Rendez vous

                                 

 

Il était déjà là.

Il arrivait toujours le premier.
Trop longs les cheveux.
Moche la veste beige, et bien trop claire pour son âge.
Je jetai mon sac à dos sur la banquette. Il  se tourna vers moi. Je remarquai les petits vaisseaux rouges sur le blanc de ses yeux.

La douleur me sauta en plein cœur.

- salut !

- bonjour Nat, comment ça va ?

- ça va, et toi ?

- on fait aller. Qu'est ce que tu prends ?

Lui  avait déjà pris une bière et un Martini. Il commanda une autre bière.

- un Perrier menthe, s'il vous plait.

- toujours à l'eau, je vois.

Il tentait de plaisanter, mais comme toujours ses efforts de bonne humeur tombèrent à plat.

Je continuai mon inspection des dégâts. Les beaux yeux gris noyés dans la graisse, le visage un peu plus mou, le cou avachi dans le col ridiculement ouvert d'une chemise horriblement verte.

La férocité me submergeait. J'avais envie de le frapper, de lui jeter le verre à la figure. Il n'avait pas le droit de me faire ça, d'être devenu ça, cette chose veule qui tremblait devant moi.

- ton travail ?

- ça va.

- toujours aussi bavarde

- mais j'étais bavarde, autrefois, tu ne te rappelles pas ?

- si si… J'ai changé de voiture…

- ah bon. Tu ne veux pas savoir comment va ma mère ?

- mais si, bien sûr, comment va-t-elle ?

- 40 kilos, 9 de tension. Ne supporte plus la lumière. Ni le bruit. Ni manger. Ni les gens. Ni moi.

- tu exagères peut être un peu ? Tu as toujours exagéré.

- je m'en vais, c'est ça que tu veux ?

- oh, écoute, on se voit une fois par an, tu ne vas pas encore gâcher ça ! Veux tu voir des photos d'Emmanuelle ?

Il sortit son porte feuille. Ses doigts tremblaient. L'alcool ? La frousse ?

La petite riait sur un poney, elle était un peu rousse, comme moi, le visage clair et vif. La douleur resserra ses tentacules.

- elle est bien  mignonne. Clara est toujours là ?

- Pourquoi elle ne serait plus là ?

- je ne sais pas, je me disais qu'elle aussi avait peut être fait son temps.

- tu n'es pas obligée d'être aussi méchante.

- non, mais j'en ai envie.

Il n'arrivait pas à me regarder dans les yeux.

Ce salopard que j'avais aimé plus que tout, mon héros, mon idole. Une nouvelle vague meurtrière m'envahit.

Il rangeait la photo. Il souriait.

- Elle est en avance à l'école, ta soeur, et elle est douée en gymnastique, comme toi, elle prépare un concours avec son club.

- ce n'est pas ma sœur

- que tu le veuilles ou non, c'est ta sœur

- je ne l'ai jamais vue.

Je ramassai mon sac et je me penchai sur lui :

- écoute moi, tu touches un seul cheveu de sa tête, à Emmanuelle, je t'explose la tête.

 

 

Solange 19/06/2010 23:47


Je suis vraiment nul en informatique je n'ai pas réussi à trouver picto.


Solange 19/06/2010 23:37


Une histoire de sous-entendus. Des rencontres père fille difficiles.


sophie 19/06/2010 10:22


Que de souffrances de part et d'autre...Tu écris bien Emma.


jill bill 19/06/2010 09:32


Confrontation annuelle papa-fille...si j'ai bien compris... Ce papa-là me laisse en interrogation... pas en odeur de sainteté... Ne touche pas à un cheveu de sa tête sinon mouais je crois avoir
pigé ... Emma j'ai aimé te lire aussi, merci pour plyson, et tes souvenirs de frites... Bisou à toi bon samedi


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