Tourisme textuel

Tourisme textuel

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              Amour dans le faré sur le lagon alangui. Ua here vau ia oe, je t'aime. Amour, m'mour, t'amour, tamouré. Ukulélé. Pluie chaude sur les tiarés. Hélas mon amant ne s'appelle pas Rereao ou Tahitoa. Il n'a pas la peau dorée et ne pose pas sur les brochures du club med un harpon à la main.  Le mien c'est René Dugenou, employé des postes à Papeete. Il plie bien soigneusement son petit polo écru sur le fauteuil Emmanuelle de l'hôtel. Le paradis n'est plus ce qu'il était. Paradis chamallow d'une langue de voyelles.

La consonne, voila ce qui fait le nerf. Le nerf de quoi ? Prenez Czardas par exemple. Le violoniste  a le nez en bec d'aigle, l'œil sombre sous une mèche qui tombe, et donne des coups d'archet sauvages et râpeux comme le Z. Là où « je t'aime » se dit « szeretlek » il ne faut pas probablement  attendre de voluptés languides.  Brandebourgs, torse avantageux, Les officiers font valser la mousseline sous les lustres de cristal. La danse et la guerre, voilà la belle  vie des hommes. Mon amant est là. Sissi. Non ce n'est pas Franz le beau lieutenant à la lippe enfantine, ni Django, le tzigane au violon. Mon amant s'appelle René Sorel, précepteur quelque peu gringalet chez les Habsbourg, la branche des Habsbourg de Coblenz, établie dans le commerce des canons.

La czardas on s'en lasse, on finit par rêver de maracas. Mon  amant de Caracas n'est  pas Ezequias, l'insolent directeur de l'aéroport qui m'a retenue 3 heures pour un petit  flacon d'Eau sauvage que j'ai amené au cas où. Pourtant il s'en est fallu de peu. Dieu qu'il était beau dans son costume blanc ! Finalement,  c'est René Martin, mon voisin de voyage, qui a hérité de l'eau sauvage. Eu te amo. Enfin, un peu. En échange il m'a filé sa rhinite virale. Somme toute une déception, quand je rêvais d'entendre « el condor pasa » joué par une troupe de ponchos, mais Lima était complet. Incas de force majeure.

Un cas aussi que la balalaïka, le luth des toundras ... Un cas à garder dans mes annales. (Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit).  Mon amant s'appelle Michal, et c'est le plus beau de Mejdouretchensk. Il joue « les yeux noirs » à la balalaïka. Je regrette de n'avoir pas eu des parents communistes. Hélas, pour quelques kopecks,  il susurre « ia tibia lioubliou »  aux  autres retraitées de l'Indre qui ont fait le voyage avec moi, voire «  men seni sevaman », après 3 vodkas, da,  parce  que sa mère est Ousbèque ! Je regrette mon eau sauvage.

C'est là que j'ai ressenti un manque de rythme et de chaleur. Je me souviens d'Aldembe qui chantait « na moula, na moula » en tapant sur son djembe. Sa peau de bronze sur laquelle   le feu jetait des éclairs fauves enflammait mes sens. Tam tam sur mon pauvre coeur tandis que René, originaire de Pithiviers, employé intérimaire au Mac Do de Dgamenou me tenait la main, d'une façon non équivoque, quoique moite.

Pour l'heure je regarde défiler les merveilleux nuages par le hublot, Brahms dans mes écouteurs. J'ai profité de la détaxe dans l'aéroport pour acheter de l'eau sauvage pour mon René. Dommage qu'il ait la phobie de l'avion....
 

Quichottine 25/01/2017 17:42

Je n'aime plus l'avion... mais j'ai aimé ton récit.
Merci, Emma.
Passe une douce soirée.

Jeanne Fadosi 25/01/2017 16:33

un bien joli voyage de tourisme instrumental

almanito 25/01/2017 14:12

C'est vrai que lorsqu'on visite un pays, si on ne peut pas goûter aux spécialités locales, c'est pas la peine de voyager!

jeanne 25/01/2017 11:00

Ce n'est que bonheur ..que de lire des pérégrinations à travers le monde, mots doux jamais de morose.. Je regrette ne pas avoir été "compagnon" de tes voyages.
Félicitations pour cet envol !

Mony 14/02/2015 11:47

Dure la vie de cougar, leurs rêves ne correspondent pas à la banalité du quotidien

almanito 14/02/2015 08:37

Mais je ne me permettrais pas de te faire dire ce que tu n'as pas dit, Emma!
Je vais encore me répéter mais quel bonheur de te lire. Tu te joues des mots avec gourmandise et une allégresse réjouissante, en grande virtuose.

jill bill 25/08/2013 07:59

Je me souviens avoir emporté ce tableau emma.... clin d'oeil de jill

jamadrou 25/08/2013 07:17

Oh! Emma, quand tu as la tête dans les nuages
pas facile de te suivre dans tes rêves d'Hommes
pour éviter les déceptions il y a toujours quelque part un René
et il y toujours quelque part une petite eau parfumée
(texte très enlevé qui fait voyager!...)

cathycat 31/07/2013 23:48

Ah mais c'est que je ne vais plus regarder les consonnes de la même manière maintenant !!! :-)

Michèle 29/07/2013 14:09

Finalement est-ce que le bonheur ce n'est pas d'avoir des "René" ? C'est la vie !!!
amitiés

Quichottine 29/07/2013 09:49

Amours rêvées ou réelles, l'important n'est-ce pas toujours d'aimer ?

René a de la chance... finalement, c'est toujours lui le préféré.

aimela 28/07/2013 21:36

Ah ! les yeux noirs à la balalaïka ce doit être quelque chose, merci pour ce petit rêve :)

flipperine 28/07/2013 16:42

des souvenirs

Hélène Carle 16/02/2013 20:07

Comme c'est beau cette mélodie de mots!

Hélène*

joelle.colomar.over-blog.com 11/06/2011 09:39


Quel beau déhanchement, si féminin. Ce tableau m'enchante. Merci. Joëlle


Pénéloop 06/10/2010 17:15


J'aime beaucoup celui-ci,

surtout si tu m'envoies
les numéros des portables...

Pénéloop


abeilles50 12/06/2010 11:16


Bonjour Alinea,
S'il avait été Croate, il t'aurait dit " volim te ", Letton " es tevi milu ", Ukrainien " la tebe kohaiu ", Roumain " te iubesc ", Slovaque " milujem ta "... mais il était Russe, alors il t'a dit "
la tibia lioubliou "...
Bon week-end. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz


Solange 12/06/2010 04:09


En voyage aussi c'est permis de rêver.En espérant qu'il appréciera eau sauvage.


Géhèm 11/06/2010 18:30


Découvert votre blog grâce à un ami.
Je viens de passer un très agréable moment à vous lire et reviendrai vous visiter avec plaisir.
Bonne soirée.


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