Coup de fil

Coup de fil

photo pictozoom

- Allo, je suis bien chez Marie D. ?
- Oui. Que puis-je pour vous ?
- Madame, vous étiez, je pense, une collaboratrice de Pierre V. ?
- Exact, avant qu'il ne soit nommé à Nantes. Que se passe-t-il ?
- Visiblement vous n'êtes pas au courant. Mon mari est décédé il y a deux mois.
- ….
- Allo ? Allo, madame D. ? vous êtes là ?
- oui. C'est, c'est… terrible

C'est pour ça que tu ne répondais pas à mes messages, Pierre, pardonne moi d'avoir douté de toi, pardonne moi pardonne moi

- Je suis désolée de vous l'apprendre par téléphone. J'ai trouvé sur son bureau une enveloppe, avec votre prénom, j'ai fait le rapprochement, et j'ai cherché vos coordonnées sur internet.
- ah…
- dans l'enveloppe il y a un livre de poésie qui sans doute vous appartient. Un fac simile de l'édition originale de la prose du transsibérien. (je vous lis ce qui est écrit en 4e de couverture). Je suis étonnée, parce que Pierre n'avait aucun intérêt pour la poésie. Mais peut être lui avez-vous prêté ce livre à cause des illustrations de Sonia Delaunay ? La peinture, et surtout le dessin, il aimait ça.

Aucun intérêt pour la poésie…

C'était un soir parfait où nous avions écouté de la musique sur mon lit, et ce long long poème dit par la voix profonde de Vicky Messica.

Un soir si parfait que je t'avais offert le livre, pour que tu t'en souviennes toujours. Un soir si parfait, si parfait …

- Allo ?
- Oui, ce livre est à moi, en effet, nous… nous en avions parlé au travail.
- je vous l'envoie par la poste.
- Merci. Puis-je savoir comment, et où…
- oh, ça a été brutal. Le cœur. Où ? Eh bien il a souhaité que ses cendres soient jetées à la mer depuis la pointe du Groux, à Traodez. Je suppose que c'est lié à ses souvenirs d'enfance, sa famille était bretonne, mais il ne parlait jamais de ces années-là, c'était un taiseux, vous avez dû le constater !

Nous étions arrivés au crépuscule à Traodez. Et nous étions les premiers clients du petit hôtel "la Paimpolaise" qui venait d'ouvrir. Nous avons été gâtés par les propriétaires. Au matin, très tôt, tu m'avais emmenée sur les rochers du Groux. Sur un aplat nous avons attendu que la mer monte et nous entoure presque... Tu m'as raconté ton enfance. Avec une emphase un peu comique, tu as dit "je te donne mon pays, Marie, la mer et le ciel sont notre royaume pour toujours".
Pierre, je vais aller te retrouver dans notre royaume.

- Madame D ? Donc je vous envoie le livre.
Ah, au fait, j'ai trouvé aussi une enveloppe au nom de "Mathilde". J'ignore qui elle peut être, est-ce que vous la connaissez ?

 

Michèle F. 02/12/2014 08:48

C'est souvent comme ça : la mort réserve de ces surprises.... Des lettres, des objets ou n'importe quel signe abandonnés là brusquement dans un appartement ou une maison et que personne n'aurait dû trouver....

mireile du sablon 29/10/2014 20:17

...beaucoup de questions de part et d'autres, troublant en définitive...
Bises de Mireille du sablon

Pascale MD 23/10/2014 20:40

Un coup de fil qui doit faire un sacré choc.
J'aurais pas aimé...
Bonne soirée.

les cafards 21/10/2014 17:10

une sacrée histoire comme on aime pleine de saveur

Lorraine 15/10/2014 18:17

...et j'imagine que l'épouse à la fois trompées et veuve, n' a pas innocemment parlé de la lettre à Mathilde?....Subtile et démoniaque vengeance de femme trahie! J'admire ce récit tout en finesse, chère Emma, qui nous mène...par le bout du nez! :)
Lorraine

almanito 15/10/2014 17:21

Emma tu es terrible! Quelle chute!
J'adore ton humour et puis en même temps, cette Mathilde entre en scène juste avant que Marie ne rejoigne ce bourreau des coeurs;)

jackie 15/10/2014 16:47

Quelle superbe chute !!!
Bravo Emma

chaourcinette 15/10/2014 15:10

j'adore Emma ! Que de sentiments, que d'amour caché !! encore ! encore ! bises

Solange 15/10/2014 14:35

C'est bien imaginé, un monsieur qui avait plusieurs vies. J'aime beaucoup la finale.

Quichottine 15/10/2014 14:17

Euh... Je reviens sur terre avec la fin... Mathilde ?
Y aurait-il donc d'autres souvenirs partagés ?

Je ne veux pas le croire... C'est trop beau avec Marie !

Michèle 15/10/2014 13:32

C'est une très belle histoire, je garde le romantisme et oublie la dernière phrase... j'aime mieux.
Merci Emma

ladymiche 15/10/2014 10:58

Très beau récit , un peu troublant...
Bises Emma.

Nina Padilha 15/10/2014 10:20

Pour mourir, il suffit d'être vivant.
Et cela peut s'arrêter brutalement, sans avertissement.
Très beau texte qui fait ressortir aussi le fait que vivre près de quelqu'un ne signifie pas le connaître vraiment...
Bisous !

jerome 15/10/2014 09:07

joliment raconté...et la chute emporte le morceau !

jamadrou 15/10/2014 08:24

coup de fil terrible
mais quel beau billet Emma!
(Vicky Messica, bien sûr je ne connaissais pas , lui est Cendras ça brasse!)
Merci Emma

Pastelle 15/10/2014 07:30

La chute est excellente !

jill bill 15/10/2014 06:42

Ouh la !!!! Un homme à femmes....

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog