Chez Georges

pour Miletune

statue Georges Simenon, à Liège

statue Georges Simenon, à Liège


Cela ne prend que quelques minutes, quelques secondes pour devenir un assassin. Avant, on est un homme comme un autre*…

Ni pire ni meilleur, mais tout de même assassin en puissance. Ou violeur. Ou héros. Tout est affaire de circonstances. Et d'occasion.
Une seconde pulsionnelle suffit à ôter une vie, et détruire la sienne, à détruire ce qui a demandé toute une vie, ou des siècles, à construire. Tel est le pouvoir du cerveau reptilien sur les émanations sophistiquées du cortex.

C'est un type ordinaire, qui a une petite vie, de représentant de commerce ou de fonctionnaire, dans une petite ville aux maisons de brique.
Il fait gris et humide, avec un ciel si bas… 
Une péniche passe sur le canal, et deux amoureux illégitimes s'embrassent sur le chemin de halage…

Lui, c'est le représentant de commerce gominé qui est descendu dans la chambre 7 de l'hôtel de la gare, une chambre des années 50, avec son lit de fer, sa vieille commode, son fauteuil à moitié défoncé et sa toilette à eau courante chaude et froide.** Il y a de grandes pivoines sur le papier peint fané, et  un édredon sur le lit ;
on allume la lampe sur le mur au dessus du lit  avec une poire qui pend  au bout du fil électrique.


Un peu plus bas dans la rue, dans l'estaminet "chez Georges",  le mari de la dame qui est en train d'embrasser le représentant de commerce sur le chemin de halage  joue aux cartes avec les amis du bureau. C'est lui, le fonctionnaire.
Le vin est servi dans des  verres ballons, il est sombre, presque noir, avec un point rose et plus lumineux au centre.***
Il ne le sait pas encore, mais tout brave homme qu'il est, habile joueur de poker et bon camarade, apprécié de son chef de service, il est déjà un assassin en puissance.

Voilà, il n'y a rien à faire, le destin va le conduire là où il ne peut qu'aller, dès qu'il aura  repris sur la patère son manteau gris et  humide, qui fume  près du poêle à charbon, et remis son chapeau fatigué sur sa tête un peu dégarnie, déjà promise à la guillotine.

Il est six heures du soir et la sirène de l'usine hurle le débrayage…


*L'ami d'enfance de Maigret
** Maigret chez le ministre
*** Betty

 

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mireille du sablon 21/05/2014 10:55

"Merci Monsieur, je m'assois volontiers à vos côtés et devinez qui est l'auteur de mon livre???"
Gros bisous du jour de Mireille du Sablon

JC 21/05/2014 08:26

Tu décris bien les démons qui peuvent s'emparer de tout être au demeurant "normal". Simenon t'a soufflé dessus ! Bises. Joëlle

Louv' 20/05/2014 21:37

Même si je ne suis pas vraiment fan de ce genre littéraire, j'admire Simenon. Et toi, tu es en plein dans son atmosphère si particulière. Chapeau !

Jeanne Fadosi 20/05/2014 18:41

j'ai lu Simenon mais j'en ai surtout vu les adaptations à l'écran. Il était parait-il sévère avec elles.
Je trouvais Jean Richard et plus tard Bruno Cremer faisant d'honorables commissaires.
bravo pour cet agréable dialogue suréaliste

erato 19/05/2014 21:23

Magnifique ! Une description extraordinaire qui m'a permis de te suivre en imagination sans me perdre.
C'est triste de penser, qu'un grain de sable peut dérégler un rouage et changer le cours de la vie.
Belle soirée Emma

Pascale@nokomis 19/05/2014 20:26

J'aime beaucoup cette statue, très vivante.
Bonne soirée Emma

Thérèse 19/05/2014 16:52

J'aime beaucoup les statues et je me suis assise à côté de ce Monsieur , il ne m'a jamais répondu ....
Un pari entre amis voilà quelques années .
Merci Emma ....
Bisoussss

Carole 19/05/2014 15:56

J'avais déjà commenté sur Miletune (je crois). Je récidive : c'est très "simenonien", ce texte. Tu as bien saisi l'ambiance. Un écrivain que j'admire.

Solange 19/05/2014 15:07

Il y perd sur tous les plans ce monsieur impulsif.

chaourcinette 19/05/2014 14:03

Tout lu Simenon !! pas tellement pour les intrigues, juste pour l'ambiance...! un Maitre ce monsieur !! merci pour cette piqure de rappel !!

Nina Padilha 19/05/2014 10:56

Mazette... Les pulsions sont effrayantes si elles ne donnent pas un éclair de génie !
Bisous !

jill bill 19/05/2014 06:47

Oh oui lu sur Miletune... l'art d'employer des extraits de Georges Simenon... merci encore emma !

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