adieu poppies

(les poppies, ici clic)

tandis que la foule exultait, je me rappelais les boulevards, quatre ans plus tôt, quand couraient vers les gares ces cohortes de jeunes gens qui ne reviendraient plus, et au lieu de chanter, noyé dans cette mer humaine, j'élevais ma pensée vers la funèbre armée qui emplissait la nuit...

Ah! non, je n'ai pas chanté ... J'aurais dû peut-être, mais les souvenirs me serraient la gorge. Il défilait trop de fantômes dans ce ciel sans étoiles. Aujourd'hui encore, en écrivant ces mots désordonnés qui veulent jaillir ensemble, je crois entendre les clameurs de l'Armistice et je lève les yeux vers la nuit éternelle où passaient les suppliciés. C'est ce défilé-là qu'auraient dû regarder les survivants.

Roland Dorgelès

le fiancé de Verdun (clic)

Il n'y eut jamais de jardins plus beaux qu'en ces lointaines saisons où nous avions seize ans. C'était sur les collines. On y jouait au tennis. Les jeunes filles portaient des robes blanches. Elles bondissaient comme des agneaux, et les notaires, qui leur servaient de partenaires, comme des montagnes, pour employer le langage du cantique des cantiques.

Mais de temps en temps, pendant dix jours, le notaire était remplacé par un soldat qui venait de Verdun. C'était le fiancé.

La semaine suivante, il était mort. Il ne restait plus de lui que sa photographie dans un album relié en velours bleu ; il y portait un col trop large, peut-être parce qu'il était trop maigre, peut-être parce que son uniforme était prévu pour un autre mort.

Alexandre Vialatte.

***

le centenaire, c'est fini, et il n'y a plus de témoin.

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mais ça, il faut l'écouter :

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