La vie de Brian

La vie de Brian

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 la "loi de Murphy", dite de l'emmerdement maximum : If anything can go wrong, it will !

 

Malraux, qui se disait croyant, n'était cependant pas du tout convaincu de la bienveillance de Dieu envers sa créature… Ce qu'on peut traduire fort approximativement  par :" t'as voulu naitre ? Eh bien rame ! ". À quoi la bienséance se doit d'ajouter : "et si possible en silence, parce que les collègues  rament aussi…" 

C'est l'histoire d'un mec…

Un mec en train de naitre… au hasard… en zéro, à Bethléem, la nuit de Noël…

Au début, il s'en fout de s'appeler Brian…Il  a plus urgent à penser.

En effet, il parait qu'il y a un moment critique au cours de toute naissance, où le mec se dit : "j'y vais, j'y vais pas ?", parce que tout le foutu karma qu'il trimballe lui souffle : "méfie toi, méfie toi…"

Brian est de toute éternité le mec qui se fera toujours entuber. Il n'arrête pas d'en pleuvoir, sur cette terre, des petits Brian dont la postérité ne retiendra pas grand-chose, voire sans doute rien…

 Si tu as un peu de chance, Brian, tu vas naitre sous un climat tempéré, en un pays et une époque où tu auras d'autres préoccupations  que sauver ta peau ; des loisirs, donc, pour gamberger et te consacrer à ces petites  choses douces et ternes qui font ce qu'on appelle "les jours heureux" dont Châteaubriand disait qu'elles " ne laissent à l'homme ni l'envie de perdre, ni de recommencer sa vie…"

Et pendant que tu hésites à naître,  ce que tu  entrevois de ton avenir ne t'emballe pas vraiment…

Dès que tu  commenceras à réaliser, petit Brian, soit tu serreras tes petits poings en répétant "m'en fous, m'en fous "… soit tu joueras les Calimero : " c'est vraiment trop injuste…".

Alors que la  vraie sagesse, la seule,  celle qui peut te  consoler  tout au long de ta vie c'est "ça aurait pu être pire ! "

Tiens, sautons quelques années : quand après avoir bossé comme un âne en prépa normale pendant 2 ans, tu  te retrouveras premier de la liste complémentaire, et ce précisément la seule année de la décennie où il n'y aura aucun désistement, t'auras comme un passage à vide.

Mais écoute  encore  la sagesse populaire : à quelque chose malheur est bon. Intégré, tu n'aurais pas rencontré Annie ! Certes,  Annie n'est pas exactement le gros lot ; mais sache que le soir où tu vas  sortir avec elle, c'est parce que Claudine t'aura posé un lapin ; or Cruella, à côté de Claudine, c'est la fée clochette.

Pareil pour les concours de nouvelles : t'en gagneras aucun, Brian, alors que tu seras régulièrement consterné en lisant le texte du gagnant ! Mais réfléchis : auras-tu tellement envie de recevoir ton poids en saucisson dans la salle des fêtes de Brive la Gaillarde ?

Tu te diras souvent  que t'as trop de poisse, Brian, mais il y a pire, il y a toujours pire… C'est vrai que ça ne te consolera pas outre mesure de ton diabète de penser que d'autres ont le Sida. Mais tu te marreras quand tu liras qu'à l'hôpital de X… un chirurgien distrait a coupé à un type sa BONNE jambe ! Parce que c'est une autre loi universelle : quand il est absurde, le malheur fait rire ! À condition que ce soit celui des autres !

Et puis on connait des cas inverses, sans doute une erreur du destin, (nul n'est parfait), où le contre temps peut vous sauver la vie : l'accident de la route qui  laisse Johnny, rageur, sur le quai, alors que s'éloigne le Titanic… Ou la grippe précoce qui  cloue Bill dans son lit, un 11 septembre à Manhattan… ce qui n'évite ni à Johnny, ni à Bill, de passer quelques jours plus tard dans la rue du port, exactement sous le balcon de Madame Mac Mich, où un pot de fleurs est sur le point lui aussi de larguer les amarres… Eh oui, pour la bienveillance on repassera…

Sois  sûr, Brian, que   chaque jour t'apportera son content d'emmerdements.

Où que ce soit, sache que  tu seras toujours sur la file qui n'avance pas. Celle des Brians. Je te donne deux exemples bien connus qui constitueront une valeur sûre dans tes sketches, au cas où tu ferais " comique". Mais je te rassure tout de suite, Brian, ta renommée  ne dépassera guère la salle paroissiale…

La file où  la caissière, qui elle-même n'a pas de chance, ne tombe que sur des articles sans code barre, déjà qu'elle a pris 3 kgs depuis qu'elle s'est mise au slim fast…les médecins appellent ça l'effet paradoxal.

Celle qui te paraitra la plus rapide devant les guichets de la gare, alors qu'il ne te reste que 6 minutes ; mais que t'auras pas capté que t'es derrière ce qui doit être un Hollandais sous ce monstrueux sac à dos, et que tu ne sauras pas encore qu'avec son vieux vélo (son chien a été écrasé à Marseille) , il rentre à Amsterdam via Bucarest, avec arrêt prolongé à Rome, et qu'il  va s'apercevoir  dans quelques minutes que son porte feuille a dû glisser dans les toilettes …

Et quand tu arriveras à l'attraper, ce train, Brian, tu sais bien qu'il va y avoir un incident sur la voie, parce que les caténaires ont un vieux  compte à régler avec toi, à moins que des grévistes en colère (sont-ils parfois autre chose ?) n'aient décidé de s'asseoir sur la voie… et ce jour là, Brian, par trois fois tu  renieras toutes tes convictions pour souhaiter que les CRS arrivent au plus vite pour leur flanquer la pâtée !

Côté cœur (ou ce que tu appelleras tel jusqu'à ta vingt-huitième année, environ), bien sûr qu'il t'arrivera, Brian,  comme à Bridget Jones, lors d'une scène aussi torride qu'inattendue, de te  rappeler soudain que tu portes un slip qui a été inégalement teinté en rose  parce qu'encore une fois tu n'as  pas trié le linge…

 Eh oui, c'est pas  comme au cinéma, on peut pas refaire les prises…sauf  dans ta tête, la nuit, où tu trouveras facilement le trait d'esprit et la répartie qui tue…

Ça pourrait  être pire, Brian, bien pire ! Tu pourrais naitre en une époque ou en un lieu convulsifs, au lieu d'un endroit où on peut se payer le luxe de faire une montagne avec des contrariétés microscopiques, ou encore en l'an zéro, la nuit de noël, à Bethléem…

T'hésites encore, Brian ? D'un autre côté il y a aussi les fleurs, et les petits oiseaux…

Ah, d'où tu viens, y'en a aussi ? En  v'là  une nouvelle qu'elle est bonne !

 

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La vie de Brian, film des Monty Python :

En l'an 1, en terre de Galilée, Mandy et son bébé Brian reçoivent la visite des Rois Mages, le 24 décembre. Ceux-ci s'aperçoivent de leur méprise et filent dans l'étable voisine, poursuivis par la mère de Brian (joué par Terry Jones). Il va arriver bien des malheurs au pauvre Brian. Plus tard, il adhère au Front populaire judéen, lutte contre les Romains, est compromis dans l'enlèvement de l'épouse de Ponce Pilate, trouve le succès parmi les prophètes, avant d'être crucifié par erreur...

 

almanito 29/07/2015 19:05

Roulant! Nous sommes tous un peu des Brian sans nous rendre compte combien nous sommes privilégiés par rapport à d'autres. Très drôle, le parallèle avec ta fâcheuse goutte d'eau. ma mère qui ne connaissait pas Murphy, me disait: " t'en fait pas, t'en aura jamais plus que tu ne peux en supporter" C'est vrai, le jour où t'en as plus, tu crèves.

Jeanne Fadosi 29/07/2015 18:36

une réédition bienvenue. J'avais manqué la première et ce texte plein de drôlerie et de pertinence est un délice

eMmA MessanA 29/07/2015 18:00

Moi, je te décerne le Grand Prix de la nouvelle drôle de l'été !

Pascale 08/08/2013 09:27

Que c'est drôle !
Pas fâchée d'être passée après ces longs moments d'absence estivales...
Les redifs de l'été, c'est une riche idée !

Pascale☼Nokomis 30/07/2013 12:31

Merci pour ce chouette moment de lecture.
Joliment illustré par Bouddha pris au piège derrière des barreaux.
Bonne journée

Carole Chollet 22/07/2013 20:27

Pas de chance, c'est la norme humaine. 7 milliards de Brian et une poignée de "chanceux" qui survivent un moment à leur célébrité, avant de rejoindre, comme tout le monde, les cohortes obscurs des "Brian", au jugement dernier de la postérité. Et les quelques "chanceux" qui subsistent ont dû souvent en passer par luttes et martyres... C'est la vie, comme dit la sagesse des nations.

Carole Chollet 22/07/2013 20:29

C'est marrant, j'avais déjà écrit la même chose l'an dernier, en moins bavard. Belle constance, je ne sais pas si c'est rassurant ou inquiétant.

Solange 22/07/2013 20:06

J'aime bien le commentaire de Cathycat.

cathycat 22/07/2013 13:25

compteNT of course...

cathycat 22/07/2013 13:24

Un régal ! quelle rigolade !!!
Je comprends mieux pourquoi le bébé royal d'Angleterre tarde à naître... ils compte peut-être l'appeler Brian... :-)
Bisous

Quichottine 22/07/2013 12:26

Morte de rire... mais finalement, c'est un texte plein d'optimisme. J'adore ton humour... même un peu noir.

Passe une douce journée.

Mony 22/07/2013 12:03

J'apprécie ta belle écriture et ta plume d'humour teintée de noir.

Louv' 22/07/2013 11:21

You should have stayed in the kitchen, Brian !
Excellent, Emma, comme d'hab !

aimela 22/07/2013 11:01

Tu as bien fait de rééditer ce texte, il ne me semble pas l'avoir lu ou alors je l'ai oublié et une piqure de rappel ne fait de mal à personne ( rires)

Michèle 22/07/2013 08:30

Je ne m'appelle pas Brian, mais j'avais déjà compris que ça n'allait pas être facile, prévue pour un départ dans la vie à Noel (ce n'était pourtant pas pas l'an 0) je suis restée au nid jusqu'au 26 janvier, ce qui m'a permis d'arriver dans la vie bien costaude (11 livres - depuis j'ai fait Weight Watcher) pour affronter les problèmes. J'avais seulement oubliée de penser que ce ne serait pas drôle pour ma pauvre Maman !
Bravo Emma encore un superbe texte ! amitiés -

jill bill 22/07/2013 07:13

Eh oui la vie avec son lot de tout et de rien...

Carole 30/10/2012 11:28

Une vie, quoi !

Oo° Kri °oO 12/09/2010 08:42


Très bon dimanche!


Tit'Anik 11/09/2010 18:20


Je ne connaissais pas, c'est amusant j'ai bien aimé
Merci pour ce partage
Bisous


Solange 10/09/2010 15:23


Je vois que ça ne s'est pas arrangé il est toujours aussi malchanceux. Bonne fin de semaine.


ludmilla 10/09/2010 09:56


J'adore ! Quelle belle écriture précise et percutante pour nous servir une revisitation de la Création jusqu'à l'Apocalypse. Bravo pour cet excellent cru !


Nina 10/09/2010 09:38


C'est bien écrit et bien enlevé. Lol !


Solange 19/03/2010 23:31


Une vie assez bien rempli. Si on savait à la naissance ce qui nous pend au bout du nez, je crois bien qu'on ne voudrait pas sortir.


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