Dimanche après midi chez les Forsythe

Publié le 17 Septembre 2010

      

      Mum et Dad sont au base ball, avec Will Crisbough, le voisin ; ce qui laisse deux heures à leur aîné,  Brian, pour présenter ses hommages à Madame  Crisbough.

Il n'y a dans la maison que Sharon, et Grandpa Wlad'.

 Grandpa s'est endormi sur le canapé fleuri devant la télé. Sur le  guéridon en formica rutile  le samovar que son père a amené de là bas, et sauvé de la convoitise des perfides  bolcheviks. Grandpa Wlad', qui dort là, ceinturé de flanelle rouge, bouche ouverte, fait penser, avec son crâne luisant, son cou plissé, et  ses grands bras écartés, à un fossile jurassique d'oiseau déplumé qui aurait décidé de nidifier  là, dans les fleurs du canapé.

Dix  fois il a cogné sur la porte des toilettes où Sharon s'est enfermée, mais il n'a reçu que des quolibets. La belle n'a aucun trouble intestinal ; elle est assise sur le couvercle, et attend que sèche sur ses jolis ongles de pied le vernis carminé destiné à foudroyer  l’irrésistible Dany avec qui elle sort ce soir.

Le chien Dickens a beau traîner par terre son museau humide,  flairer le tapis, il ne détecte sous le canapé qu'un vague relent de beurre de cacahuète rance, rien qui puisse justifier que ça vaille la peine de vivre une vie de chien.

Il s'aplatit près de Grandpa, et ils se mettent à rêver ensemble de pique nique dans la toundra où de grands loups gris saucissonnent du  koulibiak. Un  violon joue un air aigre dans le lointain. Wladimir gémit et replie ses abattis.

Sur le petit écran allumé jour et nuit, le détective (chantages en tous genres),  mandaté par le boss du gang des méchants,  est sur le point de faire capituler le président des États-Unis, qui n'aurait pas dû, c'est certain, se laisser aller à des penchants que la morale réprouve.

Dans la maison assoupie tout le monde s'en moque.

Dans le stade, les Monsters prennent la pâtée,  et Will sa huitième bière.

Madame  Crisbough rectifie ses faux cils.

Sharon entreprend de masser ses cuisses de mouche à l'huile essentielle de patchouli.

Tout est en ordre, constate  le fantôme de GrandMa qui passe en voletant devant le bow window du salon.

 

Rédigé par alinea

Publié dans #burlesque

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Martine27 20/07/2011 11:49


GrandMa prend son rôle très au sérieux


Mony 20/07/2011 08:46


Quelle quiétude ! Même le fantôme de grand-mère s'ennuie.


sophie 20/09/2010 15:07


Il flotte toujours au-dessus de nous un fantôme...C'est bon, on se sent protégé.


Solange 18/09/2010 21:38


S'ils reviennent ils devraient nous le faire savoir. Une journée comme une autre bien racontée.


Nina 17/09/2010 12:59


Tu crois qu'on peut "revenir" voir les siens ?