Tango

pour les impromptus littéraires

Tango

     Bien entendu, dès qu'il avait appris que je souhaitais visiter l'expo Vettriano à l'art gallery, et comme chaque fois que je venais à Glasgow, ce vieux Gonzague, jarret ferme d'ancien danseur de tango malgré ses presque nonante ans, et plus British tu meurs avec son sempiternel parapluie, avait insisté pour m'accompagner, sous le prétexte, assez mince, on en conviendra, qu'il estime avoir un rôle protecteur envers moi, en raison du doute qui le taraude sur une possible grand paternité, depuis une fugitive relation, selon lui explosive, qu'il eut pendant le blizz dans un abri sous les bombes, avec ma grand-mère Daisy, alors femme de chambre à l'Hermitage (ou du moins ce qu'il en restait).

Quand je la questionnais sur le sujet, Grand-mère Daisy, paix à son âme, agitait sa petite main et je crois encore l'entendre dire de sa voix éraillée par une pratique excessive de cigarillos de contrebande, et dont elle exagérait  l'accent cockney : "comment savoir, petite, il y avait tant de monde dans cet abri… "

Quoiqu'il en soit, cette hypothèse génétique ne vous autorisait pas, Gonzague, même si vous jurez souvent que votre parapluie est celui même de Mary Poppins que vous auriez gagné un soir au jacquet, à nous précipiter tous les deux dans ce foutu tableau, dont moi qui n'avais rien demandé, en criant : supercalifragilisticexpialidocious !  sous prétexte que vous y auriez reconnu notre Daisy.

D'accord, j'aime le tango, vous le savez, et vous fûtes un bon professeur,  mais sous cette pluie battante et sur la plage déserte de "la leçon de piano", j'apprécie moyen, je suis frigorifiée, d'autant que vous m'avez collé comme partenaire, Dieu sait pourquoi, Jésus, le livreur de pizzas portugais avec qui précisément j'ai eu des mots la semaine dernière parce que sa Margarita avait l'air d'occasion.

Et ne parlons pas de cette allure que vous avez, tous les deux, Daisy en soubrette muette prête à embarquer sur un canot de trafiquants de la prohibition et vous, grand flandrin de majordome, sur le point, je le crains, de vous envoler dans un tableau de Folon de la galerie voisine…

Eh Gonzague, ne me laissez pas là, Daisy ne m'est d'aucune aide, (après tout elle n'est qu'une peinture), mais moi, Gonzague, au secours, quel calvaire de danser avec Jésus !

 

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Michèle F. 29/11/2014 11:41

Voici un tango soufflant! Un tango qui décoiffe!
Patience, Emma, je manque de temps pour me promener partout mais avec ce sacré (à cause de Jésus) vent qui me pousse au derrière....

Jeanne Fadosi 15/11/2014 18:14

délicieux morceau (x?) de bravoure ! je sens la pluie sur moi et le sable se dérober sous les talons

Quichottine 08/11/2014 17:35

La référence à Mary Poppins ne pouvait que me plaire.
J'adore ton interprétation !

Passe une douce soirée.

almanito 08/11/2014 09:14

Ah Emma, je savoure à chaque fois, quel délice de te lire!
J'adore le contraste entre le ton et le fond du texte, vraiment jubilatoire.
Passe un bon weekend, j'espère que tes soucis de connexion ont trouvé enfin une solution.

Michèle 07/11/2014 15:35

C'était peut-être le moment de te rabibocher avec "yézus" pour qu'il t'apporte une pizza neuve la fois prochaine, et puis tu as quand même mis la robe adéquate, ne serais-tu pas un peu séductrice ? Bravo Emma super histoire comme toujours. Amicalement

Mony 07/11/2014 15:13

Un délice découvert sur Impromptus et que je savoure à nouveau avec plaisir.
(quelle allure, belle dame:)

chaourcinette 07/11/2014 14:33

je m'voyais déjà (en haut de l'affiche...) sur cette plage fouettée par le vent, la pluie et les vagues !
quel mémorable tango, vous dansâtes belle Emma !!

jill bill 07/11/2014 13:39

Ah quel tableau !!!!! Merci emma

jamadrou 07/11/2014 13:24

Comment la magie,mieux que Jésus, peut faire sortir d'un pas (de danse) difficile?

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