"Après" à Cannes

Réédition marronnier à l'occasion du festival de Cannes

(initialement  pour Miletune, sur une image de Robert et Shana Parke Harrisson)

On ne va pas à Cannes pour rigoler. Il suffit d'évoquer les Palmes d'or de ces dix dernières années pour s'en convaincre : la Shoah en Pologne , le massacre de Columbine aux Etats-Unis, l'avortement clandestin, les racines du nazisme .. (Télérama)

Télérama qui cite Thierry Frémaux :
Beaucoup pensent que les chants désespérés sont les chants les plus beaux, ce qui, d'ailleurs, est en partie vrai. Hormis quelques exceptions notoires il il y a toujours eu chez les cinéphiles français une tendance à sous-évaluer la comédie, qui relèverait d'un genre pas sérieux. .... La comédie est l'une des choses les plus difficiles à réussir et réclame un public intelligent.

"Après" à Cannes

"Après", est un film de Börge Lindqvist Bornemark, d'après le roman éponyme du regretté Ievgueni Konstantinovitch Tiouttchev, dont chacun a encore en mémoire la tragique immolation par le feu devant le monoprix d'Irkoutsk il y a deux ans.

Tourné en noir et blanc, ce film à très petit budget n'en est pas moins d'une rare puissance et ne laissera personne indifférent.

L'immense Kjell-Olof Ingólfsson, qui, pour les raisons de santé que l'on sait, n'a pas tourné depuis "Glauque", oscarisé en 1968, incarne "Il", seul personnage du film, et il crève littéralement l'écran.

Pendant les trois heures que dure le film, dans un lieu indéfinissable, gris et plat,."Il", armé d'un grand balai à feuilles, ramène inlassablement vers un immense tas d'ordures les déchets qui s'en échappent.

Pas de dialogue, donc, pas de monologue, pas d'autre bruit que celui du vent, et une musique envoûtante qui met à vif les nerfs du spectateur : une seule note d'harmonica, qui stridule quand une bourrasque fait voler des détritus, et que le rythme du balai de "Il " s'accélère.

Le visage sans expression de l'acteur suggère que le personnage est emmuré en lui-même. Sans doute ne sait-il pas lui-même qui il est. Probablement un rescapé. Peut-être le dernier homme !

Et puis, après trois heures de balayage, l'impossible se produit, dans une scène qui sans nul doute restera culte : dans tout ce gris, un coup de vent fait voler un objet vivement coloré. C'est un livre d'enfant "les trois petits cochons", qui atterrit aux pieds de Il.  

Alors que la caméra effectue un lent zoom avant d'une intensité insoutenable, on voit son masque se fissurer, on comprend que TOUT lui revient. Il pose son balai, s'assoit sur le sol et se met à hurler, tandis que le spectateur reste KO assis.

Un très grand film, que notre magazine considère comme le chef d'œuvre de Börge Lindqvist Bornemark. Hélas celui-ci ne montera pas les marches à Cannes, puisque nous apprenons, alors même que nous imprimons ces pages, qu'il a mis fin à ses jours hier soir dans un parking souterrain de Tromsø ; et il ne pourra pas être représenté par son acteur qui a regagné sa clinique dès la fin du tournage.

Communiqué des organisateurs : la permanence de la cellule d'assistance psychologique se tient au Majestic, comme  chaque année pendant le festival.

 

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Solange 15/05/2015 21:54

C'était le bon moment pour le remettre cet article.

mireille du sablon 15/05/2015 17:21

...de la parade, rien que de la parade, dommage!
Bises de Mireille du sablon

Nina Padilha 13/05/2015 17:00

Nullement concernée par ce festival...
Bisous !

jackie 13/05/2015 15:59

Merci c'est drôle et triste à la fois...

Tizef 13/05/2015 08:47

Superbe !

almanito 13/05/2015 07:49

Allez vlan, tout le monde en prend pour son grade, réalisateur, comédiens, critiques y compris le public béat d'admiration. Le pire c'est que c'est à peine caricaturé et qu'on peut nous faire avaler à peu près n'importe quoi. La tristesse intellectuelle et le snobisme sous forme de modèle de pensée, quitte à se faire c....Ben oui, c'est qu'on n'est pas là pour rigoler!
J'ai encore passé un bon moment, c'est bon de rire dès le matin.

Michèle 13/05/2015 07:31

Epoustouflant Emma ! tu es géniale !

jill bill 13/05/2015 06:16

Je me souviens de la photo en thème... un film de ouf ! ;-)

Solange 11/09/2013 20:03

J'y ai cru jusqu'à la fin, tu as l'art de nous faire croire ce que tu veux.Bravo.

Mony 11/09/2013 19:46

Toujours ton bel imaginaire qui nous laisse entrevoir de manière originale les travers de notre société. Et vive les trois petits cochons !

aimela 11/09/2013 10:52

Grand film peut-être mais mènerait au suicide s'il existait , pas pour moi, merci :)

Michèle 11/09/2013 09:43

Emma tu es époustouflante...J'y ai presque cru jusqu'au dernier paragraphe. Tu devrais proposer ton scénario je suis certaine que tu trouverais preneur ! Quel bonheur de te lire. Allez tu es tellement formidable je me permets ce matin de t'embrasser !

Louv' 11/09/2013 07:36

Quelle imagination, Emma ! Ce film, s'il existait, en mettrait plus d'un mal à l'aise, mais ferait sans aucun doute le délice des critiques.

Quichottine 11/09/2013 06:57

Oups... je crois que je n'irai pas voir ce film (heureusement qu'il n'existe pas, mais je suis sûre qu'il pourrait)... mais ta critique est tout à fait réussie.
Bravo !

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