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La ferveur.

La ferveur.

           Parmi la foule qui clame avec ferveur qu'elle a quelque chose de Tennessee, qui connaît réellement cette part cachée de lui-même ?

Les fins lettrés le savent sans doute, qui ne sont peut-être pas là à chanter sur les Champs Elysées, mais qui étaient peut être hier aux Invalides. Ou qui n'ont pas la télé, et lisent au coin de la vieille cheminée  de leur bergerie.  

Quelques-uns parmi nous se souviennent de la chatte et du tramway, parce que des stars les ont incarnés.

 

La ferveur.

La mort commence trop tôt On ne connaît rien à la vie, et la voilà déjà ! Oh ! comprenez donc qu'il n'y a que l'amour qui compte et que nous devons nous unir en face de cette chose noire qui vient de s'installer dans notre maison.  (La chatte sur un toit brûlant)

 

L'un incarnait l'énergie vitale, maintenant tout de suite. L'autre la grâce de l'esprit, la grandeur du passé, le goût de la beauté. Le prince et le pauvre. Le yin et le yang, tout l'humain à eux deux. C'est épatant.

Nous déléguons à quelques icônes le soin de nous représenter sur le podium (les écrans, ou dans l'Olympe), parce qu'ils ont le charisme, le toupet, le talent, le charme, le "too much" qui nous manquent ; à eux de tenir notre rôle par procuration, en retour nous nous réservons le droit d'admirer, idolâtrer... et railler.

 

Quelle importance pourrions-nous attacher aux choses de ce monde ?  La renommée ? Vous la partagez avec la médiocrité ou le crime. disait Chateaubriand qui pourtant ne crachait pas dessus !

La notoriété n'est pas la jauge incontestable de la valeur. Combien de merveilleux artistes et écrivains ont quitté cette terre dans la plus grande discrétion, ou l'indifférence.

Mozart lui-même, Mozart ! a été enterré à la tombée de la nuit au cimetière Saint Marx, dans une fosse commune.

 

La foule est versatile : comme les insectes sont attirés par la lampe, elle peut s'enflammer pour le meilleur, comme elle  peut suivre la musique militaire, la flûte de Hans de Hamelin, les orateurs les plus diaboliques…

 

Mais pourquoi ce besoin de se rassembler, de communier, quelle qu'en soit la raison ? Selon les bouddhistes, parce qu'aucun être humain ne peut se résoudre à être coupé du "grand tout".

            Par définition, l'homme est situé dans l'espace et dans le temps et il n'accepte ni l'un ni l'autre.

… Tout être humain dès sa conception, dès qu'un ovule et un spermatozoïde ont fusionné, se trouve devenu une individualité parmi beaucoup d'autres, coupé du Tout ou de la Totalité, limité, défini, circonscrit, relatif, conditionné, ayant un début et allant vers une fin… Or, cela, personne n'en prend et n'en a jamais pris totalement son parti. ... C'est l'analyse psychologique fondamentale du Bouddha : cette individualité, cet ego, ce sentiment de la dualité (du moi et du non-moi, du mien et du non-mien), la certitude d'être Untel ne peut produire que la souffrance… Aucun corps humain n'a jamais eu le dernier mot. Arnaud Desjardins ( les chemins de la sagesse)

   Et si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.
   Je vous ai vus, grands champs baignés de la blancheur de l'aube ; lacs bleus, je me suis baigné dans vos flots - et que chaque caresse de l'air riant m'a fait sourire, voilà ce que je ne me lasserai pas de te redire, Nathanaël.

Je t'enseignerai la ferveur.

(Gide, Les Nourritures terrestres)

 

 

le paradis sur terre est ici en son entier

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J
Deux hommages en miroir qui t'ont inspirée de bien belles réflexions avec en prime l'archive d'une émission sur l'hommage national à Victor Hugo au moment de sa mort en 1885. J'ai écouté attentivement jusqu'au bout et je dois dire que l'interprétation qui est faite par le commentateur de l'événement me plonge dans la perplexité.<br /> Car enfin quand il a écrit les châtiments, après le coup n'état de Napoléon le petit, Victor Hugo, à 50 ans, n'était pas d'un âge canonique.<br /> Ceci étant, la ferveur des foules me fait toujours un peu peur.
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C
On aime ou n n'aime pas mais fore est de reconnaître que la notoriété de ces deux hommes dépassait nos frontières , qu'ils font partie de notre patrimoine culturel .
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C
je faisais mon sapin tout en guignant sur la télé...je n'étais pas fan, mais ce qui m'a touchée c'est la communion des fans..c'est l'hébétude de certains dans la foule, les pleurs, les chants...c'était bien plus émouvant que la mort du chanteur....<br /> Je ne sais pas si c'était bien approprié cette descente des Champs Elysées, mais si rien n'avaient été fait, ça aurait été le chaos dans Paris...donc, il a réussi le tour de force de réunir toutes les catégories d'hommes et de femmes unis dans le même chagrin....800 000 personnes et 10 millions devant leurs télés ...<br /> La vieille réac que je suis parfois me dit que j'aurais voulu ces 800 000 personnes dans la rue pour défendre des grandes causes...mais bon ! je me console en me disant que Victor Hugo a réuni 2 millions de personnes !! lol<br /> Bises Emma !
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P
Pas fan non plus, tout en reconnaissant qu'il a fait partie de mon histoire par quelques chansons, j'ai allumé la télé juste par curiosité, et finalement j'ai suivi toute la messe, alors que je ne regarde pratiquement jamais la télé ! Drôle de comportement donc, emportée par l'émotion, moi aussi. C'était la plus belle prière universelle que j'ai jamais entendue. Merci les musiciens. Sinon je m'interroge aussi sur cet extraordinaire rassemblement, et ton texte apporte quelques pistes de réflexion aussi sur la ferveur. Qui sait, Gide aurait peut être aimé Johnny ? Qui peut savoir ? ;)
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A
Si je n'étais pas fan de Johnny, j'aimais quelques unes de ses chansons surtout ses premières. Je comprends que pour beaucoup, il représentait malgré ses failles et peut-être grâce à elles , l'espoir, la fureur de vivre, le sentiment de ne pas être seul dans ce monde impitoyable qu'est la vie. Quelle ironie du sort que Jean D'Ormesson qui est tout le contraire , lui qui trouvait le beau partout parte en même temps mais peut-être que c'était voulu ainsi . Qui sait s'il n'y a pas quelqu'un qui tire les ficelles de la haut
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Q
Dans une moindre mesure, pourquoi éprouvons-nous le besoin de nous rendre à l'enterrement d'une simple connaissance ?<br /> Pourquoi ces mots que l'on dit qui ne sont pas toujours tout à fait sincères sur le défunt ?<br /> Pourquoi un décès familial fait-il oublier les années de silence ?<br /> Je crois que chaque mort nous rapproche de la nôtre, nous fait réfléchir à ce temps qui passe, inexorablement.<br /> Il me semble entendre encore mon parrain me dire que nous vivions une nouvelle décadence, comme au temps de l'empire romain. Le pouvoir offre des cérémonies officielles à tour de bras, attirant l'attention sur certains, l'éloignant des autres. Stratégie ?<br /> Je n'étais pas fan de Johnny, mais j'aimais certaines chansons.<br /> <br /> J'aime beaucoup ta façon de présenter ces deux "héros de la nation" disparus.<br /> "L'un incarnait l'énergie vitale, maintenant tout de suite. L'autre la grâce de l'esprit, la grandeur du passé, le goût de la beauté. Le prince et le pauvre. Le yin et le yang, tout l'humain à eux deux. C'est épatant."<br /> <br /> Les deux laissent une trace. J'ignore laquelle s'effacera en premier.<br /> Comme tu le dis si bien, la foule est versatile...<br /> Merci pour cette page, Emma.<br /> Passe une douce journée.
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E
Johnny me laissait indifférente, je ne m'en suis jamais occupée. Je ne sais pas pourquoi. Je n'écoute pas la radio, n'ai acheté que très peu de disques ou cd, que d'ailleurs je ne pensais pas à écouter. Je n'enregistre pas de films. Mais j'ai eu un choc similaire je pense à celui qu'éprouvent les fans de Johnny quand le roi Baudoin est mort, alors que je n'étais pas une "fan" non plus. Je me suis mise à pleurer au téléphone (c'est mon père qui m'a donné la nouvelle) et j'ai passé une journée d'hébétude complète. Je me sentais en parfaite union avec tous les autres qui faisaient la queue pour rendre hommage à la dépouille (nous n'avons pu avoir congé...).
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L
L'Homme est avant tout un être social ... JJ Rousseau n'avait pas entièrement tort.<br /> Le "populaire" (!) se met donc à l'abri dans la foule et dans les ferveurs éphémères.
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J
La foule, à sa façon, avec ferveur a communié pour saluer les yeux bleus et l'ardeur de vivre de l'un comme de l'autre en espérant que longtemps cette fureur de vivre reste en elle, pour que longtemps, en elle, la joie demeure et pour que la vie soit, en tous, force qui va.
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M
...c'est une partie de leur vie qui s'en est allée avec Johnny, cela peut expliquer ce besoin de se rassembler...<br /> Je n'étais pas fan mais je fredonne encore des airs de ses chansons...<br /> Bon dimanche, bises de Mireille du sablon
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A
Tu décryptes fort bien ce besoin que nous avons tous de nous retrouver en groupe pour porter notre ferveur à une idole comme autrefois on la portait à un dieu, parce que nous n'acceptons pas d'être seuls. Je comprends ton analyse mais ce qui m'étonne, c'est la qualité de l'idole que nous choisissons pour nous identifier. Parce que enfin d'autres disparitions récentes ont marqué nos vies et l'histoire de l'humanité de façon beaucoup plus significative. On ne s'est pas rué pour suivre le cortège de Simone Veil pour ne citer qu'elle, et on ne verse pas de larmes pour les milliers de misérables engloutis dans la méditerranée, qui sont pourtant nos frères, bien plus proches de nous que l'idole d'une scène de music-hall.
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E
Ce n'est pas la valeur qui fait pleurer, la peine n'est pas proportionnelle à la vertu, la qualité morale, le nombre. Ces choses là sont du ressort de l'intellect, pas de l'émotion. Et l'émotion ne se commande pas, elle nait d'une résonance inconsciente avec nos désirs, nos fantasmes, nos peurs, nos douleurs.<br /> <br /> Elle est (hélas) sensible à la mise en scène. Un psy citait le cas d'une dame qui culpabilisait d'avoir plus pleuré à l'enterrement de Sue Ellen (un personnage de la série Dallas) qu'à celui de sa propre mère, et il lui avait répondu (tiens un psy qui parle ?) que c'était parce que celui de Sue Ellen était mieux mis en scène. Et mettre en scène, c'est racoler, d'une certaine manière, musique, éclairage, zooms, effets divers éprouvés pour leur capacité à faire vibrer.<br /> <br /> Ce n'est pas que nous soyons insensibles à la détresse des migrants, notre intellect le déplore, mais il est incapable de ressentir dans sa chair la souffrance multipliée par mille et cent, il faut pour cela qu'elle soit à notre échelle : le monde entier a pleuré sur la photo du petit garçon mort sur une plage, c’était proprement insupportable.
L
Un seul mot, Almanito : Bravo ! Mais c'est le genre de réaction qu'il vaut mieux éviter de crier, en ce moment !
J
J'ai découvert Tennessee avec cette chanson... hier la ferveur était prenante, un million de personnes à idolâtrer la même... le culte de JH a encore de belles années devant lui, les plus fans iront à saint Barth, quoi qu'il en coûte... eh oui !
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M
Ses fans savent tout de leur idole et je pense que beaucoup ont découvert Tennessee Williams grâce à lui. J'aime imaginer que l'idole et l'académicien discutent ensemble désormais, de littérature, de théâtre, de musique, de la vie, de l'amour...<br /> <br /> http://www.lefigaro.fr/musique/2017/12/06/03006-20171206ARTFIG00011--68-ans-johnny-debutait-au-theatre-dans-leparadis-sur-terre-de-tennessee-williams.php
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E
merci, Louv, tu as raison, j'ai ajouté le lien
A
oui, c'est quelque chose d'étrange à la fin que cette ferveur ;-)
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