Omar

(les redifs de l'été)

 

Histoire d’Omar

 

              

C'est comme la lettre à Elise, tenez, une vraie scie ce truc là. Qui donc chantait "ma voisine ne sait jouer que ça, la la la, la la la…" ? Ah oui, Anne Sylvestre ! C'est vrai que c'était en  un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…

Eh bien vous savez à quoi ça me fait penser, la lettre à Elise ? Vous ne devineriez jamais… à Omar, ça me fait penser à Omar.

Vous pensez que je vais vous bassiner avec une histoire d'amour qui ne dure pas toujours, ou bien  un  souvenir du club méd. ? Vous n'y êtes pas, mais alors pas du tout. 

Omar était …un scorpion. Oui oui, un scorpion. Vous me direz, c'est pas banal pour un  scorpion de s'appeler  Omar. A quoi je vous rétorquerai que déjà c'est pas banal qu'un scorpion ait un nom, dès lors, pourquoi pas Omar ?

Francine et moi avions fait sa connaissance un lundi, alors que nous étions en classe de cinquième. Dans un couloir, Nelly avait entrebâillé pour nous  la boite de cigares aux armes de la Lybian airlines dans laquelle elle l'avait amené.

Il vivait tranquille en son  désert, Omar, avant d'être capturé par  Yves, le prestigieux cousin de Nelly. Petites prisonnières de l'internat que nous étions alors, la légende du bel Yves faisait les délices de nos conversations. Si ma mémoire est fidèle, il était géologue, et baroudait dans les dunes  pour  une firme pétrolière.

Or donc ce Noël là, Yves avait ramené quelques unes de ces sympathiques bestioles pour son frère naturaliste. Et je ne me souviens plus du tout comment Nelly avait réussi à en subtiliser un.

Je me rappelle par contre qu'il m'avait beaucoup déçue, Omar : il ressemblait à une langoustine anémique ; mais quand même, il tenait bien fièrement courbée  sa méchante queue, comme le tueur qu'il était peut être. Sans doute. Il n'était pas question évidemment de le montrer à quiconque pour en avoir confirmation.

Il devint le  passager clandestin du cartable de Nelly. Elle avait eu le bon esprit de subtiliser la pince à sucre de sa mère, qui nous permettait de  tenir Omar  à une certaine distance, et de lui présenter des petits morceaux de salade, puisque, malgré ses visibles réticences, nous avions décidé qu'un régime végétarien était le plus sain.

Mais je vois que vous êtes insensible à la tragédie du pauvre Omar, et sans doute vous demandez- vous ce que la lettre à Elise vient faire dans tout ça ? J'y viens.

Il était très difficile de faire prendre l'air à Omar dans cet internat à la discipline rigoureuse. (Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans…) Le seul lieu discret était un angle mort derrière la salle de musique, sur un banc qui échappait totalement au champ de vision habituel des pionnes. Là, tandis que l'une de nous faisait le gué, nous lâchions Omar  à l'aide de la pince à sucre,  après avoir  balisé son parcours entre des bouquins disposés sur le banc. Promenades hésitantes : on voyait bien qu'il n'avait pas confiance.

L'ennui était que pendant ce temps nous devions supporter les leçons de piano de Mademoiselle G., dont la " lettre à Elise" était le morceau de bravoure et la récompense après les gammes. Or la lettre à Elise en boucle, massacrée par les copines, je vous assure, c'est quelque chose : je ne peux plus l'entendre sans nous revoir sur notre banc, petites dindes inconscientes, avec notre misérable protégé.

Mais le pire est à venir. Un jour notre vigie donna l'alerte : le gros Charlie, le factotum,  se dirigeait droit sur nous avec sa brouette, pour enlever la poubelle située à proximité. Sauve qui peut ! nous remballâmes précipitamment livre, pince, boite… pour nous apercevoir un peu plus tard qu'Omar avait disparu !

 Je ne vous dis pas l'angoisse qui nous saisit les jours suivants quand à chaque instant nous imaginions qu'on allait retrouver le corps convulsé et tout noir  de  Mademoiselle G. ou du gros Charlie….

Mais me voila rendue, je parle je parle, vous ne m'avez pas dit comment vont les enfants ? Ce sera pour  ce soir ? Vous prenez toujours le  18 h 45 ?

 

Quichottine 05/09/2011 20:54


Ben alors... me voilà attendant la suite.

Je suis comme un enfant à qui l'on refuse son quatre heures sous prétexte qu'il a du retard et que l'on va bientôt dîner. :)

J'adore cette histoire sur fond musical. Merci !


Martine 24/08/2011 07:13


Coucou Emma,

Quel délice cette lecture. J'ai souri, puis ri, puis souri encore tout du long.
Invention? Réalité? Je penche pour la seconde car mes camarades et moi, de la seconde à la terminale avions un copain qui nous ramenait plein de bestioles mortes, ou vivantes ( brrrr) Alors, ton
histoire me semble tout à fait véridique si je compare avec mes souvenirs ( mues de serpent, araignées, peut-être scorpion...)

Bonne journée Emma et merci :)

Martine


Solange 23/08/2011 02:22


Omar a prit le clé des champs.Une histoire qui pourrait être réelle. J'aime.


Martine27 22/08/2011 20:49


Mais qu'est devenu Omar ! Je dois dire que j'aime beaucoup cette chanson d'Anne


Nina Padilha 22/08/2011 19:07


Je n'ai pas beaucoup de temps pour visiter les blogs amis, aujourd'hui. Je vous présente mes excuses pour cette défection inhabituelle.
Demain sera un autre jour...
Bonne soirée !


Russalka 22/08/2011 18:19


J'adore... on dirait que c'est une histoire vécue et .. je suis certaine qu'elle a été vécue! Le coup de la pince à sucre, ça ne peut pas s'inventer, si?


sophie 22/08/2011 11:54


Tu m'épates toujours Emma avec tes contes! Quelle imagination...


valdy 22/08/2011 10:35


Extraordinaire conteuse que notre Emma (pardonne ce possessif) ... Je connaissais Gudule-la-Tarentule (en rêve- ou plutôt cauchemar) et Riton-le-triton (qui fut retrouvé, flottant sur les eaux
troubles de l'aquarium de ma fille). Mais Omar le scorpion et la lettre à Elise, alors là... Valdy


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