Cékoidon ?

 Cékoidon ?

 

       Dans la salle des arts militaires du musée du peuple à Irkoutsk, on peut admirer un cekoidon, pièce unique en bronze, qui, comme beaucoup des œuvres exposées, a une histoire émouvante, que Tolstoï relate dans ses souvenirs.

L'objet  témoigne à la fois d'un passé glorieux et d'une piété familiale hors du commun.

Il a été conçu et usiné par le général Piotr Dourakine, pour être offert à son frère, Ivan Dourakine, son aîné de deux ans, lui-même également général, qui avait gagné ses galons et perdu ses deux bras à Sébastopol, ce qui, hélas, le privait définitivement du plaisir du knout.

Afin de pallier l'humeur souvent morose d'Ivan, Piotr Dourakine fit réaliser pour lui une réplique miniature du célèbre canon Gustav. L'œuvre comporte un réceptacle sur le dessus, et un levier latéral.

Dans le salon vert du château des Dourakine, l'objet trônait sur une vaste table supportée par des pattes de lion en bois doré, dont le plateau représentait  fidèlement la carte de Sébastopol, son port et ses huit baies.

Entre les hautes fenêtres se dressait un haut chevalet sur lequel on devinait un grand tableau voilé par le drapeau de la Sainte Russie.

Sauf quand les généraux Dourakine décidaient après boire de refaire la funeste bataille. Le vieux Nikolaï enlevait alors le drapeau, découvrant le portrait par Morton de Lord Raglan Somerset, celui-là même à qui Ivan devait d'être estropié.

Ivan crachait alors son tabac mâché dans le réceptacle du cekoidon, donnait un grand coup de crâne sur le levier, qui actionnait un puissant mécanisme, et la chique et le jus de chique étaient alors violemment propulsés sur l'ennemi.

La précieuse machine fut retrouvée par miracle dans les décombres après l'incendie du château Dourakine en 1914.

 

Jeanne Fadosi 30/07/2015 10:14

une savoureuse histoire dans l'Histoire

cathycat 29/07/2015 19:22

Oh la belle vengeance ! :-))

Lorraine 27/07/2015 17:08

Je ne crois pas que la Comtesse de Ségur soit à l'origine de ce conte russe, mais à ton imagination forcenée et superbe, chère Emma! Devant la même consigne, je suis restée non pas muette, mais envolée ailleurs, vers des horizons plus conformes à mon sens des réalités... :) En lus, j'admire toujours ce souci du détail qui donne à ton oeuvre une véracité telle que les plus sceptiques se posent néanmoins des questions... :)
Lorraine

Michèle 26/07/2015 16:50

Beau cadeau à un frère et on imagine bien la scène ! boum sur Somerset ! super Emma.

Quichottine 26/07/2015 11:37

Excellent !!!
Quelle bonne idée tu as eu là !
Belle vengeance... J'aime beaucoup ton récit.
Passe une douce journée.

aimela 26/07/2015 11:16

Merci pour l'information, je ne connaissais pas

Jackie 26/07/2015 09:40

Je découvre…
Merci

almanito 26/07/2015 07:58

Il eut été délicat vis à vis du général estropié que l'on rajouta les bras manquant sur la carte représentant fidèlement Sébastopol, mais il est vrai qu'il ne faut pas attendre de telles attentions de la part de généraux. Quoiqu'il en soit l'intention est touchante, j'imagine fort bien ce grand chef de guerre se tapant la tête contre une catapulte en bronze. Géniale invention, qui fait certainement les délices du dirigeant Russe actuel, n'en doutons pas.

jill bill 26/07/2015 06:55

C'est une pièce dont je saurais dire le but, tu t'en bien servi Emma... ;-)

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