rédigé par alinea

Publié dans #contes

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Solange 04/07/2010 04:00


Une histoire bien intéressante. J'ai eu beaucoup de plaisir à la lire. Bon dimanche.


ludmilla 03/07/2010 10:07


superbe conte qui rassasie mon impatience d'hier ! ta plume nous prouve qu'on peut encore rêver et se nourrir de notre imaginaire.


Nina 03/07/2010 09:07


Magnifique récit. Un grand bravo.