table d'orientation
&perluette
le titre est proposé par
Solange : le rital de l'aéroport
Deux heures de retard.
Pas assez pour retourner à la maison.
Donc poireauter dans ce lieu que j’exècre.
Rien que penser au mot "avion" me terrifie. Il faudrait me ligoter pour me faire embarquer. Mais il faut bien venir accueillir les amis, et c'est pourquoi me voilà coincée dans cette demi- sphère de verre et d'alu perchée dans le ciel, comme un vaisseau de science fiction.
Et l'avion de Judy a 2 heures de retard !
Je m'assois sur un banc de métal rutilant.
Les silhouettes se découpent en ombres chinoises sur la lumière de la coupole panoramique. Peut être que ce ne sont que des ombres, des fantômes d'anciens vols jamais arrivés, ou des figurants
qui jouent éternellement le même rôle…
Des hommes d'affaires cravatés : ils effleurent un écran tactile, ou marchent de long en large, vissés à leur portable. La terre ne saurait tourner s'ils s'accordaient une minute d'inactivité. Peu de familles, on est en période scolaire. Une équipe de sport, il en faut une. Un groupe de retraités dont les valises arborent des autocollants voyants " Djerba, Airpascher ". Migrants accablés qui trimballent d'énormes sacs rayés sur des chariots à bagages. Des patibulaires que tout le monde espère voir embarquer ailleurs.
Je vais à la boutique acheter quelque chose à lire. Un polar en poche, ça convient à la situation. N'importe lequel. De
toutes façons j'oublie toujours les titres de ceux que j'ai déjà lus.
Comme je vais prendre "Nina la rouge", un homme derrière moi allonge le bras vers "l'insomnie du chacal" et dit :
- Prenez plutôt celui-là, il vous ira mieux.
Je me retourne vers l'homme. Un italien, bien sûr, je l'avais entendu au soleil de son accent. Mûr, ma non troppo. Des yeux gris dans un visage bronzé, pull en cachemire noir, du genre par exemple à vous convertir illico au café en capsules alors que vous ne prenez que du thé.
Comme il me tend le livre, je reçois une légère bouffée de Acqua Di Gio.
Les play-boys sûrs d'eux ont le don de m'énerver.
- Comment savez vous ce qui me va ?
- Vous êtes une femme raffinée, cela se voit. Et "le chacal" vous plaira, plus subtil que violent.
Un bon point pour lui, s'il avait parlé de mes yeux ou autre détail anatomique, je l'aurais envoyé promener.
- Vous l'avez lu ?
- Mieux que ça, je l'ai écrit !
- Gino del Pozzo, c'est vous ?
-Nul n'est parfait, comme vous dites chez vous… Avez-vous le temps pour un café ? J'attends un ami, mais son avion a 2 heures de retard
- Ah, Amsterdam ? Moi aussi j'attends ce vol. Volontiers, mais je préfère un thé.
Gino recule ma chaise avec élégance. Un écrivain ! Quand je raconterai cela à Judy !!!!
- Et vous, belle dame, que faites vous, laissez moi deviner… Antiquaire ? Libraire? Comédienne ?
Je ne suis pas menteuse, mais, de même que les policiers se disent "fonctionnaires" en société, il m'est impossible d'avouer mon métier. Principalement en présence de Casanova en personne. Je suis professeur de mathématiques, et beaucoup trouvent que c'est un tue l'amour garanti. Mais il n'est pas question d'amour, évidemment.
- Je suis illustratrice. De livres pour enfants.
Je ne mens pas tout à fait, j'ai décoré récemment de clips arts un poème écrit par mon neveu.
- Alors nous sommes collègues ! Parlez moi de votre métier.
- Vous d'abord. C'est quoi, la vie d'un écrivain ?
Gino est charmant, plein d'humour. Les deux heures passent vite, trop vite. La voix d'outre galaxie qui tombe des hauts parleurs annonce l'arrivée du vol d'Amsterdam.
- Claire, ce n'est pas possible que nous ne nous revoyions pas, je vous note mon numéro de portable sur le ticket de caisse, appelez moi, je vous en prie.
Il pose légèrement sa belle main sur la mienne, et file.
Un peu chavirée, je me rends dans la zone de débarquement, il y a foule et je perds Gino de vue. Qu'importe, j'ai son numéro !
Voilà Judy, épuisée par les péripéties de son voyage. Elle a toujours une foultitude de bagages, je m'attelle à sa grosse valise à roulettes, tandis qu'elle harnache son énorme sac à dos.
Comme nous nous éloignons, j'entends crier "Fausto ! Fausto !". Je me retourne. Bien sûr, c'est l'ami que Gino attendait ! Elle a une somptueuse crinière blond foncé, un blouson de fourrure, un pantalon de cuir, et une silhouette à faire damner tout le vaisseau spatial. Elle se jette sur lui et, hélas, je ne peux que constater qu'il manifeste le même enthousiasme.
Je fais une boulette du ticket du buffet, et le lance dans une poubelle.
- Allons, dis je à Judy, as-tu des souhaits pour ton séjour ?
Cher portable
- Salut !
- …
- Ouais. Oh dis donc, c'est un truc que je ne souhaite à personne ! D'avoir des parents comme les miens ! Ça non alors ! Même à mon pire ennemi.
Quoique… à l'ignoble Mélodie, peut être. Et aussi à cette vieille toupie de Selena, et sa crête de punk, à son âge ! Bon, ça, c'est crétin, vu que c'est ma sœur, Selena. On voit où ça l'a menée
d'avoir des parents comme ça ! " Pandora et Selena, les filles Alien, vous connaissez ?" Heureusement les copains croient que ce sont des noms de série télé ! S'ils savaient ! Mortes de
honte on serait, la Sélène et moi.
Parce que tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents Hellénistes. Hellénistes distingués on dit. Faut croire qu'il n'y a pas d'Hellénistes vulgaires. Selena, elle est née quand le pater
finissait sa thèse "survivance des rites séléniens dans l'Athènes de Périclès". Kévin, il dit qu'on l'a échappé belle, on aurait pu s'appeler Mnémosyne et Tisiphone.
-…
- Kevin! Mais si, tu sais bien, mon cousin, celui qui se la pète en moto, avec des dreadlocks supercrados et des ti shirt à triskel.
-...
- Ah, tu vois qui ?
-...
- Non je sais pas pourquoi le triskel ; il dit que c'est la marque de sa tribu, mais je crois bien qu'il est tout seul dans sa tribu. Ça empêche pas qu'il s'est fait étriller samedi dernier
derrière le phare, par une autre tribu. Les "antimatière". Eux ils sont deux. Parait que l'endroit est à eux, ces nases. Il la ramenait pas après ça, le Kevin, tout péteux et pantelant,
ils lui ont bombé sa moto, dis donc !
Pour en revenir à mes parents, tu sais ce qu'ils m'ont fait, hier ? M'ont carrément oubliée. OUBLIEE. Devaient venir me chercher après la repet' de "Ophélie et les asphodèles". M'ont
oubliée. Pas de manteau, pas de change ! Ils étaient repartis avec mon sac en me déposant à la bourre.
Me suis retrouvée dans le métro en tutu, les chaussons trempés ! Rigole pas, c'est pas drôle. Et deux grands imbéciles en costard sont venus me serrer de près, un de chaque côté, pour se foutre
de moi.
Et tu sais où ils étaient les parents Alien pendant que je me tapais en tutu l'aftershave des deux gugusses ? Eh ben madame Alien était chez Papy Alien qu'a un ictère
- …
- Un ictère ! Une cirrhose si tu veux.
Et monsieur Alien baladait dans le 16e la pétition pour la sauvegarde des mots anciens, tu vois l'urgence… des mots qu'on dit plus depuis Vercingétorix, mais qu'il est INDISPENSABLE de remettre
en service au plus vite : "argousin, peccamineux "… À côté de leurs pompes je te dis ! Mais " gourgandine", et "lupanar", ça a un petit air bio tu trouves pas ?
Pu… non ! Gourgandine ! déjà 9 heures, j'raccroche, j'vais louper le cours de Frankenstein ! Salut, à c'soir, c'est toi qu'appelles, hein ?
La première partie du voyage, impec ! Pas trop de monde encore. Juju dort comme un bienheureux.
Trop beau pour durer. Au péage de Brise les Banesse, le voila qui se met à hurler à pleins poumons.
- Ah, s'il te plait, fais taire ton fils, dit l'homme.
- Ah oui ? et comment je fais taire MON fils ?
- Donne lui son Barnabé.
- Barnabé ? Barnabé, Barnabé, où il est Barnabé ? Tu l'as mis où son Barnabé ?
- Ecoute je conduis, zut, cherche, il est sans doute tombé.
- Non il n'est nulle part. Quand même c'est toi qui as installé le petit.
- Mais c'est toi sa mère, non ?
- Ça c'est l'argument qui tue ! Patrick ? Patrick, retourne, il va pas pouvoir passer quinze jours sans Barnabé…
- Retourner ? ça va pas, non ? 200 bornes plus 200 ; ça fait 400, tu te rends compte ? Juju, la ferme !
- Parle pas comme ça à Juju, c'est pas de sa faute !
- C'est la faute à qui ? Qui est ce qui a téléphoné à sa mère pendant une heure au lieu de vérifier les bagages ?
- Patrick, qu'est ce qu'on fait ? mon Juju pleure pas, s'il te plait, tais toi… Tu vas voir, la mer c'est chouette, il y a des petits crabes, on va faire des pâtés…
- JE vais faire des pâtés pendant que tu feras ta bronzette…Mais fais le taire ! Ecoute, j'en peux plus, on s'arrête à la prochaine aire de repos, tu prendras le volant et je m'occuperai de mon fils.
- D'accord.
C'est pas croyable les ressources d'énergie contenues dans un si petit bout de chou. Nous descendons, Juju toujours couinant, de façon pathétique maintenant, hoquetant, son petit visage congestionné et tordu de détresse, suivis par le regard suspicieux d'un couple de Hollandais entre deux âges qui saucissonnent sur une des deux tables en bois grisâtre de la petite aire. Nous nous installons sur l'autre.
- Tiens Juju, regarde le bel escargot, il est pas beau l'escargot à son papa ?
Juju tend la main vers la bestiole gluante et s'arrête brusquement de pleurer.
- Tu vas pas lui donner ça, c'est dégoûtant !
- Dégoûtant peut être, mais ça lui plait.
Juju est visiblement sous le charme. Il pelote l'escargot dans tous les sens, le met à sa bouche.
- C'est sale, Juju, donne à maman
Juju pousse un cri strident. Je lui rends l'animal. Juju est ravi, accepte son biberon…Nous voilà repartis. Juju s'endort, serrant la chose baveuse dans sa menotte potelée.
Ce qui m'évite provisoirement d'avoir à avouer que je viens de retrouver Barnabé dans le sac où j'ai rangé les pulls au dernier moment.
Le début est proposé par Nadine : le fantôme de l'Opéra de Paris vient
d'arriver à l'Opéra de Detroit.
Le chef lève sa baguette et...
celle-ci se recourbe gracieusement comme la tige d'une tulipe fanée.
En même temps, les cordes font des noeuds, les bois se tordent comme des boas, le triangle s'arrondit.
Matière molle.
La violoncelliste bouddhiste, le pianiste exhibitionniste, le flûtiste cryptocommuniste, la harpiste idéaliste, le cornettiste naturiste, le trompettiste pessimiste, le hautboïste unijambiste et les violonistes tristes restent cois.
Quoi ?
Cois.
Silence.
Pas un son.
Pause.
Derrière le rideau, la grande haridelle qui joue Giselle devient toute blanche et fait une syncope. Glissendo.
Octave le régisseur, pris de peur, fait une fugue.
Contretemps majeur.
Un soupir d'impatience monte de la salle. Un trio laid est secoué par une quinte nerveuse.
Les choristes syndicalistes se lèvent. Ils se sont trompés de jour, ils croyaient qu'on donnait Aïda .
Dans les cintres le fantôme se lasse. Il tape le velours rouge de son éventail (il n'a pas eu le temps de se changer depuis le chevalier à la rose qu'il a perturbé à Berlin), et part s'enfiler une absinthe au bar. C'est pas tout ça, il doit encore faire le Met et les émirats dans la soirée.
La baguette se redresse, les cordes se tendent, slancio ! Giselle se met à gambader gaiement.
Un petit canard passe inaperçu : c'est Annette, la brunette à lunettes qui ne retrouve pas le do de sa clarinette.
Beau succès ! dira la presse demain, malgré quelques bémols : le tuba un peu bas, le basson molasson, trop de sanglots longs chez les violons, galipettes des trompettes dans les grimpettes, mais les cors étaient raccord, et le violoncelle a fait des étincelles...
l'introduction est proposée par
Joëlle
- Très chère… vos homards bretons étaient parfaits ! Certes ils avaient beaucoup voyagé mais votre mayonnaise africaine a beaucoup aidé. Belle âme et tête
sublime, j’aimerais tant pommader votre chair de cette sauce crèmeuse d'oeufs, d'huile et de moutarde et broyer vos os si délicats avec une pince à crabe toute de vermeil. Je vous dégusterai
alors par petits bouts gourmands, tout en finesse sur un lit d’asparagus et nous serons comblés… Très chère dites-moi oui.
- Je me demande, Gonzague, s’il ne faudrait pas vous interdire le champagne. Vous délirez, très cher, après deux coupes.
Et il passe alors, dans vos yeux gris, vos beaux yeux gris - vous rappelez-vous comme je les aimais, vos yeux, Gonzague ? - il passe dans vos yeux comme un voile glauque, peut être l’aboutissement de tous ces siècles de consanguinité. Votre sang bleu vire au glauque, Gonzague.
Vous rêvez de broyer mes os, très cher, Taïaut ! Moi je verrais bien votre belle tête à côté de celles des cerfs et sangliers que vous avez achetées à la brocante pour décorer les murs. Un peu mitées, d’ailleurs. Cela vous siérait à merveille, j'ai toujours trouvé que votre visage a quelque chose de l’austérité mélancolique de l’élan du Canada.
Nonobstant vos fantasmes de meurtre érotico-gastronomique, suggèreriez-vous, Gonzague, que mes homards n’étaient pas frais ? Ils viennent de chez Vraichon, "à la fraîche nasse", la crevette au prix du caviar.
Demain vous aurez des radis.
- Huguette, votre temps de parole est dépassé…
Sans queue ni tête
version audio cliquer en bas à gauche de l'image
autre version, improvisation par la Compagnie Tous azimuts le théatre, de Roubaix
C'est un petit soldat de
plomb
Qui monte la garde sur le pont d'Avignon,
Et ron et ron petit patapon
Sous le pont
Se morfond Cendrillon,
Las, hélas, si lasse,
De laver ses haillons,
Servir et desservir
Écuelles et chaudrons.
Sur le pont
Le chat Michel
(que son père,
Un "De Gouttière"
Ma chère,
N'a jamais reconnu)
Court le marathon,
Passe et repasse,
Et chaque fois crie au soldat
D'une voix de plus en plus rauque :
"Aide moi, aide moi,
Dis moi comment faire
Pour retirer les bottes de l'ogre !
J'en ai plein les bottes,
J'ai les pattes en compote.
Arrive une citrouille
Conduite par Charmant
(oui , oui, LE prince !)
Qui se meut lentement.
Une citrouille, (c'est bien connu)
N'est pas aérodynamique !
Il s'enferre, le pauvre
Il n'a jamais appris,
Titi carabi,
À diriger des rats !
Et voilà qu'il doit
Ramener à bon port
Chez Madame Neige
(Blanche, pour les intimes)
Une pleine cargaison
De nains en goguette
Qu'il vient de ramasser
Sur le bord de la route.
Ils sifflotent, ces nuls,
Ma tante tirelirelire !
Alors qu' il a rencart
À deux heures moins le quart
Avec la fée Clochette
Sur un nénuphar bleu
Les rats ont aperçu le chat !
Veulent filer,
Mais ce sont rats de villes
Moustaches vernissées,
Mollets en guimauve
Voila la citrouille versée
Et cul par-dessus tête
Les sept nains larirette
Braillant à tue tête.
Charmant, crie le chat qui repasse
Pour la centième fois
Délivre moi,
Coupe le cuir de ces bottes
Du tranchant de ton épée !
Qu'ai-je fait de ma pantoufle ?
Pleurniche Cendrillon,
Cherchant dans son panier,
Pas de morale à cette histoire
Larirette larirette,
Cendrillon qui pleure sa pantoufle
N'aperçoit pas Charmant
Qui lui irait comme un gant.
Destin cruel
Qui fait courir le chat Michel
Qui ne voulait que faire ronron.
Seulette la fée Clochette,
À la volette.
Et le soldat dans tout ça ?
Il ne pense pas.
Un soldat, ç'est pas fait pour ça.
Les jeux de l'été.
Récréation pour long trajet en voiture
version audio, cliquer en bas de l'image à gauche
Annabelle
Avec deux L
Si belle,
Intemporelle,
Avait le cou frêle
D’une tourterelle
(Avec deux ailes).
Sous la tonnelle,
Sa robe en dentelle
Fleurant la citronnelle
Sur la balancelle
Nimbait d'irréel
Ses jambes de gazelle.
Ouf, pas d'ombrelle !
On l'a échappé belle.
Mais là, c'était la veille de Noël.
Annabelle
Sirotait une mirabelle
A la cannelle
Aux Trois Chandelles.
Avec Estelle
Une grande sauterelle
Intellectuelle,
Isabelle,
Sensuelle jouvencelle,
Et sa jumelle
Adèle,
Un peu caractérielle.
Or ces quatre belles
Etaient encore demoiselles.
Aux trois chandelles
Cette veille de Noël,
C’était le banquet annuel
De la Manivelle Tourangelle,
Il y avait Kamel
Le roi de la semelle,
Trois Michel
Et deux Daniel,
Quelques industriels,
Louis-Armel
Et Jean-Gabriel,
Contractuels
Dans l'audiovisuel.
Le pt'it râblé, c'était Marcel,
En conditionnelle,
Bretelles
Et mortadelle.
C'était pas un demi-sel
Marcel.
Dans le crépuscule
Du vestibule
Une pendule
Minuscule
Offerte par un Théodule
Jadis à une Ursule
Dont il était le Jules
Et la pendule
Se disait : c'est nul,
Et même ridicule
De n’être plus qu’un réticule
Pour des pilules
Capsules,
Gélules
Et granules.
Moi qui vis tant de conciliabules
De flamboyants noctambules
Des somnambules
Des poètes funambules
Chassant des libellules
Moi qui vis des hercules
Vider de grosses crapules.
Certaines avec particule.
(Les Trois Chandelles
Furent un temps un bordel)
Encore une fois sonner une heure belle
Où, tiens, Annabelle
Rencontrerait Marcel…
Mais pour Marcel
Et ceux de "la Manivelle",
C'était l'heure rituelle
Des chansons traditionnelles,
Confraternelles,
Et obsessionnelles :
"Les deux pucelles "
Et " Quand Margot achetait des quenelles"
Qui firent fuir les demoiselles.
De dépit, la pendule
Explosa en un monticule
De molécules.
Dix petites pilules d'oubli font un rond blanc sur l'assiette verte.
La première est pour le ciel bas, il m'écrase et me noie. Restent neuf.
Neuf petites pilules blanches forment un chapelet sur la faïence épaisse.
Celle-ci sera pour le boulot de merde, ce boulot qui me broie. Huit.
Huit petites pilules soulignent en arc la pomme fanée sur l'assiette de Maman.
Une pour Maman qui m'a faite orpheline. Il n'en reste que sept.
Sept petites pilules, je les pousse en montagne pointue sur le dos de la pomme.
Celle du haut, pas parce que tu ne m'aimes plus, mais parce que je ne t'aime plus. Six.
Six petites pilules en tas informe font une tache blême sur l'assiette ébréchée.
Celle-ci me nargue, elle sera pour Jeannot qui ne m'écrit jamais. Ça fait cinq ?
Cinq petites pilules au bout de mon doigt dessinent une étoile sur l'assiette si douce.
Une pour Justine qui ne m'appellera pas. Il n'en reste que quatre.
Quatre petites pilules ne sont plus qu'un carré déplumé au milieu de la pomme.
Celle de l'angle droit pour mon tendre bébé qui n'est jamais né. Plus que trois déjà?
Trois petites pilules se suivent joliment sur la queue de la pomme.
Je prends... celle du milieu pour oublier que j'ai avalé les autres. Deux ?
Deux petites pilules blanches sont des moutons troubles sur une pairie verte
Une pour la vilaine figure que je vois dans la glace qui ondule. Une, une, une ?
Une petite pilule que je ne trouve plus dans l'assiette cassée.
Maman, je suis si fatiguée…
musique : Sibelius, valse triste
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au passant égaré...
C'est à dire toi, que Google a guidé jusqu'ici, parce que tu lui as demandé "soubrette de charme", ou encore "grosses fesses", pour ne citer que les émanations les plus poétiques de tes promenades nocturnes sur la toile...
Sache que je ne peux rien pour toi, et j'en suis désolée.
Certes tu trouveras peut être ici, si tu veux te donner beaucoup de peine, (mais je pense que ta quête est beaucoup plus urgente), quelques allusions libertines, mais vraiment à dose homéopathique, pour ne pas dire subliminales. (Pense quand même à effacer l'historique de navigation au cas où ta Maman aurait la malencontreuse idée d'aller jeter un œil sur tes révisions de bac)
Mais puisque vous êtes là, viendez donc prendre un petit verre, c'est la maison qui offre !
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