La prédiction

  • Emma
  • contes
La prédiction

           Le petit village de Colombeau les trois seaux doit son nom et une modeste célébrité aux trois seaux de Jadranska, Sainte patronne de sa petite église.

Sainte Jadranska était une comtesse moldave du 6e siècle, qui, selon la légende, se réfugia à Colombeau alors qu'elle était  poursuivie à cheval, depuis les Carpathes, par une horde de barbares assoiffés de sang et de pillages ; l'histoire ne dit pas pourquoi, on sait seulement que bien avant Monsanto, ces cavaliers maudits savaient déjà empêcher l'herbe de repousser après leur passage.

Pour tout bagage Jadranska avait 3 seaux liés sur son cheval : l'un contenait quelques bijoux cachés sous des raves bouillies, le second de l'avoine pour sa fidèle monture, provisions dont la protection divine assura le renouvellement tout au long de sa fuite éperdue, et le troisième une croix  pour faire reculer les loups et le diable.

Hélas, les gredins à ses trousses arrivèrent dans la nuit, et mirent le feu à la hutte des braves paysans qui l'hébergeaient, les faisant tous rôtir.

Au matin on retrouva les trois seaux intacts, étincelant sur les cendres fumantes. Le miracle fit grand bruit, on éleva autour d'eux un petit oratoire qui devint  lieu de  pélerinage.

 

La légende s'amplifia au cours des siècles, et on prétendit que la destruction des seaux apporterait de grands malheurs. Cette réputation les protégea longtemps des hommes, tant que ceux-ci vécurent dans la crainte de Dieu.

Pourtant, le  soir  du 13 juillet 1789, il arriva qu'un mécréant, sortant de l'auberge du tonneau joyeux, visa étonnamment juste le premier seau, avec le lourd pichet d'étain qu'il venait de vider, et le pulvérisa ; malgré sa pendaison illico, les prières et pénitences, on sait ce qu'il advint au pays dès le lendemain.

On mit alors une grille autour de l'oratoire pour protéger les deux seaux restants. Ce qui n'empêcha pas un étranger de passage, un Bosniaque dit-on, (furieux comme peut l'être un Bosniaque qui vient de se faire plaquer), d'écrabouiller un deuxième seau à coups de bottes, le 27 juin 1914.

Le chaos de l'histoire qui suivit donna définitivement raison à la prédiction.

 

De nos jours le seau restant est protégé des mauvais coups par une vitre à l'épreuve des balles, comme la Joconde. Il figure sur le trajet des tour operators qui déposent de temps à autre devant l'oratoire des paquets de Chinois amateurs de selfies.

Les esprits sceptiques ricanent au sujet de la légende : ils affirment qu' il n'est pas possible qu'un objet en fer résiste aussi longtemps à la rouille, ainsi, dans la nature, même une cannette métallique serait décomposée en 400 ans. Bien que peu de ces ricaneurs aient vécu assez longtemps pour le vérifier. Mais les croyants objectent qu'on retrouve en assez bon état des vestiges de l'âge du fer. Et c'est sans compter sur la nature sacrée de l'objet.

 

Quand même le seau est bien rouillé, et d'aucuns craignent qu'il ne s'effondre en poussière. Mais peu redoutent réellement qu'il s'ensuive une catastrophe : ces jours-ci sont assez paisibles, tout juste un peu agités par une petite campagne  électorale.

pour Miletune, source photo ici

Adrienne 03/05/2017 14:05

excellent, Emma! excellent, plein de bonnes idées, d'à propos, d'humour! bravo!

Maryline 01/05/2017 16:39

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise, mais qu'en est-il du seau, aussi rouillée soit-il? Jolie légende!
Bonne soirée!

Solange 01/05/2017 16:33

C'est toujours un plaisir de lire tes histoires, j'ai bien aimé l'idée.

Quichottine 01/05/2017 11:59

Eh bien, ce seau rouillé m'aura donné l'occasion de lire une passionnante légende.
j'adore ton interprétation !

Merci, Emma... j'espère que le seau ne tombera pas en poussière tout de suite, parce que même s'il ne s'agit que d'une campagne électorale incroyable, il pourrait s'en suivre un nouveau chaos.

Bises et douce journée Emma. Je te souhaite un très beau premier mai.

almanito 29/04/2017 10:06

Il tient toujours? Tu surveilles bien et au moindre effritement tu nous prévient, qu'on ait le temps de fuir.
J'adore l'allusion à Monsanto dans cette histoire:))

Pastelle 29/04/2017 08:31

C'est vraiment génial. J'adore ton histoire et ton sens de l'à propos. Bravo.

jill bill 29/04/2017 08:15

Lu sur Mil et Une... j'ai aimé ton interprétation Emma... bravo !

Michèle 29/04/2017 08:14

Emma, je retrouve là ton grand talent de conteuse et de créatrice. Je suis scotchée.

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog